"Travailler dans les Petits Mickeys" : les dessinateurs-illustrateurs en France et en Belgique de 1945 à 1968

par Jessica Kohn

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Laurent Martin et de Jean-Paul Gabilliet.

Le président du jury était Marie-Ève Thérenty.

Le jury était composé de Laurent Martin, Jean-Paul Gabilliet, Marie-Ève Thérenty, Philippe Kaenel, Sylvain Venayre, Emmanuelle Picard.

Les rapporteurs étaient Philippe Kaenel, Sylvain Venayre.


  • Résumé

    Ce travail s’attache à étudier la profession de dessinateur-illustrateur en France et en Belgique francophone de 1945 à 1968. La profession a longtemps été étudiée sous le seul prisme de la bande dessinée ou du dessin de presse politique. Grâce à une approche prosopographique et à l’étude de 400 trajectoires professionnelles, nous montrons que le métier de dessinateur est polyvalent dans les années 1950 et 1960, touchant autant à l’illustration qu’au dessin politique ou à la bande dessinée. Les dessinateurs sont dépendants du marché et multiplient les lieux depublication comme les pratiques graphiques, en particulier au sein des illustrés. Nous avons privilégié ce support pour appréhender la pratique professionnelle des dessinateurs du corpus. La polyvalence des dessinateurs et leur dépendance vis-à-vis du marché a des conséquences directes sur la manière dont ils construisent et définissent leur métier, en termes d’auto-représentation, de sociabilités comme de revendications. Le statut de journaliste devient unpoint d’ancrage pour nombre d’entre eux, apparaissant comme le meilleur moyen de bénéficier des acquis sociaux qui concernent la société salariale de la France et la Belgique des Trente Glorieuses. Dans le même temps, certains aspirent malgré tout au statut d’indépendant. Les dessinateurs endossent également leur rôle de journalistes dans leurs productions graphiques : leur travail pour la presse et les ouvrages à grand tirage fait d’eux des observateurs visuels de la société des Trente Glorieuses, dont ils transmettent les valeurs, les innovations et les questionnements. C’est dans ce contexte que s’imposent, parfois conjointement, le dessin absurde et la bande dessinée, sans pour autant qu’il s’agisse déjà de spécialisations professionnelles.

  • Titre traduit

    «Being a funnies maker» : cartoonists in France and in Belgium from 1945 to 1968


  • Résumé

    This dissertation documents the cartoonist’s trade in France and francophone Belgium from 1945 to 1968. Although this career has been traditionally addressed through the prism of comic art or political cartooning, this study based on a prosopographic approach and the analysis of 400 professional trajectories demonstrates that in the 1950s and 1960s, the trade was a multi-faceted one, in so far as cartoonists were equally likely to produce illustration art, political cartoons, or comics. Their dependence on the market typically brought them to rely upon multiple accounts and graphic techniques, particularly in comic magazines—the medium most closely analyzed in this study to comprehend their professional practices.The cartoonists’ versatility and dependence on the market directly conditioned how they perceived and defined their jobs in social, political, and legal terms. For most of them beingidentified as journalists became a recurring goal as the best means to take advantage of the same benefits and rights as wage-earners in post-World War II France and Belgium. Yet a minorityvalued self-employment. In their graphic productions many cartoonists fulfilled functions similar to those of journalists.Both in the mainstream press and mass-produced books they observed and recorded the values, innovations, and collective interrogations of their national societies in the postwar decades. It was against this background that comics and nonsense cartooning became established graphicforms, although they were often practiced by the same individuals.


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