Récit et médiation scientifique "sur le terrain" en géologie : une approche épistémologique et didactique de la mise en récit dans les situations de médiation de la géologie in situ

par François Dessart

Thèse de doctorat en Didactique des sciences

Sous la direction de Éric Triquet et de Gweltaz Mahéo.

Le président du jury était Daniel Jacobi.

Le jury était composé de Éric Triquet, Gweltaz Mahéo, Véronique Gardien, Angela Barthes, Robin Bosdeveix.

Les rapporteurs étaient Denise Orange Ravachol, Pierre Savaton.


  • Résumé

    Cette recherche doctorale s’intéresse à des situations de médiation des savoirs géologiques in-situ. Elle s'interroge notamment sur les modalités de production d’un discours par des médiateurs-guides « de terrain », qui reconstituent l’histoire d’un géosite. Plus particulièrement, cette recherche étudie la façon dont les savoirs géologiques convoquent le récit et comment ils articulent les deux approches fonctionnalistes et historiques de la géologie de terrain. Au travers d’une étude de cas, elle explore les dimensions épistémologiques et didactiques des narrations mises en œuvre dans ces médiations scientifiques « sur le terrain ». Dans une analyse épistémologique de la géologie de terrain, nous avons mis en évidence la nécessité de construire le « réel de terrain », et nous avons montré les diverses formes que prend la temporalité dans les reconstitutions historiques. Nous avons également montré comment les modes de raisonnement de la géologie confrontent fonctionnalisme et historicisme, au travers d’une dualité loi/histoire. Nous nous sommes ensuite inscrits dans un cadre didactique pour penser la médiation des savoirs géologiques. Il s’est agi de rechercher comment le médiateur construit le réel de terrain, et comment il reconstitue des événements le long des temps géologiques. Il doit pour cela aller au-delà des phénomènes géologiques, et mettre en œuvre une démarche historique rationnelle, fondée sur des nécessités historiques. Les contraintes qui s’imposent au médiateur de terrain sont liées à la « captation » de son public par l’intermédiaire de narrations. Mais le récit, au travers d’un jeu d’intrigue et de rupture dans le cours des choses, permet avant tout la reconstitution de l’histoire géologique dans son cadre évolutionniste, où le changement organise la direction — mais non la finalité — de l’histoire. La thèse défendue est que le récit intervient dans le discours des médiateurs comme un processus narratif qui construit le lien entre le « non-actuel géologique » et l’univers matériel qui semble s’imposer comme forme prépondérante du réel de terrain. Face à un empirisme « naïf », nous défendons l’idée que le récit construit une causalité narrative évoluée, à l’origine d’une démarche historique rationnelle. Notre méthodologie s’est construite sur la recherche systématique, grâce au logiciel Transana, d’indicateurs de mise en récit, de fictionnalisation et de démarche historique. Les résultats produits montrent que les mises en récit structurant le discours sont très discrètes, et mobilisent une forme prédominante de fonctionnalisme, qui se focalise sur les phénomènes (an-historiques) et rend difficile la prise en charge des temps géologiques par les médiateurs. Néanmoins, des histoires géologiques sont produites, notamment grâce à des emboitements de récits, utilisés par le médiateur pour organiser les événements entre eux, au sein d’un cadre évolutif fondé sur le changement. Mais les formes de causalité narrative mises en œuvre, notamment par l’intermédiaire d’analepses, n’engagent pas de véritables rétrodictions de l’histoire géologique et de ce fait peinent à construire une rationalité historique. La thèse montre que l’exploration des possibles explicatifs est fréquemment prise en charge par l’activité de fictionnalisation. Ces « fictions » invitent le public à une immersion dans l’univers virtuel de la géologie. Par mise en œuvre de la mimesis fictionnelle, le médiateur « contrôle » ces virtualités et prend ainsi en charge le non-actuel de terrain en ne s’enfermant pas dans une transmission purement magistrale des savoirs géologiques. La thèse conclut que le récit est un véritable outil de construction rationnelle de l’histoire, qui joue un rôle fondamental dans les sciences, dans la mesure où celles-ci étudient des objets qui pour la plupart s’inscrivent dans une histoire. En ce sens, par le récit, la science contrôle le temps

  • Titre traduit

    Narrative and scientific mediation of geology "in the field" : an epistemological and didactic approach of narrative in situations of geological mediation in situ


  • Résumé

    This doctoral research focuses on situations of mediation of geological knowledge in-situ. In particular, she wonders about the modalities of producing a speech by "field" mediators-guides, who reconstruct the history of a geosite. More specifically, this research studies the way in which geological knowledge convenes the narrative and how they articulate the two functionalist and historical approaches of field geology. Through a case study, she explores the epistemological and didactic dimensions of the narratives implemented in these "on the ground" scientific mediations. In an epistemological analysis of field geology, we have highlighted the need to construct the "field real", and we have shown the various forms that temporality takes in historical reconstructions. We have also shown how the modes of reasoning of geology confront functionalism and historicism, through a duality law / history. We then entered a didactic framework to think the mediation of geological knowledge. It was a question of looking at how the mediator constructs the real world, and how he reconstructs events along the geological time. It must go beyond geological phenomena, and implement a rational historical approach, based on historical necessities. The constraints imposed on the field mediator are linked to the "capture" of his audience through narrations. But the story, through a game of intrigue and a break in the course of things, allows above all the reconstruction of geological history in its evolutionary framework, where the change organizes the direction - but not the purpose - of the story. The thesis defended is that the narrative intervenes in the mediators' discourse as a narrative process that builds the link between the "non-current geological" and the material universe that seems to be prevailing as a preponderant form of reality on the ground. Faced with a "naive" empiricism, we defend the idea that the narrative constructs an evolved narrative causality, at the origin of a rational historical step. Our methodology was built on the systematic search, thanks to the Transana software, of indicators of narrative, fictionalization and historical approach. The results produced show that narrative structuring narratives are very discrete, and mobilize a predominant form of functionalism, which focuses on phenomena (an-historical) and makes it difficult for mediators to deal with geological times. Nevertheless, geological histories are produced, including through storytelling, used by the mediator to organize events among themselves, within an evolving framework based on change. But the forms of narrative causality implemented, especially through analepses, do not engage real retrodictions of geological history and thus struggle to build a historical rationality. The thesis shows that the exploration of explanatory possibilities is often supported by the activity of fictionalization. These "fictions" invite the public to immerse themselves in the virtual world of geology. By implementing the fictional mimesis, the mediator "controls" these virtualities and thus takes charge of the non-current field by not enclosing itself in a purely masterful transmission of geological knowledge. The thesis concludes that the narrative is a real tool for the rational construction of history, which plays a fundamental role in the sciences, as they study objects that for the most part fit into a story. In this sense, through narrative, science controls time


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