Ecouter et regarder lire : la réception des lectures publiques à haute voix

par Colette Danieau-Kleman

Thèse de doctorat en Histoire, histoire de l’art et archéologie. Histoire et sémiologie du texte et de l'image

Sous la direction de Dominique Rabaté.

Le président du jury était Nathalie Piégay.

Le jury était composé de Dominique Rabaté, Nathalie Piégay, Chantal Lapeyre-Desmaison, Olivier Bessard-Banquy.

Les rapporteurs étaient Chantal Lapeyre-Desmaison, Olivier Bessard-Banquy.


  • Résumé

    Cette thèse rend compte des usages et des pratiques à l’œuvre dans les lectures publiques actuelles. Et plus précisément de leur réception par les auditeurs-spectateurs, pendant et après les lectures. Les sources et matériaux utilisés sont divers : ce sont en partie des récits de réception empruntés à la littérature classique ou contemporaine, et aux publications de chercheurs en sciences humaines et sociales. J’ai d’autre part utilisé mes propres récits, des narrations rédigées après avoir assisté à des lectures publiques à voix haute. J’ai donc construit mes matériaux à partir de ce que j’ai éprouvé au milieu d’une assemblée, au milieu des autres, au milieu d’autres corps. Je me suis autorisée et inspirée de la « pensée par cas » (ou « singularités »), une méthode qui suppose une pratique d’auto-observation inspirée de l’approche clinique. Elle écarte donc toute prétention au réalisme ou à l’objectivisme. Les lectures publiques sollicitent simultanément l’œil et l’oreille. La réception des auditeurs-spectateurs, qu’elle soit recueillie ou éprouvée en personne, apparaît souvent très individuée, peu normée.Un prologue fait retour sur trois périodes de la grande histoire de la lecture : récits de lectures à voix haute partant de l’Antiquité grecque et romaine jusqu’à une période récente. Les deux autres parties s’attachent ensuite à éclairer les rapports qui se nouent entre les acteurs présents à des lectures données en public, de nos jours. Rapports d’échange ou d’altérité, ou bien rapports de pouvoir, ils révèlent la manière dont se forment les réceptions individuelles - à partir des récits ou cas et de leur rapprochement avec d’autres corpus disciplinaires. Mais le matériau est hétérogène, labile, instable, parfois étrange. Aussi ce parcours ne va pas en ligne droite : il est sillonné d’allers et retours et de bifurcations ; emporté par des processus associatifs, arrêté ou suspendu par des détails sonores ou visuels, parfois infimes ; ou par la qualité du silence. Son tracé apparaît donc a posteriori.L’acte d’écouter-regarder lire au milieu d’une assemblée, et ses retentissements dans le for intérieur, incitent constamment à se déplacer mentalement, à sortir de soi ou à passer du « je » au « nous ». Le « nous » signifie que j’intègre en silence la présence du Lecteur sonore et des autres auditeurs-spectateurs, que je les associe à ma réception : l’individu dit « nous » (dans son intimité comme en société) en s’adressant ou en s’incluant aux autres. Les lectures publiques touchent à la fois l’individuel et le collectif ; voire questionnent le concept de communauté.Elles nous reconduisent naturellement à des relectures et s’offrent elles-mêmes comme forme singulière de relecture. Elles nous conduisent aussi à d’autres pratiques du partage grâce à l’usage de la voix haute ; à d’autres modes d’exister de la littérature, d’autres formes d’oralité (les groupes de lecture, la récitation, le témoignage, le cinéma). In fine, ce travail met au jour une expérience, et les « savoirs » singuliers qu’elle engrange et diffuse. Cette expérience peut être transmise, reprise, re-questionnée et discutée. Car les lectures publiques, censées nous immobiliser ou nous sidérer sur un fauteuil, nous engagent personnellement dans le rapport à autrui. Ce n’est pas le moindre enseignement de cette aventure.

  • Titre traduit

    Listening et watching read : reception of public reading aloud


  • Résumé

    This PhD thesis is an account of uses and practices at stake in public reading nowadays ; more precisely, of its reception by the listening audience, during and after the readings. The sources and material used are diverse : partly accounts of reception extracted from classical and contemporary literature, and publications by searchers in human and social science. I have also used my own accounts, narrative pieces I redacted after witnessing public readings. I thus have built my own material based on what I felt among an audience, among others, among other bodies. I have leaned on and inspired myself from “case thinking” (or “singularities”), a method which relies on practicing self-observation, based on clinical approach. Therefore, it excludes any claim to realism or objectivism. Public readings appeal to the eye and the ear at once. The reception by the listeners-spectators, whether it’s collected or felt in person, seems to be frequently personal, not very normalized.A prologue goes overs three periods of the great history of reading: accounts of readings aloud from Greek and Roman Antiquity to a recent period of time. The other two parts aim to highlight the connections that awaken between the actors during public readings nowadays. Those relationships of exchange, of otherness, or of power, reveal the way in which individual reception forms - from accounts or cases and relating them to corpuses from other subjects.But the material is a heterogeneous, labile, instable one; sometimes strange. Which explains that the journey isn’t straight: it is criss-crossed by comings and goings and branching roads; drawn as it was by associating processes, stopped or paused by sound or visual details, sometimes minute; or by the quality of silence. As a result, its course appears a posteriori.The act of listening-watching read among an audience, its repercussions onto the inner self, are a constant incentive to move mentally, get out of oneself or switch from “I” to “we”. “We” means I silently integrate the person who reads aloud and the other listeners-spectators into my reception: the individual says “we” (in their intimacy as well as in society), addressing themselves to or including themselves with others. Public readings concern the individual as well as the collective level; and even question the concept of community. They naturally drive us to rereads and offer themselves as a singular form of reread. They also drive us to other practices of sharing through the use of voicing : to other ways of existing for literature, to other forms of oral performance - reading groups, recitation, account, cinema.


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