« Faire cluster » : entre imaginaire de l’innovation et dynamiques de coopération esquivées

par Estelle Vallier

Thèse de doctorat en Sociologie, démographie

Sous la direction de Philippe Brunet.

Soutenue le 29-03-2019

à Paris Saclay , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Sceaux, Hauts-de-Seine ; 2015-....) , en partenariat avec Centre Pierre Naville (Evry) (laboratoire) et de Université d'Évry-Val-d'Essonne (établissement opérateur d'inscription) .


  • Résumé

    Les politiques de clusterisation se présentent comme inédites et porteuses de changement dans un monde, jugé sclérosé, où science et industrie seraient insuffisamment reliées. Regroupant géographiquement laboratoires, entreprises et formations d'un même domaine disciplinaire, les dispositifs de clusters sont, en effet, les produits d'une large rhétorique célébrant leurs bienfaits. Forgée au cœur des instances politiques transnationales par des « chercheurs-experts », venus de la science gestionnaire et économique, la notion de cluster est transposée dans la plupart des politiques publiques des pays industrialisés. Ainsi, dans un cluster français particulier, spécialisé dans les biotechnologies, on observe l'appropriation de cette politique et sa rhétorique. Au-delà de l'attribution d'un label et de services octroyés à ses membres (accompagnement, équipements mutualisés, etc.), le cluster étudié met en mots et en image l'interrelation harmonieuse entre entreprises et laboratoires, productrice d'innovations. Afin d'être conforme à cet imaginaire, il expérimente des formes de mises en relation plurielles. Néanmoins, le procédé de mise en contact reste sensiblement le même : réunir des individus sur des espaces-temps communs et en attendre des coopérations spontanées. Grâce au recours à la méthode d'analyse de réseau, complémentaire des entretiens et observations menés, la thèse montre, qu'à l'épreuve du dispositif, les acteurs manifestent des résistances par leur absence de participation. Au-delà d'un impact limité en termes d'interactions, le processus de clusterisation se révèle même paradoxal. Soumis à des exigences de performance et de confidentialité, propres à leur laboratoire ou à leur entreprise, les individus sont pourtant encouragés à investir les instances de coopération créées par le cluster. Des stratégies d'évitement sont alors à l'œuvre. Les participants esquivent, délibérément, les sujets relatifs à la production scientifique et industrielle, dont l'imbrication est pourtant le fondement du concept de cluster.

  • Titre traduit

    « Making cluster » : between innovation’s imaginery and dynamics of cooperation avoided


  • Résumé

    Clustering policies appear to be unprecedented and transformative in a world, deemed fossilised, where science and industry are considered insufficiently linked. Clusters, which are geographically based laboratories, companies and training courses in the same disciplinary field, are the products of a wide range rhetoric celebrating their benefits. Forged at the core of transnational political institutions by “expert researchers”, from management and economics science, the concept of cluster is transposed in most public policies in industrialized countries.In that respect, within a specific French biotechnology cluster, we observe an appropriation of such policy and its rhetoric. Beyond the label award and services offered to its members (accompaniment, mutual facilities, etc.), the cluster put into words and images the harmonious interrelation imaginary between companies and laboratories productive of innovations. To comply with such imaginery, the cluster is trying out plural forms of connections and networking. However, the process of contact remains significantly the same: bringing people together in common time spaces and expecting spontaneous cooperation.By using network analysis method, complementary to interviews and observations, the thesis shows that actors resist to cooperation by their lack of participation. Additionally to a limited impact in terms of interactions, the clustering process proves to be contradictory. Subject to performance and confidentiality requirements specific to their laboratory or firm, workers are, paradoxically, encouraged to take part in cooperation institutions created by the cluster. That is when we observe avoidance strategies. Participants deliberately avoid topics related to scientific and industrial production, which interconnection yet is the basis of the cluster concept.

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