L'émergence des "startuppers" au Maroc : institutions, trajectoires, réseaux sociaux

par Quentin Chapus

Thèse de doctorat en Sociologie, démographie. Sociologie du travail

Sous la direction de Christian Azaïs et de Christophe Jalil Nordman.

Soutenue le 01-10-2020

à Paris, HESAM , dans le cadre de École doctorale Abbé Grégoire (Paris) , en partenariat avec Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Paris) (laboratoire) et de Conservatoire national des arts et métiers (France) (établissement de préparation de la thèse) .

Le président du jury était Yolande Benarrosh.

Le jury était composé de Jean-Philippe Berrou.

Les rapporteurs étaient Sophie Boutillier, Michel Grossetti.


  • Résumé

    Le Maroc se caractérise depuis quelques années par l’apparition d’associations, d’incubateurs et autres réseaux institutionnalisés qui promeuvent « l’esprit start-up ». La circulation de ces registres discursifs occidentaux, volontiers associés à l’idée de modernité et de progrès, interroge quant aux relais qu’ils trouvent au sein du pays et aux réappropriations dont ils font l’objet. Loin de l’image éculée des quelques « success stories » de la côte ouest états-unienne, nous nous demandons ce qu’être « startupper » veut dire dans le Maroc des années 2010. Qui sont celles et ceux qui se lancent dans cette voie et quelles sont leurs logiques d’action ? Notre volonté de dénaturaliser l’entrepreneuriat et d’étudier la plasticité de sa forme dite start-up se double d’une ambition théorique, à savoir concevoir l’entrepreneur comme un acteur à la fois socialisé et encastré dans des structures relationnelles. Pour ce faire, la thèse se situe au croisement d’une sociologie « dispositionnaliste » et d’une sociologie de l’encastrement.La première partie appréhende les créations de start-up à partir d’un point de vue macrosocial et illustre en quoi les stratégiesdes « promoteurs » de la start-up sont orientées vers une tentative de révolution symbolique dans le champ marocain. En sélectionnant les profils de « startuppers » et en exerçant sur eux une action enveloppante, ces « promoteurs » participent à l’émergence d’un groupe susceptible de relayer l’idéologie dont la start-up est porteuse.La deuxième partie porte ensuite le regard à l’échelle microsociologique des trajectoires individuelles, sur les conditions depossibilité d’un engagement en « horizon incertain » que représente la création d’une start-up. Sont observées en particulier lesdispositions au changement et à la prise de risque et les moments biographiques durant lesquels ces dispositions sont réactualisées.L’analyse sociogénétique du discours des « startuppers » suggère que l’aspiration à l’enrichissement économique est rarement une logique d’action centrale. Elle se retrouve davantage subordonnée à des logiques de distinction qui s’expriment par un désir de singularisation, souvent corollaire d’une trajectoire d’ascension sociale.La troisième partie montre enfin, au niveau méso-social, que ce projet trouve support dans une recherche d’autonomisation des« startuppers » vis-à-vis de certains de leurs réseaux et sphères d’appartenance, notamment de la famille. Ces liens forts sontparticulièrement peu sollicités pour obtenir des ressources ce qui limite la possibilité de leur intrusion dans la start-up. L’espaced’autonomie créé à travers l’entreprise reste néanmoins conditionné par la rentabilité de cette dernière. Les « startuppers » se trouvent ainsi en tension entre désirs de se singulariser et de s’autonomiser de certains liens d’un côté et nécessité de construire une entreprise économiquement pérenne de l’autre.Le croisement des niveaux d’analyse de l’acte d’entreprendre et des temporalités qui le rendent possible nous amène à soutenirqu’il n’existe pas plus de « startupper » que d’« entrepreneur », mais des individus qui, à un moment donné de leur existence et dans un contexte donné, trouvent un intérêt à – et peuvent – s’en revendiquer.

  • Titre traduit

    The emergence of "startuppers" in Morocco : Institutions, trajectories, social networks


  • Résumé

    Morocco has been characterized in recent years by the emergence of associations, incubators, and other institutionalizednetworks that promote the “start-up spirit.” The circulation of these Western discursive registers, regularly associated with the idea of “modernity” and “progress”, brings to question the internal relevance of such ideas. Far from the outdated image of the few "success stories" from Silicon Valley, in this dissertation, we ask what it means to be a “start-upper” in the Morocco of the 2010s. Who are those who embark on this path, and what is their logic? The desire to demystify entrepreneurship and to study what it means to be a “startupper” is accompanied by a theoretical ambition, namely how to conceive the entrepreneur as an actor both socialized and embedded in relational structures.In the first part, we use a network analysis to understand at the macro level how start-up promotion actors or agencies (associations, incubators, etc.) seek to impose a symbolic revolution in the Moroccan field of entrepreneurship. Through a process of selection of “start-uppers” profiles and an active socialization, these “promoters” participate in the emergence of a cohesive group likel to be the ambassadors of the ideology that the western ideology of the “start-up” carries.On a more micro level, we analyze what makes an entrepreneur’s commitment to the “uncertain horizon” – that is, the creationof a “start-up” – possible. If an entrepreneur can be characterized by a willingness to act given his level of risk aversion, we show that these traits are not fixed but become active only in some biographical periods. The socio-genetic analysis of their discourses also suggests that the aspiration for financial enrichment is rarely a priority. Financial gains are secondary to the desire for distinction and to show of one’s uniqueness that often goes hand-in-hand with a trajectory of social ascension.Finally, we show that this aspiration to distinguish themselves and build their singularity is also observed at the meso level.“Start-up” entrepreneurs aspire to become autonomous, i.e. maintaining a level of social embeddedness in order to feel not constraint by networks or social groups (especially family). How “start-up” entrepreneurs mobilize their social networks to obtain resources during the creation process is particularly illustrative of their motivating drivers. On the one hand, these entrepreneurs find themselves with a desire for increased autonomy, and on the other, with the desire to construct an economically sustainable enterprise.Demystifying the figure of the entrepreneur is allowed by a multilevel analysis coupled with the analysis of temporalities thatmakes entrepreneurship possible. There is no "startupper", but individuals who, at a given moment in their existence and in a given context, find an interest in - and can - claim it.


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