Le Magdalénien après la Nature : une étude des relations entre humains et animaux durant le Magdalénien moyen

par Clément Birouste

Thèse de doctorat en Préhistoire

Sous la direction de François Bon et de Sandrine Costamagno.


  • Résumé

    Ce travail vise à apporter de nouveaux éléments dans la compréhension de la relation entre humains et animaux dans l'une des cultures emblématiques du Paléolithique supérieur européen, le Magdalénien moyen du sud-ouest de la France, à travers le prisme d'une approche conjointe des figurations animalières (et humaines) et des éléments squelettiques animaux (et humains). Le cadre du naturalisme rigide qui présuppose l'opposition des concepts de nature et de culture, ainsi que l'universalité d'un anthropocentrisme, s'avère être une limitation gênante pour une telle entreprise. Nous observons en effet que ces caractéristiques réduisent le champ d'investigation de l'archéozoologie comme de l'étude de l'art figuratif animalier, empêchant en partie d'accéder à la manière dont les collectivités du passé elles-mêmes appréhendaient leur environnement. Nous nous intéressons donc aux postures théoriques qui autorisent une relativisation de l'ontologie naturaliste en reconnaissant une diversité d'ontologies. Notre projet est de tenter d'identifier le régime ontologique particulier du Magdalénien moyen à travers les vestiges archéologiques qui lui sont attribués – dans le but de préciser la teneur des relations entre humains et animaux pendant le Magdalénien moyen. Le modèle des quatre modes d'identification de Philippe Descola nous semble être le plus adéquat pour entreprendre un tel projet, en raison de la précision de ses définitions et de sa maniabilité. L'art pariétal du Magdalénien moyen se focalise particulièrement sur les distinctions spécifiques, mais aussi sur l'individuation des animaux et les agissements de chacun, donnant à voir une intentionnalité des animaux. Certaines modalités participent à la mise en relation de ces intentionnalités : le dispositif pariétal, l'utilisation des reliefs naturels et la manière de figurer l'humanité, notamment. Une étude portée sur les vestiges osseux animaux des sites du Magdalénien moyen montre que le schéma global des opérations de boucherie et sa ritualisation supposée s'orientent particulièrement vers l'individualité des animaux et leur subjectivité. Le schéma global de la boucherie concernant les animaux semble trouver un écho avec des pratiques concernant le traitement de certains corps humains. Dans les deux cas, une emphase s'observe dans la minutie et l'intensité des procédés et une sur-représentation des crânes dans les sites d'habitat, pointant un équivalence relative entre les statuts d'humains et de non-humains, ainsi qu'une volonté de désubjectiver les individus par une transformation des formes. Les intentions véhiculées par ces diverses pratiques – dans l'art pariétal, le traitement des corps animaux et humains – nous semblent particulièrement représentatives d'un mode d'identification animiste au sens de Descola, et s'avèrent peu compatibles avec d'autres modes d'identification, y compris le totémisme auquel on associe pourtant régulièrement le Paléolithique supérieur européen. Un schéma global à la coloration animiste apparaît, dans lequel se note l'importance de l'individuation des humains comme des animaux, et l'importance de leurs mises en relation. Diverses formes d'interaction entre individus humains et non-humains pourraient trouver leur place au sein de ce qui semble constituer un cycle intégrant des pratiques visant à l'apparition comme à la disparition de subjectivités animales.

  • Titre traduit

    Magdalenian after Nature : a study of human-animal relationships during the middle Magdalenian


  • Résumé

    The aim of this work is to bring new elements to our comprehension of human-animal relationships in one of the emblematic cultures of the European Upper Palaeolithic, the Middle Magdalenian of south-western France, through a two-pronged approach treating animal (and human) depictions and animal (and human) skeletal remains. Rigid naturalism, which presupposes an opposition between nature and culture, as well as the assumed universality of anthropocentrism, are limiting to this endeavor. These intellectual frames of reference confine the realms of investigation of both archaeozoology and the study of figurative art, impeding in part our ability to access the ways in which communities of the past apprehended their own environment. We concentrate therefore on theoretical postures that authorize the relativization of naturalistic ontology while all the same recognizing a diversity of ontologies.Our project is therefore an attempt to identify the specific ontological system of the Middle Magdalenian via its attributed archaeological remains – with the objective of determining the nature of human-animal relationship during the Middle Magdalenian. Philippe Descola’s model of four modes of identification seems to us to be the best adapted approach for such an enterprise, as it provides precise definitions that are easily employed.Middle Magdalenian parietal art focuses particularly on very specific distinctions, but also on the individuation of animals and their respective behaviours, seeming to bring out the depicted animals’ intentionality. Certain methods participate in the linking of these intentionalities: notably the parietal plan, the use of natural reliefs, and the way humanity is represented. A study focusing on skeletal animal remains from Middle Magdalenian sites shows that the general pattern of butchery operations and its supposed ritualization is particularly oriented towards animal individuality and subjectivity. This generalized butchery pattern of animals shows parallels with the treatment of certain human remains. In the two cases, a particular emphasis is seen in the minutia and intensity of procedures and an over-representation of skulls in habitat sites, indicating a relative equivalence between the status of humans and non-humans, as well as a desire to reduce the subjectivity of individuals via the transformation of forms. The intentions conveyed by these diverse practices – in parietal art, and in the treatment of animal and human remains – seem particularly representative of Descola’s animist mode of identification, and appear to be incompatible with other modes of identification, including totemism, which we often associate with the European Upper Palaeolithic. A globalized theme of animist bent appears, in which the individuation of humans as animals seems important, as is their linkage. Diverse forms of interaction between human and non-human individuals may have found their place in what appears to constitute a cycle integrating practices underlining the apparition and disparition of animal subjectivity.


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