Entre chamanisme, broderies et christianismes : (re)création d’identité chez les Nanaïs dans le bassin de l’Amour, Sibérie Extrême-Orientale

par Anne Dalles Maréchal

Thèse de doctorat en Histoire des religions et anthropologie religieuse

Sous la direction de Alain Rocher.

Soutenue le 11-03-2020

à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études , en partenariat avec École pratique des hautes études (Paris) (Établissement de préparation de la thèse) et de Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale (Paris) (laboratoire) .

Le président du jury était Aurélie Névot.

Le jury était composé de Alain Rocher, Aurélie Névot, Marie-Pierre Bousquet, Jean-Luc Lambert, Virginie Vaté, Alfonsina Bellio.

Les rapporteurs étaient Aurélie Névot, Marie-Pierre Bousquet.


  • Résumé

    Les Nanaïs sont une des populations autochtones de la région de l’Amour, que l’on retrouve de part et d’autre de la frontière avec la Chine. En Chine, ils sont appelés Hezhe. Dès l’incursion mandchoue dans la partie la plus au Nord de cette région, suivie par les différentes tentatives de colonisation russe, les Nanaïs ont adapté leur mode de vie, leur culture et leur religion au gré des changements économiques, géopolitiques et sociaux de la région de l’Amour. De part et d’autre de la frontière, sujet politique, objet de recherche, soumise à la russification depuis la seconde moitié du XIXe siècle et à la sinisation avant cela, « l’identité » culturelle fragmentée et plurielle des Nanaïs est le reflet de ces différents enjeux. Dans cette thèse de doctorat en anthropologie, je propose d’analyser les différents modes d’expressions « d’identité » employés par les Nanaïs ou les Hezhe afin d’étudier comment sont abordées les ruptures ou les continuités apportées par l’histoire récente de la région à une culture pensée comme traditionnelle. En Russie, jusque dans les années 1970, les Nanaïs possédaient un système religieux chamanique dans lequel les âmes des vivants et des morts étaient gérées par des chamanes et par un système de rites complexes. Depuis la fin des années 1990, suite aux années soviétiques, les chamanes ont disparu. Avec leur disparition, la russification du mode de vie et la présence de missionnaires orthodoxes et protestants, les pratiques religieuses des Nanaïs s’inscrivent aujourd’hui dans la pluralité. Celle-ci peut être perçue dans les stratégies d’adaptations rituelles mises en place pour pallier l’absence de chamane, dans la promotion d’une culture artistique pensée comme essentiellement « nanaïe » et dans les conversions aux différentes formes de christianisme. Se pose alors la question de la perception (émique ou non) de « l’identité » des Nanaïs. Cette thèse est divisée en trois parties. La première traite des transformations apportées aux rites funéraires nanaïs et leurs limites, perceptibles dans la présence d’âmes et d’esprits néfastes. La deuxième partie aborde la place des broderies dans la conception d’une « identité » nanaïe ou hezhe visible, mise en place pour la « sauvegarde » des pratiques dites autochtones. La troisième partie s’intéresse aux conversions aux christianismes présents dans la région pour montrer deux façons de devenir chrétien, oscillant entre la continuité historique et la rupture systémique. Les interactions religieuses et culturelles donnent lieu à diverses formes de réappropriations autochtones qui assurent la continuité des représentations chamaniques. La transformation des pratiques entraine également la perception émique d’une « perte » de culture. La question de la perception des ruptures ou continuités en regard d’une culture pensée comme traditionnelle se situe dans l’analyse de ces pratiques plurielles. L’étude de ces différents aspects permet de dégager trois axes autour desquels s’articule mon analyse : 1) l’analyse du traitement des esprits et des âmes souligne la continuité historique des représentations chamaniques nanaïes accompagnée d’une perception émique sur la « perte » d’une culture pensée comme « traditionnelle » ; 2) l’identification de pratiques considérées comme intrinsèquement « nanaïes », « hezhe » et/ou « traditionnelles » met en avant la question de ce qu’est « être nanaï » aujourd’hui (pour les Nanaïs et pour les non-Nanaïs) ; 3) l’adaptation des pratiques chamaniques et l’adoption de nouvelles pratiques montrent un positionnement ambigu et changeant par rapport à la volonté de rompre avec les représentations chamaniques ou d’en conserver certains traits. Aussi bien dans l’étude des adaptations funéraires que dans celles de la mise en avant culturelle et de la conversion aux christianismes, la présence de ces trois éléments montre que la pluralité des pratiques reflète différentes modalités d’expressions d’« identité » nanaïe contemporaine.

  • Titre traduit

    Between shamanism, embroidering and christianity : identity (re)creation amongst the Nanais in the Amur Basin, Siberian Far East


  • Résumé

    Situated on both sides of the Russian-Chinese border, the Nanais are one of the populations living in the Amur region. In China, they are called Hezhe. From the Manchu incursion in the northern part of this region, which was followed by the different Russian attempts at colonization, the Nanais have adapted their way of life, culture and religion as the Amur went through economic, geopolitical and social changes. On both sides of the frontier, as a political and research topic, undergoing russification since the second half of the 19th century, and sinicization before that, the fragmented cultural “identity” of the Nanais is the reflection of these different issues. In this PhD thesis in anthropology, I endeavor to analyze the different modes of expression of « identity » used by the Nanais or the Hezhe to study how disruptions or continuities brought by the region’s recent history to a culture considered as traditional are addressed. In Russia, until the 1970s, according to the Nanai religious shamanistic system, the souls of the living and of the dead were dealt with by a shaman and by complex sets of rituals. Following the end of the soviet regime, since the end of the 1990s, the shamans have disappeared. As a result of their disappearance, to the russification of the way of life and to the arrival of orthodox and protestant missionaries, the Nanai religious practices have become plural. This can be seen in the ritual adaptations made to compensate the shamans’ absence, in the cultural elements considered as essentially “Nanai”, and in the conversions to different forms of Christianity. The question of the perception – be it emic or not – of the Nanai “identity” can therefore be raised. This thesis is divided into three parts. The first one focusses on the transformations brought to the funerary practices and their limits, seen in the presence of harmful souls and spirits. The second one deals with the role of embroideries in the conception of a visible Nanai or Hezhe “identity,” staged for the “safeguarding” of practices considered as native. The third one centers on the conversions to Christian movements established in the region, to show two possible ways of becoming Christian, fluctuating between historical continuity and systemic disruption. The religious and cultural interactions give rise to different forms of indigenous appropriations which ensure the continuity of the shamanistic representations. The transformation of these practices also leads to the emic perception of a « loss » of culture. The question of the perception of disruptions or continuities regarding a culture considered as traditional lies in the analysis of these plural practices. The study of these different aspects enables my analysis to be centered on three main themes: 1) the analysis of the dealing with the spirits and the souls highlights the historical continuity of Nanai shamanistic representations while also underlining the emic perception of the “loss” of culture considered as traditional; 2) the identification of practices considered as essentially “Nanai”, “Hezhe” and/or “traditional” raises the question of what it means to “be Nanai” today (for the Nanais themselves and for the non-Nanais); 3) the adaptation of shamanistic practices and the adoption of new ones show an ambivalent and changing position concerning the desire to break with shamanistic representations or to maintain some of their features. In the study of the funerary adaptations, of cultural demonstrations and of conversions to different forms of Christianity, these three themes show that the plurality of practices actually convey different modes of expressions of the contemporary Nanai “identity”.


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