Thèse soutenue

Manipulation de la réponse immune adaptative par Shigella : étude de l'altération de la formation de la synapse immunologique

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Auteur / Autrice : Fatoumata Samassa
Direction : Armelle Phalipon
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de la vie et de la santé. Immunologie B3MI
Date : Soutenance le 07/09/2018
Etablissement(s) : Sorbonne Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale BioScience Paris Cité (Paris ; 2014-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut Pasteur (Paris). Unité de Pathogénie Microbienne Moléculaire
établissement de préparation : Université Paris Diderot - Paris 7 (1970-2019)
Jury : Président / Présidente : Olivier Dussurget
Examinateurs / Examinatrices : Armelle Phalipon, Olivier Dussurget, Cosima Tatiana Baldari, Andrés Alcover, Claire Hivroz, Michael Dustin
Rapporteurs / Rapporteuses : Cosima Tatiana Baldari, Andrés Alcover

Résumé

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La manipulation de la réponse immunitaire innée au cours des infections bactériennes a été largement documentée contrairement à celle de la réponse adaptative. C’est le cas de l’entérobactérie à Gram-négatif Shigella qui est l’agent causal de la dysenterie bacillaire, une rectocolite aiguë. L’inflammation due à l’invasion de la muqueuse colique et la destruction qui en résulte reposent sur l’expression d’un Système de Sécrétion de Type Trois (SST3) par Shigella. Ce système assure l’injection d’effecteurs de virulence bactériens dans le cytoplasme de la cellule hôte afin de détourner les fonctions cellulaires et d’assurer la survie bactérienne. Au cours de l’infection, l’immunité humorale protectrice induite est peu efficace et de courte durée. Des études récentes ont montré que Shigella, par l’intermédiaire d’effecteurs du SST3, induit l’apoptose de sous-populations lymphocytaires B et inhibe la migration des lymphocytes T. Cette migration est essentielle à la recherche d’une cellule présentatrice de l’antigène (CPA) présentant un peptide spécifique. La rencontre entre lymphocyte T et APC résulte en la formation de la synapse immunologique (SI), une plateforme de signalisation dynamique à l’interface entre ces deux cellules qui est à l’origine de l’induction de la réponse T spécifique d’un pathogène donné. La formation de la SI est dépendante du cytosquelette d’actine et du trafic vésiculaire qui permettent la relocalisation spatio-temporelle des molécules nécessaires à cette interaction cellulaire. Sachant que ces voies cellulaires sont les cibles d’effecteurs de Shigella dans les cellules épithéliales, nous avons fait l’hypothèse qu’un tel ciblage dans les lymphocytes T conduirait à l’altération de la formation de la SI et par voie de conséquence à l’activation de lymphocytes T spécifiques de Shigella. Le but de ce travail de thèse consistait donc à (1) caractériser qualitativement et quantitativement les SI formées par des cellules T préalablement infectées par Shigella et (2) en cas de différence avec les cellules non infectées, d’identifier les mécanismes moléculaires et cellulaires ainsi que les effecteurs bactériens impliqués, et d’analyser l’impact sur l’activation des cellules T. Nos résultats démontrent que le défaut de migration des cellules T infectées lié à l’action de l’effecteur SST3 IpgD réduit le nombre de conjugués formés avec les CPA. De plus, lorsque les conjugués se forment, la SI qui en résulte n’a pas les caractéristiques d’une SI mature. Nos résultats montrent que les effecteurs VirA et IpaJ induisent la fragmentation de l’appareil de Golgi et du compartiment Rab11 ce qui induit une localisation incorrecte de Lck, une protéine clé de la signalisation en aval du récepteur T (TCR). Par ailleurs, ces effecteurs participent également à l’inhibition du recyclage et de l’endocytose du TCR. Ces résultats mettent en lumière l’action coordonnée de plusieurs effecteurs du SST3 ciblant différentes voies cellulaires pour inhiber une étape-clé dans l’induction de la réponse immunitaire adaptative. En parallèle de cette étude, j’ai contribué à démontrer que les lymphocytes B et T peuvent être ciblés par Shigella via la translocation d’effecteurs du SST3 ne résultant pas en l’invasion cellulaire, définissant ainsi un nouveau paradigme pour la pathogénicité de cette bactérie. L’ensemble de ces travaux permet une meilleure compréhension des stratégies utilisées par les pathogènes pour contrecarrer la réponse immune adaptative.