Enchevêtrement des appartenances et constructions impériales : miliciens de couleur dans les villes espagnoles, françaises et britanniques de la Caraïbe (XVIIe-XVIIIe siècles)

par Baptiste Paul Bonnefoy

Thèse de doctorat en Histoire et civilisations

Sous la direction de Jean-Paul Zuniga.

Le président du jury était Armelle Enders.

Le jury était composé de Armelle Enders, Catherine Denys, José Javier Ruiz Ibáñez, Renaud Morieux, Clément Thibaud.

Les rapporteurs étaient Catherine Denys, José Javier Ruiz Ibáñez.


  • Résumé

    Cette thèse d’histoire sociale cherche à repenser les interactions urbaines coloniales à l’époque moderne en s’appuyant sur une approche transimpériale et multisituée des villes caribéennes. Elle se situe au croisement de trois observatoires urbains : les milices coloniales, les élites secondes et les gens de « couleur ». Ces observatoires sont autant de points d’entrée qui permettent de penser la ville coloniale comme un espace qui concentre une multitude de scènes d’appartenance sociale : compagnies de milice, corps de métier, paroisses, confréries. Cette concentration urbaine renforce le contrôle collectif, complexifie les identités et multiplie les allégeances contradictoires. Ces multiples registres d’appartenance constituent autant de ressources qui permettent aux acteurs – dans une certaine limite, définie par leurs positions relatives et le contexte local – de manipuler les normes et les classifications sociales.L’approche multisituée permet de mettre en évidence la spécificité des contextes locaux ainsi que les implications impériales ou globales des formes locales de l’expérience coloniale. En posant la question des appartenances, cette thèse évalue le rôle des acteurs et des contextes locaux dans la formation des constructions impériales et la perpétuation de l’ordre colonial. Espace de belligérance, le bassin caraïbe constitue en ce sens un terrain fertile d’analyse et de comparaison, en ce qu’il fait la jonction entre des territoires impériaux discontinus, éparpillés et précaires.Malgré les spécificités de chaque contexte, les milieux urbains caribéens ont en commun une plus ou moins grande « colorisation » des manières de dire les hiérarchies et les positions sociales. Cette « colorisation » témoigne d’un vaste espace transimpérial de circulation des catégories pratiques. Ces catégories sont toutefois sélectionnées et réappropriées localement. Cette thèse s’intéresse en effet aux implications locales de ces circulations qui n’homogénéisent pas l’espace caribéen et génèrent souvent des malentendus, des refus ou des tensions dans leur contexte de réception. Cette thèse montre enfin que la couleur des individus, construite in situ et renégociée en permanence, constitue une ressource discursive qui dissimule des mécanismes complexes de domination sociale et politique, ainsi que des rapports de force qui s’expriment toujours avec violence et peuvent varier considérablement d’une ville à une autre, d’une scène d’appartenance à une autre.

  • Titre traduit

    Tangle of imperial affiliations and constructions : colored militiamen in the Spanish, French and British cities of the Caribbean (17th-18th centuries)


  • Résumé

    This thesis in social history aims to reconsider the social interactions in the early modern Caribbean cities by relying on a transimpérial and multi-site approach. This research is at the intersection of three urban observatories: the colonial militia, the “second elites”, and the “coloured” people. Each of these observatories allows to think the colonial city as a place which gathers several “spaces of belonging”: militia units, guilds, parishes, brotherhoods. This centrality accentuates collective control and contradictory allegiances. At the same time, and to a certain extent defined both by social positions and local context, these many languages of belonging are also a resource that allows actors to manipulate social norms and classifications.The multi-site approach highlights the specificity of each context, as well as the imperial or global implications of local colonial experiences. By asking the question of belonging, this thesis evaluates the role of local actors and contexts in the forming of empires and perpetuation of colonial order. The Caribbean is a fertile ground to analyse and compare these mechanisms, given that it is a war area which connects fragmented, scattered and instable sovereignties.Despite the specificities of each context, all Caribbean urban areas share more or less “colourized” ways of saying hierarchies and social positions. This process of “colourization” shows the transimperial circulation of many categories of practice. However, these categories are locally selected and appropriated. This thesis focuses on the local implications of these circulations, which do not homogenize the Caribbean and often generate misunderstandings, refusals or tensions in their context of reception. Finally, this thesis shows that the “color” of individuals, constructed in situ and constantly renegotiated, constitutes a discursive resource that conceals complex mechanisms of social and political domination, together with violent power relations that can vary considerably from one city to another, and from one “space of belonging” to another.


  • Résumé

    En esta tesis de historia moderna se analizan las interacciones sociales en las ciudades del Caribe a través de un enfoque transimperial y multisituado. Nuestro trabajo se sitúa al cruce de tres ópticas urbanas: las milicias coloniales, les élites segundas y la gente de “color”. A partir de estos puntos de observación podemos analizar la ciudad colonial como el lugar que centraliza múltiples marcadores y espacios de pertenencia social: milicias, profesiones, parroquias, hermandades. Esta centralización urbana refuerza el control colectivo y multiplica las filiaciones incompatibles. Dentro de unos ciertos límites definidos a través de las posiciones relativas de los individuos y del contexto local, la pluralidad de marcadores de pertenencia social constituye a su vez un conjunto de recursos que pueden ser utilizados para manipular las normas y las clasificaciones sociales. El enfoque multisituado da cuenta a la vez de las especificidades de los contextos locales y de las implicaciones imperiales o globales de las formas locales de la experiencia colonial. Interrogar los espacios de pertenencia social implica evaluar el papel de los individuas y de los contextos locales en la formación de las construcciones imperiales y en la perpetuación del orden colonial. El espacio Caribe, espacio de guerra, constituye el terreno ideal para el análisis y la comparación de estos mecanismos, puesto que permite observar territorios imperiales discontinuos, dispersos y precarios. A pesar de las especificidades de cada contexto, los espacio urbanos del Caribe comparten, en mayor o menor medida, procesos de “coloración” en cuanto a las maneras de expresar las jerarquías y las posiciones sociales. Esta “coloración” revela un amplio espacio transimperial de circulación de las categorías prácticas. Categorías a su vez seleccionadas y reapropiadas localmente. Así, esta tesis explora las implicaciones locales de estas circulaciones, que no suponen una homogeneización de los territorios del Caribe, y que a menudo provocan malentendidos o coyunturas de tensión en los contextos de recepción. Por último, esta tesis demuestra que el color de los individuos, construido in situ y renegociado en permanencia, constituye un recurso discursivo que disimula mecanismos complejos de dominación social y política, además de relaciones violentas de poder que pueden variar considerablemente de une ciudad a otra, y de un espacio de pertenencia social a otro.


Le texte intégral de cette thèse n'est pas accessible en ligne.
Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : École des hautes études en sciences sociales. Thèses.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.