Transformer la matière et négocier les cultes : les groupes de l'artisanat du Nangarhār (Afghanistan).

par Xavier Hermand

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Michel Boivin.

Le président du jury était Denis Vidal.

Le jury était composé de Denis Vidal, Véronique Bouillier, Hamit Bozarslan, Ludovic Coupaye.


  • Résumé

    Après une enquête menée auprès des groupes d'artisans de la ville de Jalālābād et desrecherches historiques sur les changements sociaux des régions de l'est de l'Afghanistan, je décris comment ces professionnels qui étaient autrefois jugés marginaux parce qu'ilsmanipulent la matière, parviennent depuis peu, par ce même moyen, à acquérir de l'influence. Ceux qui transforment les matières et produisent des objets à partir des métaux, du bois, des tissus, de la terre, des peaux d'animaux, descendent de spécialistes de villages et de nomades qui étaient tenus par l'endettement au service de marchands ou de chefs fonciers. Avec la transmission aux enfants des dettes et des savoir-faire, les spécialisations étaient conservées entre proches limitant la mobilité sociale. Une succession de crises au cours de la deuxième moitié du XXème siècle obligea la population du Nangarhār à fuir et parfois émigrer. Plus tard, les artisans sont revenus se concentrer à Jalālābād pour constituer, au sein des métiers qui ont survécu, des cartels familiaux. L'évolution des rapports d'échange, la diffusion de la monnaie, l'accès à une clientèle plus large, ont permis à quelques-uns de devenir plus indépendants et à introduire de nouvelles façons de travailler. Selon les filières, certains ont monté de petites usines et repris la maîtrise sur des étapes clés de la transformation des matières, d'autres privilégient les fabrications à fortes plus-values, acquièrent des monopoles dans la distribution ou encore, délèguent les tâches les plus pénibles à un personnel extérieur.En dépit d'une absence chronique d'électricité, les artisans de cette ville, dont l'essentiel de la main d'oeuvre est composée de proches parents, réussissent à proposer des objets de très bonne qualité à faible coût, une situation qui leur permet de gagner en influence. Peu auparavant, ces artisans connaissaient une situation très différente. L'absence de références généalogiques empêchait qu'ils soient acceptés comme musulmans et, si leur économie dépendait, comme d'autres acteurs du Nangarhār, d'institutions non-musulmanes, leurs activités (extraction, échange, manipulation, transformation ou, destruction des matières) étaient jugées avec méfiance par les représentants religieux. L'implication, au siècle dernier, d'un homme d'affaire et chef religieux auprès des professionnels entraîna un changement des rapports économiques mais aussi aux rites de l'Islam. Tous les artisans prétendent aujourd'hui suivre les préceptes de cette religion.

  • Titre traduit

    Transforming the material and trading cults : artisans' groups in Nangarhār (Afghanistan)


  • Résumé

    After conducting a survey among artisans' groups in the city of Jalālābād, and historicalresearch about social changes in the eastern regions of Afghanistan, I describe how theseprofessionals which used to be deconsidered because of their involvement in material process, are succeeding today, through the same mean, to gain some influence. The people who are transforming metal, wood, textiles, earth, hides and skins, and produce objects from these materials, are descendants of village specialists and nomads. Usually working at the service of merchants and landowners, they were compelled to pay back or transmit their debts, as well as their competences, to their children. This contributed to maintain specialisations among kins and did limit social mobility. A succession of crisis in the second half of the XXth century forced the population of Nangarhār to emigrate before coming back and gather in Jalālābād and constitute family trusts among the profession that survived. The evolution of market relations, the diffusion of material money and access to many more costumers, offer them some independance and help them in introducing new working methods. According to their field, some are investing in bigger workshops in order to take back the control of several stages in the transformation process, others choose to specialize in capital gain production, monopolize the distribution markets or, hire personal from new comers to delegate the difficult tasks. Despite a regular absence of electrical energy, the employment of a very skilled workforce composed of kins, allow them today to get some influence and compete with networks of industrial producers from neighbouring countries. Few years ago, the artisans did had a very different experience. They were lacking genealogical references or credences to become accepted as Muslims and, as others economic actors, they depended on non-muslim institutions for their activities (extraction, trade, manipulation, transformation, or destruction of materials) were considered mistrust by the religious representants. During the previous century, the implication of a religious chief involved in business beside the professionnals contributed to the evolution of economic relations but also to the rites attached the islamic faith. All the artisans now claim to follow the precept of the muslim creed.


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