La mise en fiction de la Shoah dans la Danse de Gengis Cohn de Romain GARY, Inglourious Basterds de Quentin TARANTINO et The Passenger de Mieczyslaw WEINBERG

par Esther Grimalt

Thèse de doctorat en Littératures comparées

Sous la direction de Christian Petr et de Bernard Urbani.

Le président du jury était Karl Zieger.

Le jury était composé de Karl Zieger, Thierry Ozwald, Aurélie Barjonet, Sophie Nezri-Dufour.

Les rapporteurs étaient Karl Zieger, Thierry Ozwald.


  • Résumé

    « Seuls ceux qui ont connu Auschwitz savent ce que c’était. Les autres ne le sauront jamais. » Cette vérité proclamée par Élie Wiesel résume à elleseule l’impossibilité de se représenter ce qu’ont enduré les victimes du nazisme, qu’elles soient juives, tziganes, homosexuelles ou opposantespolitiques. En effet si l’on ne peut se représenter leurs tribulations comment pouvons-nous imaginer les représenter ? Cette question fut celle quiprésida à l’émergence du concept d’irreprésentabilité, défendu notamment par Claude Lanzmann, concept qui devint tôt une injonction qui condamnaittoute entreprise de mise en fiction de la Shoah. Cependant, malgré les interdits ou peut-être en raison de ces interdits, les artistes, Prométhées des tempsmodernes, transgressifs et libres par essence se sont emparés de ce sujet qui est devenu incontournable. Pas une année ne passe sans qu’une oeuvreayant pour thème la Shoah ne voie le jour. Toutes ne sont pas dignes d’intérêt, certaines se servent même de l’engouement du public pour la période dela Seconde Guerre mondiale afin de donner de la profondeur à leur oeuvre qui en manque cruellement. Mais certaines apportent un éclairage nouveau,instillent une pensée originale et édifiante en évitant la pierre d’achoppement que constitue l’indécence, c’est le cas des oeuvres que nous avons choisid’étudier. Comme le dit Yosef Yerushalmi : « L’Holocauste a déjà suscité plus de recherches historiques que tout autre événement de l’histoire juive,mais je ne doute pas que l’image qui s’en dégage, loin d’être forgée sur l’enclume de l’historien, soit fondue dans le creuset du romancier ». C’est cecreuset que nous souhaitons explorer à travers notre analyse comparée de La Danse de Gengis Cohn de Romain Gary, d’Inglourious basterds deQuentin Tarantino et de The Passsenger de Mieczyslaw Weinberg. Cette étude a pour ambition de mettre en lumière le glissement progressif du réelvers la fiction que les artistes mettent en place dans leurs oeuvres et de l'analyser afin d’en révéler les enjeux. Puis de relever les artifices fictionnelsutilisés par les artistes comme des révélateurs et de souligner leurs apports au thème de la Shoah, et enfin de contempler la toute-puissance de l’art qui,le temps de son avènement, acquiert une liberté absolue, pouvoir tel qu’il lui permet de faire émerger des personnages d’outre-tombe, d’assignersymboliquement à comparaître ceux qui s’en sont tirés à bon compte et finalement de mettre à mort Hitler et tout ce qu’il représente, le temps de lafiction. Si ces entreprises audacieuses sont jubilatoires, elles ne sont pas moins révélatrices. En effet, elles soulignent, en négatif, notre impuissanceface à l’horreur du réel . Car comme le dit Laurent Binet dans HhhH : L’Histoire est la seule véritable fatalité : « on peut la relire dans tous les sens,mais on ne peut pas la réécrire ».

  • Titre traduit

    Fictionalization of Shoah, In Romain Gary's Gengis Cohn's dance, Quentin Tarantino's Inglourious basterds and Mieczyslaw Weinberg's The Passenger


  • Résumé

    "Only those who knew Auschwitz know what it was. Others will never know it. " This truth proclaimed by Elie Wiesel summarizes the impossibility of representing to oneself what the victims of Nazism, whether Jewish, Gypsy, homosexual or political opponents, endured. Indeed, if we can not imagine their tribulations how can we imagine representing them? This question was the one that presided over the emergence of the concept of irrepresentability, defended notably by Claude Lanzmann, a concept that soon became an injunction that condemned any undertaking of fictionalizing the Holocaust. However, despite the forbidden or perhaps because of these prohibitions, artists, Prometheus of modern times, basically transgressive and free have seized this subject that has become unavoidable. Not a year goes by without a Holocaust-themed work being produced. All are not worthwhile, some even use the infatuation of the public for the period of the Second World War to give depth to their work that is sorely lacking. But some bring a new light, instill an original and uplifting thought while avoiding the stumbling block that constitutes the indecency, it is the case of the works which we chose to study. As Yosef Yerushalmi puts it: "The Holocaust has already attracted more historical research than any other event in Jewish history, but I have no doubt that the image that emerges from it, far from being forged on the an anvil of the historian, be melted in the crucible of the novelist ". It is this crucible that we wish to explore through our comparative analysis of Romain Gary's Genghis Cohn's Dance, Quentin Tarantino's Inglourious basterds and Mieczyslaw Weinberg's The Passsenger. This study aims to highlight the progressive shift of the real to the fiction that artists put in place in their works and analyze it to reveal the issues. Then to highlight the fictional artifices used by artists as revelators and to emphasize their contributions to the theme of the Holocaust, and finally to contemplate the omnipotence of art which, at the time of its advent, acquires absolute freedom, power as it allows him to bring out characters from beyond the grave, to symbolically summon those who have escaped and to put to death Hitler and all that he represents, the time of fiction. If these daring ventures are jubilant, they are no less revealing. Indeed, they emphasize, in negative, our helplessness in the face of the horror of reality. Because as Laurent Binet says in HhhH: " History is the only real fatality : it can be re-read in all directions, but we can not rewrite it. "


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