Anarchitectures. Guerre, science-fiction et activisme dans l'œuvre de Bruno Taut et Lebbeus Woods.

par Eliza Culea-Hong

Thèse de doctorat en Aménagement, architecture

Sous la direction de Paolo Amaldi.

Le président du jury était Philippe Potié.

Le jury était composé de Paolo Amaldi, Philippe Potié, Andrea Urlberger, Florian Hertweck, Pierre Hyppolite, Marie Theres Stauffer.

Les rapporteurs étaient Andrea Urlberger, Florian Hertweck.


  • Résumé

    Avez-vous déjà senti le monde toucher à sa fin ? Quel serait selon vous votre premier instinct ? Cette thèse propose de regarder de plus près ce qui semble être une des réactions des plus naturelles: l’immersion dans le récit. En partant des travaux de la sociologie des mouvement sociaux conduits par Francesca Polletta, l’hypothèse de ce travail suggère que dans les contextes anxiogènes de catastrophes d’antan et d’aujourd’hui — guerrière, environnementale, ou autre — la narration joue un rôle important lors de la constitution et l’organisation de nouveaux acteurs collectifs, incitant ainsi au changement qui permettra de sortir de la crise. Si toutes formes de récit peuvent nous aider à agir ensemble, cette thèse se focalise sur la charge politique d’un genre en particulier, celui de la science-fiction. S’il faut attendre les travaux pionniers de Darko Suvin pour que le monde académique s’éveille au potentiel de cette forme de para-littérature, les nombreux projets utopiques, contre-utopiques, dystopiques, voire même apocatopiques qui jalonnent l’histoire de l’architecture montrent que les architectes ont deviné depuis longtemps le potentiel subversif du genre.Ces fictions architecturales politisées sont notre terrain de jeu: le corpus est constitué d’histoires nées sur les terres de la catastrophe, à l’aube et au crépuscule du XXe siècle tel que défini par l’historien Eric Hobsbawm — d’un côté lors de l’éclatement en 1914 de la Première Guerre mondiale et de l’autre entre 1992-1995 lors du long siège de Sarajevo. Ces deux points temporels sont reliés par des projets appartenant à la même famille politique, celle de l’anarchisme - dans son incarnation souvent appelée socialisme libertaire pacifiste — tel qu’il est compris et mis en architecture par Bruno Taut (le Glashaus, Architecture alpine, La dissolution de la ville, Le constructeur du monde, Les galoches du bonheur, Mimari Bilgisi) et Lebbeus Woods (Underground Berlin, Zagreb Free-Zone, War and Architecture). Leurs anarchitectures sont accompagnées par le travail d’écrivains engagés — des figures représentatives de la facette dite dissidente et activiste du récit de science-fiction — comme Paul Scheerbart (Rakkóx, le milliardaire, Malvu. Le Timmonier, Lesabéndio. Un roman astéroïde, L’Architecture de verre), J. G. Ballard (I.G.H.), Gheorghe Săsărman (La quadrature du cercle) et China Miéville (The City & The City). Ce périple va nous permettre d’observer, à travers une lentille architecturale, l’histoire et les transformations du genre de la science-fiction au XXe siècle, ainsi que les attitudes des architectes face au conflit.Le sujet n’est pas isolé de son contexte historique. Suivant une analyse en anti-thèse, le positionnement politique des protagonistes va s’affronter aux fictions de groupes rivaux, et notamment à celles du futurisme guerrier de F. T. Marinetti (Mafarka, le futuriste) et de l’architecte officiel de son mouvement Antonio Sant’Elia (La Città Nuova). Ces architectures post-catastrophe opposées sont accompagnées de visions du corps post-catastrophe. Ainsi, nous analyserons la manière dont nos deux camps vont instrumentaliser une des figures clefs des avant-gardes modernes : celle l’Homme nouveau. Ces corps « évolués » vont finalement nous permettre d’inscrire ces rêves sociaux, politiques, architecturaux et radicaux, dans la lignée des débats contemporains sur la place de l’Homme dans le réseau de la vie, polarisés ces jours-ci autours des concepts de l’Anthropocène de Paul Crutzen, du Capitalocène de Jason Moore et du Chthulucène de Donna Haraway.

  • Titre traduit

    Anarchitectures. War, Science-Fiction and Activism in the Work of Bruno Taut and Lebbeus Woods.


  • Résumé

    Have you ever felt that the world was coming to an end? Do you know what one of your first instincts would be? This thesis looks closer at one of our most natural reactions: the immersion in storytelling. Leaving from Francesca Polletta’s research in the field of the sociology of social mouvements, the following pages are based on the observation that in times of catastrophe — may it be due to war, global warming or many other causes — storytelling plays an important part in the constitution and organisation of new collective actors that demand and create change, potentially contributing to an exit from crisis. If all forms of storytelling can help us act together, this thesis focuses on the political charge of a particular genre, that of science-fiction. Even if the academic world is barely starting to acknowledge the potential of this form of para-literature, the vast array of utopian, counter-utopian, dystopian, even apocatopian projets that dot the history of architecture shows that architects have long understood the subversive potential of this genre.Politicised architectural fictions will be our playing field: the corpus is made up of stories born on the realms of disaster at the dawn and dusk of the XXth century, as defined by the historian Eric Hobsbawm — starting in 1914 with the beginning of World War I and ending in 1992-1995 and the long siege of Sarajevo. These two temporal points are connected by stories and projets that belong to the same political family, that of anarchism — namely it’s pacifist branches — as it is understood and translated into architecture by Bruno Taut (The Glass Pavilion, Alpine Architecture, The Dissolution of the City, The Worldbuilder, The Galoches of Fortune, Mimari Bilgisi) and Lebbeus Woods (Underground Berlin, Zagreb Free-Zone, War and Architecture). Their anarchitectures are accompanied by the works of writers — representatives of the dissident and activist facet of science-fiction and fantasy — such as Paul Scheerbart (Rakkóx, the billionaire, Lésabendio. An asteroid novel, Malvu. The Helmsman, Glass Architecture, The Gray Cloth), J. G. Ballard (High-Rise), Gheorghe Săsărman (Squaring the Circle), as well as China Miéville (The City & The City). This overview will allow us to gauge through an architectural lens at the history and the transformations of the genre of science-fiction throughout the XXth century, as well as architecture’s changing attitudes in relation to conflict.Nonetheless, the subject is not isolated from it’s historical context. Shaped as a confrontation between two radically different visions of the future, the political positioning of our protagonists will face the fictions of rival groups, especially the pro-conflit stance of F. T. Marinetti’s futurism (Mafarka, the futurist) as well as that of the official architect of his mouvement, Antonio Sant’Elia (La Città Nuova). These fictions of a post-catastrophe architecture will translate themselves also into post-catastrophe bodies, since — in the good tradition of the modern avant-gardes — we will also reflect on the nature of the New Man they put forth. These “evolved” bodies will allow us to inscribe the radical, social, political and architectural dreams we study, witin larger contemporary debates on the place of Man in the network of life, polarised these days around the concepts of the Anthropocene of Paul Crutzen, the Capitalocene of Jason Moore and the Chthulucene of Donna Haraway.


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