Du refus scolaire au suivi psychiatrique. Trajectoires d’adolescents déscolarisés

par Laelia Benoit

Thèse de doctorat en Santé publique - sociologie

Sous la direction de Bruno Falissard et de Jean-Paul Gaudillière.

Le président du jury était Jean Bouyer.

Le jury était composé de Bruno Falissard, Jean Bouyer, Xavier Briffault, David Cohen, Éliane Rothier Bautzer, François Taddei.

Les rapporteurs étaient Xavier Briffault, David Cohen.


  • Résumé

    Ce travail décrit les trajectoires des adolescents qui sont amenés à être suivis en psychiatrie parce qu'ils refusent d'aller à l'école en France. Il se propose ainsi d’employer une démarche sociologique de théorie ancrée (Grounded Theory) afin de répondre à une question de santé publique. En 1991, on estimait que les enfants et adolescents refusant d'aller à l'école représentaient 5% des consultations de pédopsychiatrie en France. Depuis 25 ans, il demeure pourtant difficile de quantifier ce phénomène et son évolution, notamment parce que le refus scolaire ne correspond à aucune catégorie de maladie mentale. L'enjeu sociétal et économique est toutefois considérable. Les associations de parents alertent sur le coût élevé de la déscolarisation, la 'phobie scolaire' rencontre un écho médiatique constant, et les jeunes qui achèvent leurs études sans obtenir de diplôme ont un taux de chômage supérieur à la moyenne pour leur tranche d'âge. De plus, une littérature psychiatrique internationale considérable sur le refus scolaire s’adosse à de nombreuses institutions de soin dédiées à la rescolarisation (consultations et hôpitaux de jours) et de manifestations professionnelles à ce sujet. Dans un contexte de contraintes budgétaires du sanitaire et de crise du système éducatif français, la gestion par le champ médical du refus scolaire pose question. Premièrement, une analyse socio-historique de la littérature médicale internationale entre 1941 et 2018 décrit comment le problème du « refus scolaire » s’est développé dans le discours scientifique selon les deux courants distincts de la phobie scolaire (school phobia) et du refus scolaire (school refusal) ; et tend actuellement à s’élargir vers une problématisation médicale de toute absence scolaire. La deuxième et la troisième partie de ce travail explorent les processus décisionnels qui sous-tendent la médicalisation du refus scolaire à l’échelle individuelle. En effet, le diagnostic psychiatrique intervient relativement tard, à l’issue d’une carrière débutée au sein de l’institution scolaire et de la famille. Comment un jeune en vient-il à être désigné par la catégorie de 'phobie scolaire'? Cette approche interactionniste se fonde sur plus de 100 entretiens réalisés auprès de familles et de professionnels de l’école et analyse le travail produit par le jeune et par les acteurs qui l’entourent. On décrit comment les professionnels de l’école repèrent et qualifient ses difficultés de fonctionnement scolaire. Quatre styles de gestion du problème émergent au sein de l’école, selon le degré d’extériorisation du problème hors du champ scolaire, l’usage des pratiques de care et les modes relationnels avec les autres acteurs. Une analyse dite des « carrières » retrace la trajectoire d’adolescents déscolarisés, de l'école à l'hôpital, en partant du récit des jeunes et de leurs parents. Si les enquêtés présentent le refus scolaire comme une prise de décision brutale, celle-ci vient interrompre un processus de longue durée notamment caractérisé par un épuisement lié au travail de représentation de soi en société. Après la décision de refus scolaire, sont analysés le récit de la transformation de soi, le remaniement des relations aux autres (parents, camarades, enseignants, soignants), la déconstruction et la construction de certaines modalités de socialisation.

  • Titre traduit

    From school refusal to a psychiatric follow-up. The journey of teens refusing school


  • Résumé

    School refusal is an increasingly common motive for consultation in child psychiatry. According to the psychiatrists, situations leading to school refusal are extremely diverse, from anxiety feelings in the classroom to truancy, and may lead children to miss school occasionally or to give up their studies. This sociological study, uses the grounded theory to describe the career of teenagers who receive psychiatric care in France because they refuse to go to school. More than 100 in-depth interviews with teenagers, parents and school professionals allow to describe their careers from the school to the psychiatric care. First, we provide a socio-history of the medicalization of school absenteeism through the construction of medical categories (school phobia, school refusal, school attendance problems), based on a review of the international psychiatric literature from 1941 to 2018. Second, teachers discourse on school refusal, their daily management of student who refuse school and their involvement in the medicalization of the absenteeism of some pupils is analyzed. Four styles of management are described among school professionals. Third, the narratives of teenagers and of their parents are analyzed. If school refusal appears as an immediate shift, it answers to a process of long duration. For some students, struggling to attend school from day to day required a consuming work: the presentation of self in public places and emotional work towards peers. After refusing school, students ‘illness’ narratives describe their career in deconstructing and reconstructing their socialization and self.


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