Pourquoi les adolescentes ont moins de possibilités réelles de faire du vélo que les adolescents

par David Sayagh

Thèse de doctorat en Aménagement de l'espace, Urbanisme

Sous la direction de Francis Papon et de Vincent Kaufmann.

Le président du jury était Christine Détrez.

Le jury était composé de Francis Papon, Vincent Kaufmann, Marylène Lieber, Aurélia Mardon.

Les rapporteurs étaient Christine Mennesson, Jean-Yves Authier.


  • Résumé

    L’objectif général de cette thèse est de se demander dans quelle mesure – notamment au cours de l’adolescence – les alternatives réelles de mobilités à vélo des filles sont particulièrement limitées par rapport à celles des garçons. Nos résultats s’appuient à la fois sur l’exploitation statistique de la dernière Enquête Nationale Transports et Déplacements disponible (ENTD 2008) ; sur de l’observation directe et indirecte ; sur un corpus de 101 entretiens semi-directifs réalisés avec 43 garçons et 39 filles âgé(e)s de 17 ou 18 ans, ainsi que 26 de leurs parents, dans des milieux géographiques et sociaux variés des métropoles de Montpellier et de Strasbourg ; sur un corpus d’images (n = 200); sur un corpus de discussions électroniques (n = 22); et sur un corpus d’articles numériques d’information (n = 30).À travers une analyse sociologique notamment dispositionnaliste et autant que possible intersectionnelle, nous montrons que les socialisations sexuées au (et par le) vélo méritent d'être analysées dans leurs articulations avec les dimensions sexuées des socialisations aux activités physiques/sportives, des socialisations à l’investissement de l’espace public ; des socialisations au risque ; et des socialisations à la sexualité hétéronormée, mais également dans leurs articulations avec les normes et les codes de beauté sexué(e)s. Si toutes les adolescentes ne sont pas sujettes de la même manière aux mêmes injonctions socialisatrices – de surcroît parfois contradictoires entre elles – celles qui impactent essentiellement des filles participent notamment à l’incorporation ou au renforcement de dispositions assujettissantes à protéger son corps, à éviter de forcer physiquement, à craindre de se déplacer seules, de s’aventurer, et de traîner dans l’espace public. Coproduites et mutuellement renforcées avec des compétences cyclistes sexuées, ces dispositions peuvent être plus ou moins activées ou mises en veille selon les contextes. Malgré des variations – notamment observées selon les milieux socio-économiques et résidentiels – elles se repèrent chez des filles de tous les milieux et ont pour effet de restreindre leurs possibilités réelles de s’engager dans des formes de pratiques du vélo ludiques, « de vitesse », « de force », d’endurance, solitaires, aventurières, improvisées, « circulaires », et « de stationnement ».Ces constats sont notamment liés au renforcement – au cours de l’adolescence – des pratiques éducatives sexuées, principalement motivées par le souci des parents de protéger leurs filles des risques de violences sexuelles. Il ne faut pas pour autant sous-estimer le rôle joué par les croyances héritées des religions et des résistances acharnées de la médecine au sport féminin. Au même titre, les agents de socialisation incarnés par les médias et les groupes de pairs, mais également par les vélos, équipements et habillements sexués, sont à prendre très au sérieux. En outre, le clivage sexué des possibilités réelles de pratiques de mobilité à vélo ne semble jamais aussi prononcé que dans les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV) particulièrement défavorisés. À l’opposé, le clivage en question parait réduit chez les adolescent(e)s pour qui le vélo constitue à la fois un divertissement/loisir et leur mode de déplacement préféré. Si le groupe en question comporte – en proportion – peu de filles (n = 4), celles-ci présentent toutes des compétences et dispositions caractéristiques du sexe opposé et bénéficient d’opportunités réelles de mobilités à vélo ainsi que d’un d’accès spatio-temporel à l’espace public bien supérieur(e)s à celles des filles dans leur ensemble. Dans la mesure où les filles en question tendent également à partager à la fois des équipements et des dispositions caractéristiques des fractions intellectuelles des catégories moyennes, les données récoltées suggèrent en somme que le vélo mériterait d’être analysé en tant que pratique de distinction à la fois sexuée, sociale et spatiale

  • Titre traduit

    Why do teenage girls have fewer real opportunities to bicycle than teenage boys


  • Résumé

    The main purpose of this thesis is to ask to what extent – especially during adolescence – girls have fewer real opportunities to bicycle than teenage boys. Our results are based both on the statistical exploitation of the latest National Transport and Travel Survey available (ENTD 2008); on direct and indirect observation; on a corpus of 101 semi-structured interviews with 43 boys and 39 girls aged 17 or 18, as well as 26 of their parents, in various geographical and social settings of the Montpellier and Strasbourg metropolises; on a corpus of images (n = 200); on a corpus of electronic discussions (n = 22); and on a corpus of digital articles of information (n = 30).Through a sociological analysis, particularly dispositionnaliste and as much as possible intersectional, we show that gendered cycling socialization deserves to be analyzed in its articulations with the gendered dimensions of physical activities socialization, urban socialization; socialization of risk; heterosexual sexuality socialization, but also in its articulations with gendered beauty norms. If all adolescent girls are not equally subject to the same socializing injunctions – moreover sometimes contradictory to each other – those that mostly affect girls participate in the incorporation or reinforcement of dispositions to protect their bodies, to avoid to physically force, to fear to move alone, to fear to venture and to fear to squat public space. These dispositions are co-produced and mutually reinforced with gendered cycling skills, they can be more or less activated or paused depending on the context. Despite variations – particularly in socio-economic and residential settings – they concern girls from all socio-economic backgrounds and have the effect of restricting their real possibilities to practice in playful, speed, strength, endurance, solitary, adventurous, improvised, "circular ", and "parked" bicycle practices. These observations are particularly related to the reinforcement – during adolescence – of gendered educational practices, mainly motivated by parents' concern to protect their daughters from the risks of sexual violence. However, we must not underestimate the role played by beliefs inherited from religions and the fierce resistance of medicine to women's sport. In the same way, socializing agents embodied by the media and peer groups, but also by the bicycles themselves as well as by the gendered equipments and clothes, must be taken very seriously. Furthermore, the gendered cleavage of real possibilities to bicycle never seems as pronounced as in the particularly disadvantaged sensitive urban zones. In contrast, the cleavage in question appears to be reduced in adolescents (boys and girls) who consider cycling to be both a leisure and their preferred mode of travel. If the group in question is composed – in proportion – of few girls (n = 4), all of them have characteristic competences and dispositions of the opposite sex and benefit from real possibilities to bicycle as well as spatio-temporal access to public space far superior to that of girls as a whole. To the extent that the girls in question also tend to share both characteristic equipments and dispositions of middle-class intellectual fractions, the data collected suggests that cycling deserves to be analyzed at once as a distinctive gendered, social and spatial practice

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