La pensée tragique d'Albert Camus, de Simone Weil et d'Hannah Arendt

par Pascale Devette

Thèse de doctorat en Sciences politiques. Philosophie politique

Sous la direction de Martine Leibovici et de Sophie Bourgault.

Le président du jury était Stéphane Vibert.

Le jury était composé de Martine Leibovici, Sophie Bourgault, Stéphane Vibert, Frédéric Worms, Gilles Labelle, Guillaume Le Blanc.

Les rapporteurs étaient Frédéric Worms, Gilles Labelle.


  • Résumé

    Cette thèse propose une conception du tragique à partir des pensées d’Albert Camus (1913-1960), de Simone Weil (1909-1943) et d’Hannah Arendt (1906-1975). L’objectif n’est pas uniquement de comparer leurs pensées, mais de révéler chez chacun une vision du tragique qui permet, à terme, de peindre les contours d’une pensée tragique. La pensée tragique est pensée de l’existence, de l’humain, du politique, de la médiation par le récit et du travail. Il y a tragique lorsque la personne se dépossède d’une part de souveraineté. Cette destitution est ouverture radicale à soi et au monde, parce qu’elle arrache pour un moment ce que la force a déposé en soi-même. Sur le plan politique, le tragique apparaît lorsqu’il y a pluralité et implique une capacité à argumenter avec les autres, à les regarder et à les écouter. Ce faisant, le tragique intègre une conception non souveraine du « soi » et de la vie à plusieurs, il fait état d’un souci constant pour arrimer la démesure de certaines actions à la mesure d’un monde partagé en commun. Au registre plus individuel, la posture tragique peut se décrire comme capacité à percevoir plus loin que soi. La personne qui a un rapport tragique au monde s’enfonce, pour ainsi dire, dans l’extériorité, au sens où elle remarque la non-souveraineté des autres et d’elle-même sur l’action, où elle se confronte à la nécessité parfois souffrante de la vie. Cette confrontation lui permet de distinguer dans l’extériorité ce qui doit être changé et ce qui relève de la nature des choses. Pour que le tragique du politique s’arrime avec le tragique individuellement vécu, certaines médiations doivent être présentes, notamment la circulation de récits (mettant en scène la non-souveraineté des acteurs politiques et la fragilité du commun), d’une part, et des conditions de travail favorisant la réceptivité de ces récits, d’autre part.

  • Titre traduit

    The tragic thought of Albert Camus, Simone Weil and Hannah Arendt


  • Résumé

    This dissertation argues for a conception of the tragic based on the thought of Albert Camus (1913-1960), Simone Weil (1909-1943) and Hannah Arendt (1906-1975). The goal is to compare not only their thought in general, but to reveal in each a vision of the tragic that develops a sketch of the contours of a tragic thought. Tragic thought is the thought of existence, of the human, of the political, and of mediation through storytelling and labour. The tragic emerges when one is dispossessed from a part of one’s sovereignty. This destitution is a radical opening to self and to the world because, for a moment, it snatches away whatever strength had been gathered in the self. On the political level, the tragic appears in a context of plurality and it implies a capacity to debate with others, to look at them and to listen to them. In so doing, the tragic integrates a non-sovereign conception of “self” and of collective life. It constantly tries to fix the excessiveness of certain actions to the extent of the shared and common world. On the individual level, the tragic attitude can be described as a capacity to perceive beyond the self. The individual who has a tragic relationship to the world is submerged in exteriority, in the sense that she notices the non-sovereignty of others and of herself with respect to action; she directly faces the necessity and often the suffering of life. This confrontation allows her to distinguish outside of herself that which must be changed from that of the natural order of things. For the tragic of the political to align itself with the tragic as lived individually certain mediations must be present, notably the circulation of storytelling (presenting the non-sovereignty of political actors and the fragility of the common), on the one hand, and the conditions of labour that favour the reception of this storytelling, on the other.


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