Processus développementaux impliqués dans l’évolution de la néophobie alimentaire chez le jeune enfant

par Virginie Soulet

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Natalie Rigal.

Soutenue le 18-12-2018

à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec CLInique PSYchanalyse Développement (Nanterre) (laboratoire) et de Clinique- Psychanalyse- Développement / CliPsyD (laboratoire) .

Le président du jury était Gérard Leboucher.

Le jury était composé de Natalie Rigal, Gérard Leboucher, Sandrine Monnery-Patris, Benoît Schneider, Véronique Abadie.

Les rapporteurs étaient Sandrine Monnery-Patris, Benoît Schneider.


  • Résumé

    La néophobie alimentaire est une réticence à goûter et/ou le rejet des aliments inconnus. Elle a une incidence négative sur la variété du répertoire alimentaire de l’enfant et sur le climat familial lors des repas. L’objectif de notre étude, qui se situe dans une perspective développementale, est de répondre à trois questions concernant cette conduite qui demeurent insuffisamment traitées dans la littérature scientifique : 1/ la néophobie alimentaire émerge-t-elle brusquement à 2 ans ; 2/ si oui, quels sont les processus développementaux à l’origine de cette évolution ? ; 3/ quels liens la néophobie alimentaire entretient-elle avec la sélectivité alimentaire (réticence à goûter des aliments familiers) et l’alimentation difficile (rejet d’aliments inconnus et familiers, assorti de fortes préférences alimentaires) ?Via l’utilisation de questionnaires, nous avons évalué : 1/ la néophobie alimentaire en termes de prévalence et d’intensité ; 2/ les compétences développementales susceptibles d’expliquer son évolution dans les sphères motrice, praxique, linguistique et psycho-affective ; ces compétences ont été sélectionnées sur la base d’arguments temporel (évolution synchrone) et fonctionnel (liens théorique et psychologique) ; 3/ les conduites avec lesquelles elle est fréquemment confondue, à savoir la sélectivité alimentaire et l’alimentation difficile. Notre échantillon principal s’est trouvé composé de 432 sujets âgés de 3 à 60 mois. Nos résultats ont indiqué que la néophobie alimentaire constituait une période normale du développement de l’enfant. La prévalence de la néophobie alimentaire était de 57 % et associée à une intensitée modérée entre 3 et 6 mois ; elle augmentait de manière importante en termes de prévalence et d’intensité entre 19 et 36 mois, concernant 90 % des enfants à cet âge, puis elle se stabilisait jusqu’à 60 mois. Suivant cette évolution, nous avons proposé un modèle développemental de la néophobie alimentaire comprenant deux phases : 1/ une néophobie primaire commune aux nourrissons et aux animaux, liée à la perception de la nouveauté d’une texture ou d’une flaveur et sous-tendue par des processus de pensée intuitifs ; 2/ une néophobie secondaire, liée aux acquisitions réalisées par les enfants aux alentours de 2 ans, reposant largement sur l’aspect visuel des aliments et impliquant des traitements cognitifs plus élaborés. Nous n’avons pas identifié les processus développementaux à l’origine de son évolution entre 19 et 36 mois. Plusieurs explications méthodologiques et théoriques ont été envisagées pour expliquer cette absence de résultat telles que l’existence d’une phase intermédiaire dans l’acquisition des compétences ou l’implication d’autres mécanismes psychologiques ou neurobiologiques non mesurés dans cette recherche. De plus, nous avons constaté une intrication des processus développementaux mesurés aux alentours de 2 ans. Tous les progrès réalisés par l’enfant sur une courte période semblent converger dans une même direction, celle de l’autonomie : une autonomie à la fois motrice, avec l’acquisition de la marche et de la capacité à se nourrir seul, et une autonomie psychique, avec l’acquisition de la conscience de soi et l’entrée en phase d’opposition. Dans ce cadre, le développement du langage permettrait à l’enfant d’exprimer son individualité à travers l’affirmation de ses goûts et de ses besoins. La capacité à exprimer des demandes verbales et l’acquisition de la conscience de soi ont d’ailleurs été les compétences approchant le plus des critères de validation d’hypothèse. De ce fait, nous pouvons nous demander si l’augmentation de la néophobie alimentaire aux alentours de 2 ans vise à protéger l’enfant d’un éventuel empoisonnement à un moment où il devient de plus en plus autonome et/ou si elle reflète simplement des tentatives d’individuation.

  • Titre traduit

    Developmental processes involved in the evolution of food neophobia in young children


  • Résumé

    Food neophobia is a reluctance to taste and/or the rejection of unknown foods. It has a negative impact on the diversity of the child's food repertoire and on the family dynamic during meals. The objective of our study, within a developmental perspective, is to answer three questions that remain insufficiently addressed in the scientific literature concerning this behavior: 1/ does food neophobia suddenly emerge at 2 years old; 2/ if so, what are the developmental processes involved in this evolution? ; 3/ how is food neophobia linked with pickiness (the reluctance to taste unfamiliar ingredients) and picky eating (the rejection of both unfamiliar and familiar foods, assorted with strong food preferences)?Through the use of questionnaires, we assessed: 1/ Food neophobia in terms of prevalence and intensity; 2/ Some developmental skills that are likely to explain its evolution in the motor, praxic, linguistic and psycho-affective spheres; these skills have been determined on the basis of temporal (synchronous evolution) and functional (theoretical and psychological links) arguments; 3/ The different behaviors it is frequently confused with: pickiness and picky eating. Our research sample was composed of 432 subjects aged between 3 and 60 months old.Our results showed that food neophobia was a normal period during childhood. The prevalence of food neophobia was 57% and was moderate intense between 3 and 6 months; it increased significantly in terms of prevalence and intensity between 19 and 36 months, with 90% of children affected by this condition at this age, then it stabilized until 60 months old. Based on this evolution, we have proposed a developmental model of food neophobia that can be divided in two phases: 1/ A primary neophobia common to infants and animals, that is mostly related to the perception of a new textures or flavors which relies on intuitive thinking processes; 2/ Secondary neophobia, that is based on children development around 2 years old, and that largely relies on food’s visual aspect and involves more elaborate cognitive processes.We did not identify the developmental processes that are responsible for its evolution between 19 and 36 months. Several methodological and theoretical explanations have been considered to justify this lack of results such as the existence of an intermediate phase during the skills acquisition period or the involvement of other psychological or neurobiological mechanisms that have not been measured for this study. In addition, we found an entanglement of developmental processes measured around 2 years. All the progress made by the child over a short period seem to converge in the same direction, that of autonomy: a motor autonomy, with the ability to walk and eat alone, and a psychic autonomy, with self-awareness and the opposition phase. In this context, language development would allow the child to express his/her individuality through the assertion of his preferences and needs. Furthermore, the ability to express verbal demands and the acquisition of self-awareness have been the closest things to our hypothesis validation criteria. As a result, we can ask whether the increase in food neophobia around 2 years is aimed at protecting the child from possible poisoning at a time when he is becoming more and more autonomous and/or if he simply reflects individuation attempts.


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