Au coeur de l'échange : les foires et les marchés, entre logiques économiques, enjeux politiques et pratiques sociales (Rhône - XIXème siècle)

par Lydie Carrara

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Gérard Béaur.

Soutenue le 20-12-2018

à Paris Sciences et Lettres (ComUE) , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec École des hautes études en sciences sociales (Paris) (établissement de préparation de la thèse) .

Le président du jury était Corinne Marache.

Le jury était composé de Corinne Marache, Alain Chatriot, Dominique Margairaz, Alessandro Stanziani, Nadine Vivier.


  • Résumé

    La complémentarité des approches a affirmé l’enjeu que suscitent les foires et les marchés pour le développement de l’économie, de la politique et des sociétés dans le Rhône au XIXè siècle. Premièrement, une approche géo-économique nous permet d’appréhender leur intégration dans le système commercial qui se met en place. II ne s’agit plus de nier l’existence des rendez-vous locaux en arguant leurs aires de fonctionnement restreintes, mais bien de saisir l’organisation précise d’un espace économique de taille réduite. Bien que temporaires, ils n’en sont pas moins réguliers, et contribuent à façonner l’espace par le biais des échanges et des circuits qu’ils engendrent, et constituent une étape essentielle dans l’affirmation de pôles commerciaux à l’échelle locale, voire départementale. Tout au long du siècle, les foires et les marchés sont des rouages essentiels dans l’approvisionnement des populations rurales, tant en denrées alimentaires qu’en produits manufacturés. En outre, l’inflation de certains droits et l’attrait que représentent les adjudications pour les populations locales, tout comme les investissements communaux croissants, sont autant d’autres preuves de la prépondérance des aspects économiques des foires et des marchés à l’échelle locale. Cette approche nous permet aussi d’analyser la manière dont le semis des foires et des marchés évolue tout au long du siècle. Une localisation réfléchie et un calendrier précis soulignent que les manifestations marchandes s’adaptent aux exigences économiques rurales. Le XIXè siècle se caractérise par une polarisation économique croissante, qui détourne peu à peu les flux de marchandises des places marchandes rurales, les faisant rapidement entrer en concurrence avec les marchés urbains. La rétractation de l’espace-temps contribue également à renforcer l’intégration du Lyonnais dans un espace économique plus vaste, débordant largement sur les départements et régions alentours. Deuxièmement, une approche politique des foires et des marchés souligne qu’ils cristallisent des enjeux politiques majeurs. Ils sont des lieux d’expression privilégiée de l’interventionnisme de l’État, des occasions de mettre en oeuvre une politique d’encadrement et une souveraineté descendante. Ils sont le creuset d’un nouveau droit, qui révèle la prégnance d'une politique régalienne: le pouvoir central veut garder un droit de regard essentiel sur les affaires qui animent le pays. Ceci accentue la persistance de l’image d’un pouvoir nourricier, paternaliste, voire aménageur, qui avait déjà cours aux siècles précédents. Néanmoins, tout au long du XIXè siècle, cet aspect se développe et se renforce, dans la mesure où le pouvoir commence à envisager cette mission à l’échelle nationale. Mais les foires et les marchés sont aussi un terrain d’expression pour un pouvoir ascendant, qui ressent le besoin d’exprimer ses attentes vis-à-vis du pouvoir en place de manière de plus en plus explicite. La mutation essentielle du statut politique de la population renforce sa légitimité à exprimer à son tour ses propres espoirs en termes d’approvisionnement et en termes de prospérité économique. Ainsi les foires et les marchés témoignent-ils de l’émergence, depuis la fin du XVIIIè siècle, d’une conception moderne de l’État et des relations entre gouverneurs et gouvernés, en lien avec le contrat social. Cet aspect a ouvert la voie à une approche sociologique et anthropologique et nous a permis de saisir cette foule de plus en plus animée. Dans la lignée de plusieurs chercheurs, nous avons envisagé nos foires et marchés comme des points de rencontre entre les populations et des occasions d’ouverture sur l’extérieur.

  • Titre traduit

    At the heart of fairs and markets places : economic logics, political issues and social practices (Rhône - 19th century)


  • Résumé

    The complementarity of approaches affirmed that the fairs and the markets places are an important issue in the development of the economy, politics and societies in the Rhône in the 19th century. First, a geo-economic approach allows us to understand their integration into the trading system that is being set up. Although temporary, they are nonetheless regular and contribute to the shaping of the space through the economic exchanges and circuits. They are an important step in creating new trade points at a local level. Throughout the century, fairs and markets places are essential in the supply of both food and manufactured goods for rural people. In addition, the inflation of all the duties, the attractiveness of auctions for local populations, as well as all the investments, are further evidence of the economic preponderance of fairs and markets places at a local level. This approach also allows us to analyze how the patterns of fairs and markets places change throughout the century. A thoughtful localization and a precise calendar underline that our economic system meet the economic criteria. The nineteenth century is characterized by a growing polarization of trade, which diverts the flow of the goods from the rural market places, making them compete with the cities. Secondly, a political approach emphasizes that they crystallize important political issues. They are privileged places of state interventionism, and there are opportunities to implement supervision policy measures and a top-down management: the central government wants to keep an eye over the trade in the country. This accentuates the principle of a paternalistic attitude. Nevertheless, throughout the nineteenth century, the government develops and strengthens this mission at a national level. Furthermore, fairs and markets places are also an occasion for people to express expectations regarding those in authority. The new political status of the citizens strengthens their legitimacy to express these expectations. This testifies to the emergence of a modern state and of a relationship between governors and governed. This paved the way for a sociological and an anthropological approach, allowing us to study the crowd becoming animated. We envisioned our fairs and markets places as meeting points for people and as opportunities for greater openness. Alongside other forms of rural sociability such as agricultural societies or trade unions, they are places of socialization and acculturation. In order to achieve this, we wanted to enter, penetrate and explore the market places: conflicts, crimes, violence. Because the whole village "fait la foire", because the fairground is also in the cabarets and in the streets, the grid that we suggest for understanding the fairs and the markets places is based on the notion of “social fairground”. Much more than a new approach, this “social fairground”, this spectacle of everyday life have probably been crucial in the persistence of our fairs and markets places over the century.


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