Architectures de l’impermanence.6 jeux du temps chez Cedric Price.

par Maud Nÿs

Thèse de doctorat en Aménagement, architecture

Sous la direction de Philippe Potié.

Soutenue le 21-02-2019

à Paris Saclay , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Sceaux, Hauts-de-Seine ; 2015-....) , en partenariat avec Laboratoire de recherche de l'école nationale supérieure d'architecture de Versailles (laboratoire) , Ecole d'architecture de Versailles (établissement opérateur d'inscription) et de Laboratoire de l'Ecole d'Architecture de Versailles (laboratoire) .

Le président du jury était Paolo Amaldi.

Le jury était composé de Philippe Potié, Paolo Amaldi, Carole Lévesque, Tanja Herdt, Catherine Grout, Alain Guez.

Les rapporteurs étaient Carole Lévesque, Tanja Herdt.


  • Résumé

    Les architectes doivent faire face à des transformations constantes. Nos projets doivent s’adapter aux usages de demain. Mais comment pouvons-nous concevoir ces métamorphoses ?A contrario de l’espace enseigné en architecture, l’angle de cette recherche est le temps : il faudrait apprendre à insuffler le passage du temps dans les projets, afin de les rendre malléables au changement. L’architecte pourrait jouer avec le temps, en l’apprivoisant et le tissant dans son projet.Comme l’espace, le temps est un mot primitif impossible à définir. De nombreux philosophes, historiens et scientifiques en ont pourtant décrit les qualités, comme Henri Bergson dépeignant la « réalité mobile », Georg Friedrich Hegel « le rythme du tout organique » ou encore Reinhart Koselleck le « futur passé ». Et si peu d’architectes s’y sont confrontés, un Britannique s’est démarqué des autres dans les années 1960. La société était en pleine transformation, les théories des modernes renversées par la critique. À la recherche d’une architecture en accord avec sa période, Cedric Price a pris le temps comme un paramètre de conception. Ses structures radicales constituent des cas d’études propices à ce décryptage conceptuel. Dans les allers-retours entre les textes philosophiques et les visions de l’architecte, trois caractères du temps se sont dégagés : la mobilité, le rythme, le présent. Six projets des années 1960 à 1980 ont été étudiés en fonction de ces thématiques, avec l’appui des archives du Centre Canadien d’Architecture de Montréal.La thèse dévoile six « jeux du temps » : ceux du renouvellement et de l’opportunité, de l’obsolescence et de l’immédiateté planifiées, de la distorsion consciente et de l’incertitude calculée. Les mots sont propres à Cedric Price et ils témoignent de son expérience singulière au temps, comme du contexte de l’époque. Sur chacun, les approches temporelles ont été croisées avec les images des quatorze catégories de sa dernière exposition Mean time, offrant un lexique illustré. Réunis en trois grandes parties, ils révèlent le passage entre le temps du monde et celui de l’architecture : de la « réalité mobile » au mobile, du tempo du milieu au temporaire, du présent à la présence. Les diagrammes utilisés par l’architecte y sont respectivement décryptés comme des moyens d’attraper, créer et raconter le temps. Et ainsi en est-il aussi des architectures produites. Car au fil de la recherche, il est apparu qu’elles étaient avant tout des cadres pour saisir le changement. Ce sont des dispositifs flexibles et ouverts. Sans forme, ils se per-forment. Ils s’affirment comme des processus.Cette conception n’entraine pas une esthétique forte et unique mais des expériences esthétiques, révélant les interactions ordinaires de l’homme et de l’environnement à l’architecture. Face à l’incertitude qu’entraine l’inévitable passage du temps, l’architecture peut cultiver les « délices de l’inconnu », comme aimait le dire Cedric Price. La thèse en propose des variations avec des réalisations du début XXème, de l’avant-garde des années 1960 à 1980 et d’aujourd’hui. Des ouvertures sont proposées avec l’architecture japonaise, dont les paysages artificiels dévoilent une même attention à l’impermanence et complètent les théâtres de Cedric Price.Les six jeux du temps proposés sont des guides pour apprivoiser le temps et le vivre, et non le maitriser ou le subir. Ils illustrent des manières de concevoir avec le temps, en différentes intensités. Aux concepteurs ensuite de s’y essayer, inventant à leur tour leurs propres architectures de l’impermanence.

  • Titre traduit

    Architectures of Impermanence. 6 Time Designs with Cedric Price.


  • Résumé

    Architects have to face constant transformations. Our projects must adapt themselves to the uses of tomorrow. But how can we perceive theses metamorphosis?In contrast to space taught in architecture, the angle of this research is time: it would be needed to learn to inject the passage of time in projects, in order to make them malleable to change. The architect could play with time by taming and forging it in its project.Just as space, time is a primitive world impossible to define. However, numerous philosophers, historians and scientists have described its qualities, like Henri Bergson painting the “mobile reality”, Georg Friedrich Hegel “the rhythm of the organic whole” or yet Reinhart Koselleck the “past future”. And if few architects confronted themselves with it, one British stood out from the others in the 1960’s. The society was rapidly transforming, the moderns’ theories turned down by the critique. Seeking an architecture in agreement with its period, Cedric Price took time as a factor of conception. Its radical structures make up suitable study cases for this conceptual deciphering. Going back and forth between the philosophical texts and the architect views, three characteristics of the time emerged: the mobility, the rhythm, the present. Six projects from between 1960 and 1980 have been studied in accordance with these themes, with the support from the archives of the Canadian Centre for Architecture of Montréal.The thesis unveils six “time designs”: those of renewal and opportunity, planned obsolescence and immediacy, conscious distortion and calculated uncertainty. The words are proper to Cedric Price and they show its singular experience with time, as well as the context of this period. On each, the temporal approaches have been crossed with the pictures of the fourteen categories of his last exhibition Mean time, giving an illustrated lexical. Reunited in three big sections, they reveal the passage between the time of the world and the one of the architecture: from the “mobile reality” to the mobile, from the tempo from the middle to the temporary, from the present to the presence. The diagrams used by the architect are respectively deciphered as means to catch, create and narrate time. Thus, that’s how is the produced architectures too. Indeed, it appeared along the research that they were firstly settings to understand change. They are flexible and open plans. Without form, they per-form themselves. They assert themselves as processes.This concept does not produce a strong and unique aesthetics but aesthetic experiences, revealing the ordinary interactions of the man and the environment to architecture. Faced with the uncertainty that produces the unavoidable passage of time, architecture can cultivate the “joys of the unknown”, as Cedric Price liked to say. The thesis suggests some variations with realizations from the early twentieth century, the avant-garde of the years 1960 to 1980 and today. Openings are proposed with the Japanese architecture, of which the artificial landscapes unveil the same attention to impermanence and complete Cedric Price theatres.The six time games suggested are guides to tame time and live it, and not control or suffer it. They illustrate ways of designing with time, of different intensities. Then it is up to the creators to try it, by coming up too with their own architectures of impermanence.


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