Les capacités adaptatives des communautés de la périphérie de Dakar face aux inondations

par Moustapha Sokhna Diop

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Yorghos Remvikos.

Le président du jury était Jean-Paul Vanderlinden.

Le jury était composé de Yorghos Remvikos, Jean-Paul Vanderlinden, Alioune Kane, Sebastian Weissenberger.

Les rapporteurs étaient Alioune Kane, Sebastian Weissenberger.


  • Résumé

    Depuis le début des années 2000, les quartiers de la périphérie de Dakar et notamment le Département de Pikine, constitué largement d’ensembles urbains informels, subissent des inondations à chaque saison des pluies. Les processus qui ont conduit à cette situation sont plutôt bien connus et associent le manque d’anticipation, les constructions en zone non ædificandi, intervenues en période sèche et l’arrêt de l’exploitation de l’aquifère sous-jacent, entre autres.Devant le manque d’empressement des pouvoirs publics pour apporter un soulagement aux populations inondées, vivant déjà dans la pauvreté et l’insalubrité, une vaste mobilisation d’organisations civiques est intervenue et tente d’apporter des solutions, parfois dans l’urgence, mais aussi de manière plus durable. C’est justement dans cette mobilisation que nous avons d’abord recherché la constitution de capacités adaptatives, que nous pourrions attribuer aux différentes communautés, vivant dans les quartiers inondés.Nous nous sommes d’abord intéressés aux propositions, issues de la littérature sur le changement climatique, pour nous rendre compte que de tels cadres analytiques statiques, ne pouvaient rendre compte, ni de la diversité d’actions mises en œuvre, ni de leur évolution dans le temps. L’enquête ethnographique et l’observation participante auprès des organisations civiques agissant sur le terrain, durant cinq ans environ, nous a permis de collecter les narratifs, articulant motifs, actions, valeurs et autres éléments culturels, ainsi que des savoirs de l’expérience, voire de constater leur évolution dans le temps.En nous appuyant sur la théorie des pratiques de Pierre Bourdieu, avec des éléments comme le capital social ou culturel, pas comme des concepts fermés, préétablis, mais tels qu’ils ressortaient du corpus de l’enquête de terrain (par exemple : entraide, contrôle social informel, inclusivité et gouvernance, en lien avec chaque organisation…), nous avons ainsi produit un cadre sociologique dynamique, rendant compte des observations empiriques et présentant des boucles de renforcement.Notre constat sur l’existence de « stocks » de capital social, limité à sa composante intra-communautaire, nous a incité à mettre en place un espace de discussion, d’échanges et de partage des expériences, dans le but de générer des synergies et permettant l’élargissement du capital social. Ceci a rencontré de nombreuses résistances, révélant un climat de méfiance, attribuée, selon les dires des participants, aux pratiques manipulatrices, tant d’organisations extérieures que des pouvoirs publics. En outre, nous avons pu montrer qu’à partir des caractéristiques ou discours des organisations, que certaines, dirigées par des notables et dépendantes du statu quo des équilibres de pouvoir, pouvaient être qualifiées de conservatrices, alors que d’autres (la minorité), plus portées vers l’innovation sociale, questionnaient ce statut quo, générant des controverses et des échanges houleux lors des réunions.Si l’action spontanée des communautés, visant à se prémunir des conséquences d’événements climatiques, est réelle et effective, elle participe aussi du processus de l’adaptation aux changements perçus, pas seulement de manière réactive, mais aussi comme recherche d’un mieux vivre. De même, l’expérience dans l’action, renforce les savoirs de l’expérience et pourrait contribuer à la résilience, mais toujours tronquée, tant que ce rôle n’est pas reconnu par les pouvoirs publics.

  • Titre traduit

    The adaptive capacities of communities on the periphery of Dakar in the face of floods


  • Résumé

    Since the beginning of the 2000s, the districts in the suburban of Dakar, particularly the sector of Pikine, which is largely made up of informal habitations, have been flooded every rainy season. The processes that led to this situation are rather well known and combine the lack of anticipation, construction in non-extended area, occurred in dry periods and the cessation of exploitation of the groundwater, among others.Facing the lack of the authorities to provide solution to the flooded populations, already living in poverty and insalubrity, a large mobilization of civic organizations has intervened and tries to provide solutions, sometimes in the emergency, but also in a more sustainable way. It is precisely in this mobilization that we first sought the constitution of adaptive capacities, that we could attribute to the different communities, living in the flooded districts.We first looked at the proposals from the literature on climate change to realize that such static analytical frameworks could not account for either the diversity of actions implemented or their evolution in time. The ethnographic survey and participant observation with civic organizations acting in the field, over approximately during five (5) years, allowed us to collect narratives, articulating motives, actions, values and other cultural elements, as well as knowledge of the experience, or even to see how they change over time.Based on Pierre Bourdieu's theory of practice, with elements such as social capital or cultural capital, not as closed pre-established concepts, but as they emerged from the corpus of the field survey (eg. mutual support, informal social control, inclusivity and governance, in connection with each organization ...), we have thus produced a dynamic sociological framework, accounting for empirical observations and presenting reinforcement loops.Our observation on the existence of "stocks" of social capital, limited to its intra-community component, has prompted us to set up a space for discussion, exchange and sharing of experiences, with the aim of generating synergies and allowing the expansion of social capital. This has met with a great deal of resistance, revealing a climate of mistrust attributed, according to the participants, to manipulative practices by both outside organizations and public authorities. In addition, we have shown that from the characteristics or discourse of organizations, that some, led by notables and dependent on the status quo of the balance of power, could be qualified as conservative, while others (the minority), more inclined towards social innovation, questioned this status quo, generating controversy and heated exchanges during meetings.If the spontaneous action of the communities, aimed at protecting themselves from the consequences of climatic events, is real and effective, it also participates in the process of adaptation to perceived changes, not only reactively, but also as a search for a better life. Similarly, experience in action strengthens the knowledge of the experience and could contribute to resilience, but still truncated, as long as this role is not recognized by the public authorities.


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