La fabrique du bijou contemporain : éthnographie d’ateliers

par Brune Boyer-Pellerej

Thèse de doctorat en Anthropologie

Sous la direction de Sophie Houdart.

Le président du jury était Yves Winkin.

Le jury était composé de Sophie Houdart, Yves Winkin, André Guillerme, Blandine Bril, Sophie Maisonneuve, Baptiste Buob.

Les rapporteurs étaient André Guillerme, Blandine Bril.


  • Résumé

    Le terme « bijoutier contemporain », apparu dans les années 1970, ne décrit pas de façon claire la pratique qu’il recouvre et les bijoutiers qui opèrent dans ce champ multiplient les qualificatifs. « Bijoutier » ne semble pas suffire ; certains y accolent « plasticien », d’autres « designer », ou le remplacent par orfèvre en se déclarant « orfèvre-plasticien ». Inscrite dans ma propre pratique de bijoutier contemporain, cette dissertation cherche à élucider différents paradoxes dans lesquels nous nous trouvons : alors que les théoriciens qui étudient les productions tirent la conclusion que le « bijou est un art » et que leurs auteurs sont « des artistes », les bijoutiers contemporains ne semblent pas vouloir légitimer forcément leur production comme « œuvres d’art ». La plupart du temps très attachés à leurs ateliers, ils revendiquent de « penser avec les mains » pour créer des objets qu'ils continuent de considérer comme « des bijoux », mais cherchent néanmoins à se distinguer des bijoutiers dits « traditionnels » en qualifiant leurs productions par l’expression « bijoux contemporains ». En constatant que leur pratique n’avait jamais été décrite, j’ai fait le postulat qu’une ethnographie d’atelier me permettrait de saisir le devenir « contemporain » des bijoux. Cette recherche est basée sur la mise en miroir d’une ethnographie de l’atelier d’une collègue avec une auto-ethnographie. Au-delà de la question « art/artisanat », ce double point de vue permet de montrer que les bijoutiers contemporains composent leurs bijoux par assemblages d’expériences, autant sociales que sensibles, en cultivant l’incertitude et le risque, en jouant de l’indétermination.

  • Titre traduit

    The making of contemporary jewelry : a workshops’ ethnography


  • Résumé

    The expression “contemporary jeweller”, first appeared in the 1970s, does not clearly describe the practice that it designates, and the jewelers operating in that field use a proliferating vocabulary to qualify themselves. The word “jeweler” does not seem significant enough: some, in France, add “plasticien” [artist] or “designer” to it, others replace it by “goldsmith” and self-identify as “orfèvre-plasticien” [goldsmith-artist]. Embedded as it is in my own contemporary jewelry practice, this dissertation seeks to clear up a few paradoxes: while some theoreticians looking at contemporary work conclude that “this jewelry is an art form” and that its authors are “artists”, contemporary jewelers themselves do not necessarily want to assert for their pieces the status of “art works”. Usually strongly attached to their workshop, they claim to “think with their hands” in order to create objects they still call “jewelry” but set themselves apart from “traditional jewelers” by designating their output as “contemporary”. Having realized that such a practice have never been described, I posited that an ethnographic study of a workshop would enable me to find out how jewelry becomes “contemporary”. I have based my research on the parallel analysis of two ethnographies: the ethnography of a colleague's workshop on one hand and an auto-ethnography on the other. Situated beyond the “art/craft” binary, this double perspective shows that contemporary jewelry makers compose their jewels from an assemblage of experiences, both social and emotional, by cultivating uncertainty and risk-taking, by playing with indetermination.

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