Se faire un "platz" dans la ville : pratiques d’habitat informel, expériences de l’accès aux droits et mobilisations de familles roumaines vivant en bidonville

par Céline Véniat

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Daniel Cefaï.

Le président du jury était Liora Israël.

Le jury était composé de Liora Israël, Agnès Deboulet, Patrick Simon, Tommaso Vitale.


  • Résumé

    A partir d’une enquête ethnographique menée dans différents bidonvilles en région parisienne, ma thèse vise à décrire les pratiques d’habitat informel, l’expérience de l’accès aux droits et les mobilisations des familles roumaines vivant en bidonville. La première partie porte sur l’expérience de l’habitat et les pratiques d’appropriation et de récupération dans l’espace de la ville des familles vivant en bidonville. La deuxième partie est consacrée à leur parcours d’accès aux droits, en particulier la scolarisation et la santé, et aux pratiques discriminatoires qu’elles rencontrent. La troisième partie se concentre sur les pratiques de mobilisations mises en œuvre par les familles et leurs soutiens dans les espaces politiques et judiciaires pour défendre leur lieu de vie.La description de la vie quotidienne dans un platz donne à voir des pratiques d’aménagement et des relations de sociabilité familiale et de voisinage. La baraque constitue un espace habité dans lequel chaque famille s’aménage un chez-soi en soignant son intérieur au gré des tournées de récupération et se ménage un lieu protégé de l’extérieur dans lequel prennent place des relations familiales de sociabilité ordinaire. Les tâches domestiques et les activités de travail occupent une bonne partie des journées et s’organisent le plus souvent selon une répartition genrée. Les habitants mobilisent leurs compétences citadines pour mettre en œuvre des pratiques d’occupation, d’appropriation, de récupération et de circulation dans la ville. Ils mettent à profit la disponibilité de terrains disponibles en adoptant une stratégie de repérage et d’installation discrète en lien avec une circularité et un ancrage territorial.Mon accès au terrain par le regard des enfants permet de donner à voir la sociabilité enfantine dans le platz et l’expérience quotidienne de l’école et du racisme ordinaire dans leurs relations avec les autres élèves. L’accès à la scolarisation est entravé par le traitement discriminatoire des mairies et notamment la difficulté à faire reconnaître le bidonville comme un lieu de résidence. La description de l’activité de médiation dans les platz et d’accompagnement auprès des centres de santé permet de pointer les difficultés rencontrées par les familles du fait de leur précarité résidentielle et du mauvais accueil qui leur est réservé. On s’intéressera notamment au parcours d’une jeune femme roumaine qui a connu plusieurs expulsions durant sa grossesse et dont les enfants ont subi diverses pathologies importantes.Suite à l’annonce d’une expulsion, les habitants du platz se mobilisent devant la justice pour défendre le droit de rester dans leur lieu de vie. Après le passage de la police notifiant la décision d’expulsion, les habitants contactent un avocat, et avec la complicité des acteurs associatifs, ils collectent des preuves de leurs démarches d’insertion et des photos des baraques pour attester du caractère habité du lieu en vue de préparer leur défense. Les habitants expriment également leurs émotions et tentent de convertir leur expérience située des expulsions en mobilisation. La description déroulera les étapes de la mobilisation, de la réaction sensible des habitants et soutiens à l’élaboration d’un communiqué de presse portant la parole collective, puis à la publicisation du problème d’abord à l’échelle du réseau militant local puis au niveau national. On insistera sur l’imbrication et la simultanéité entre l’action conjointe de différents cercles d’acteurs affectés, concernés et engagés dans la résolution du problème, et l’articulation entre pratiques de publicisation et négociations informelles en coulisses. Face à la désillusion suscitée par l’échec des négociations avec la mairie, les habitants et leurs soutiens proches choisiront de se recentrer sur un modèle de discussions informelles et de petits arrangements en vue d’un déménagement secret et concerté.

  • Titre traduit

    Take a "platz" in the city : informal housing practices, experiences of access to rights and mobilizations of Romanian families living in slums


  • Résumé

    Based on an ethnographic survey conducted in various slums in the suburbs of Paris, my thesis aims to describe informal housing practices, experience of access to rights and mobilizations of Romanian families living in slums. The first part focuses on the experience of housing and the practices of appropriation and recovery in the urban space of families living in slums. The second part is devoted to their path of access to rights, particularly school and health, and the discriminatory practices they encounter. The third part focuses on the mobilization practices implemented by the families and their supports in the political and judicial spaces to defend their place of life.The description of everyday life in a “platz” shows planning practices and relationships of family and neighborhood sociability. The “baraque” is an inhabited space in which each family arranges her home by caring for their interior with objects recovered in the street and set up a place protected from the outside in which family relationships of ordinary sociability take place. Domestic tasks and work activities take up a good part of the day and are usually organized according to a gender distribution. The inhabitants mobilize their urban skills to implement occupancy, appropriation, recovery and circulation practices in the city. They take advantage of the availability of unusual land by adopting a strategy of identification and discreet installation in connection with a circularity and a territorial anchorage.My access to the field through the eyes of children allows to show the childlike sociability in the platz and the daily experience of school and ordinary racism in their relations with other students. Access to schooling is hampered by the discriminatory treatment of town halls, including the difficulty to recognize the slum as a place of residence. The description of the mediation activity in the platz and accompaniment to the health centers point out the difficulties met by the families because of their precariousness of residence and the bad reception which is reserved for them. In particular, we will focus on the path of a young Romanian woman who experienced several expulsions during her pregnancy and whose children suffered various important diseases.Just after the announcement of an eviction, the inhabitants of platz mobilize themselves in court to defend the right to stay in their living place. After the passage of the police notifying the decision of expulsion, the inhabitants prepare their defense. They contact a lawyer and they collect evidences of their insertion procedures and photos of the houses to attest that it’s a living place with the complicity of the associative actors. The inhabitants also express their emotions and try to convert their experience from expulsions to mobilization. The description will follow the stages of the mobilization, from the sensitive reaction of the inhabitants and supports to the elaboration of a press release carrying the collective speech, then to the publicization of the problem first at the level of the local militant network then on a national level. We will insist on the interweaving and the simultaneity between the joint action of different circles of affected, concerned and committed actors in the resolution of the problem, and the articulation between advertising practices and informal negotiations behind the scenes. Faced with the disillusionment caused by the failure of the negotiations with the town hall, the inhabitants and their close supporters will choose to refocus on a model of informal discussions and small arrangements for a secret and concerted move.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : École des hautes études en sciences sociales. Thèses.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.