L'enfance des sentiments. La construction et l'intériorisation des règles des sentiments affectifs et amoureux chez les enfants de 6 à 11 ans.

par Kevin Diter

Thèse de doctorat en Santé publique - sociologie

Sous la direction de Muriel Darmon et de Nathalie Bajos.

Le président du jury était Michel Bozon.

Le jury était composé de Muriel Darmon, Nathalie Bajos, Florence Maillochon, Wilfried Lignier.

Les rapporteurs étaient Christine Détrez.


  • Résumé

    Alors que la plupart des chercheur.e.s en sciences sociales s’accordent sur le caractère éminemment social de l’amour et de l’amitié, peu se sont attaché.e.s à décrire empiriquement la manière dont les dispositions à aimer se forment et sont progressivement intériorisées par les personnes au cour de leur vie, laissant ainsi les vastes questions de la production et du développement des sentiments affectifs et amoureux à des disciplines qui ont tendance à les naturaliser, en biologisant ou psychologisant ses mécanismes.A l’intersection de la sociologie du genre et de la socialisation, l’objectif de la thèse est d’ouvrir la « boite noire » des sentiments en proposant de faire la socio-genèse des rapports –socialement et sexuellement différenciés– à l’amour et à l’amitié. Plus précisément, il s’agit de comprendre comment, dès leur plus jeune âge, les filles et les garçons apprennent à aimer et à bien aimer, c'est-à-dire à aimer, de la bonne manière, les bonnes personnes du bon sexe.A partir d’une enquête ethnographique d’un an réalisée en 2014 au sein d’une école primaire parisienne, d’une quarantaine d’entretiens menés auprès d’enfants et de parents, et d’une analyse secondaire d’une enquête quantitative nationale réalisée en 2008 sur les pratiques culturelles enfantines auprès de 4979 enfants, le travail de la thèse s’emploie à préciser et à décrire en trois temps l’enfance des sentiments, c’est-à-dire à caractériser, au-delà des processus d’acquisitions des dispositions sentimentales, ce que signifient « aimer », « de la bonne manière », « les bonnes personnes » « du bon sexe », en tenant compte à chaque fois des propriétés sociales des enfants et de leurs autrui significatifs.La première partie met en évidence ce que veut dire aimer d’amour et aimer d’amitié pour les enfants. Loin d’être des sujets neutres, les sentiments affectifs et amoureux semblent, selon les milieux sociaux, avoir un âge et un sexe plus ou moins marqués dont la transgression peut s’avérer très coûteuse dans la mesure où elle est susceptible de remettre en cause la définition de soi des enfants, et donc leur réputation et leur rang au sein de la cour de récréation.La deuxième partie interroge les processus qui conduisent les enfants à apprendre à aimer de la bonne manière, c’est-à-dire à se tenir plus ou moins à distance dans l’amour et de l’amitié. Elle souligne qu’en plus d’avoir un sexe et un âge, l’investissement dans les discussions sentimentales a une classe sociale : les garçons des classes supérieures mettant plus facilement en mot et en scène leurs sentiments affectifs et amoureux que les filles des classes moyennes et populaires.La dernière partie, enfin, s’attache à décrire les mécaniques du cœur des enfants, et plus précisément les façons dont les filles et les garçons apprennent à aimer et à « choisir » les bonnes personnes (du bon sexe). En un mot, elle souligne que, une fois les conditions d’âge et de sexe passées avec mention (i.e. être du même âge et du même sexe pour les ami.e.s, et être du même âge et de l’autre sexe pour les amours), il existe trois principales logiques de sélection et de jugement des pairs : une logique « scolaire » vs une logique « ordinaire », une logique intellectuelle vs une logique esthétique, et enfin une logique relationnelle vs une logique morale. Ces logiques de sélection, variables selon les positions de classe des enfants, permettent non seulement de rendre compte de l’existence d’une forte homogamie dans les relations affectives et amoureuses enfantines, mais également d’en expliquer sa précocité et ses différentes conditions de félicité.

  • Titre traduit

    The Childhood of feelings. Construction and internalization of friendly and romantic feelings rules in children from 6 to 11 years old


  • Résumé

    While social scientists will certainly agree that love and friendship are social matters, there is a dearth of empirical research on the social processes of formation and interiorization of individuals’ dispositions toward them. Inquires about the production of emotions have provided mainly naturalized explanations, i.e. explanations that only consider the biological and phycological aspects of their mechanisms.To overcome this paradox, this dissertation further understanding on how children of both sexes and different socioeconomic background learn to love correctly, i.e. to love in an appropriate manner, and to love the right people of the right age and sex. This understating implies opening the black box where emotions are produced, i.e. it implies the explanation of the sociogenesis of emotions.I use data from three different sources. First, 1000 hours of ethnographic observation in a Parisian primary school conducted by me during October 2013 and July 2014. Second, 40 interviews with the parents and the children of this school. Third, a national representative survey of 4,979 children aged 11 in 2008 from France. In analyzing these sources, I shed light on three aspects of the production of emotions: (1) how children understand/build the meaning of loving, (2) what does it mean and imply to love correctly, and (3) who are the subjects towards whom love can be experienced.The first part shows that children understand that love and friendship are not neutral matters, and that this understanding varies by children’s social class. There is a sex and an age to each feeling. Love is heterosexual, for adults and mostly a feminine issue, whereas friendship is homosexual and for children. In addition, children are aware that by transgressing the sex and age boundaries of love and friendship they risk their own status as children, their reputation. Social class plays an important role. Children from high-class families are more likely to transgress these boundaries because their their emotional education at home is less marked by gender and age distinctions due to the involvement of the two parents.The second part focuses on the processes that lead children to learn to love correctly, i.e. to keep the right distance from love and friendship when they must. This part highlights that, on the top of having a sex and an age, participation in discussions about (romantic) feelings also intersects with social class. Not only, children from low- and middle-classes were less likely to engage in discussions and openly express their feelings than children with high-class backgrounds, but low and middle-classes girls were also less likely to address this so-called ‘female’ topic than upper-class boys. These social differentiations are mainly due to the extent of fathers’ involvement in their children’s socialisation to feelings. By participating in children’s discussions to love and friendship, upper-class fathers partly neutralise the gender of feelings and legitimate the topic among both girls and boys. In doing so, one can note that social class and gender effects are intertwined, and more specifically that gender effects on children disposition to talk evolve across social class.Last part is devoted to how children learn to choose whom they love and whom they establish friendships with. It is clear for children that and intimate relationships and friendships ought to be established with children of the same age. And that the former type of relationships is restricted to the opposite sex. This part distinguishes three logics in the selection of partner and friends that vary across social class: school criteria vs ordinary criteria, intellectual dispositions vs esthetic disposition, and relational choice vs moral choice. Together these logics demonstrate the existence of a strong homogamy in affective and romantic relations, its early appearance in individual socialization process and its felicity’s conditions


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