Conservation de l’éléphant d’Asie (Elephas maximus) par l’étude des interactions entre humains et populations sauvages et semi-captives d'éléphants : une approche intégrée des dimensions démographiques, génétiques, économiques et socioculturelles

par Gilles Maurer

Thèse de doctorat en Ecologie et Biodiversité

Sous la direction de Olivier Gimenez et de Finn Kjellberg.

Le président du jury était Ana Rodrigues.

Le jury était composé de Olivier Gimenez, Finn Kjellberg, Anne Loison, Pierre Le Roux, Beatriz Arroyo López, Charles Stépanoff, Nicolas Lescureux.

Les rapporteurs étaient Anne Loison, Pierre Le Roux.


  • Résumé

    Depuis des millénaires, l’éléphant d’Asie joue un rôle important dans la culture, l’économie et la construction des pays asiatiques. Près d’un quart de la population de cette espèce emblématique et menacée est constituée d’éléphants dits captifs. Toutefois, les législations nationales comme les programmes de conservation ont tendance à traiter séparément les populations captives et sauvages. Au Laos et au Myanmar, la tradition d’élevage par les villageois et les interactions entre éléphants sauvages et éléphants de villages perdurent.L’objectif de cette thèse est de qualifier et quantifier ces interactions afin de mieux comprendre leurs dynamiques et leurs rôles dans la survie de l’espèce. Je me suis attaché à décrire les facteurs déterminant le système socio-écologique humain - éléphant de village - éléphant sauvage et sa résilience à travers une approche interdisciplinaire et intégrative.Une étude ethnoécologique a permis d’analyser l’évolution récente du système socio-écologique homme-éléphant au Laos et ses conséquences sur les relations humain-éléphant, les pratiques d’élevage et la perception de l’espèce chez les propriétaires d’éléphants. L'émergence depuis les années 2000 de la marchandisation de la nature et de la restriction de l'accès aux forêts a conduit, d’une part, à la ségrégation entre éléphants sauvages et éléphants de villages, et d’autre part, à l’intensification de l'élevage de ces derniers. Or, la tolérance des communautés à la présence des éléphants sauvages semble liée au principe de réciprocité. Ainsi, les propriétaires ayant accès aux mâles sauvages pour féconder leurs femelles acceptent leur présence contrairement aux cornacs engagés dans le débardage du bois.J’ai ensuite construit un modèle bio-économique pour quantifier les effets des stratégies socio-économiques sur la viabilité à long terme de la population d’éléphants de villages du Laos. J’ai montré que la fécondité est impactée en premier lieu par la dynamique de la population sauvage à travers la reproduction entre femelles de villages et mâles sauvages. En second lieu, le taux de fécondité dépend de l’intérêt financier des propriétaires à faire de la reproduction. Ainsi la viabilité de la population est fortement dépendante des conditions socio-économiques sur le court terme et de l’efficience de la conservation des populations sauvages sur le long terme.Une étude de génétique des populations a montré que la diversité génétique des populations sauvages et de villages était élevée et que ces populations constituaient un ensemble homogène au Laos et au Myanmar. L’isolement des populations sauvages et la ségrégation croissante des populations de villages engendreront un appauvrissement génétique sur le long terme qu’il est possible de limiter par des mesures de gestion favorisant le flux de gènes au niveau régional et entre les deux populations, notamment en les considérant comme une unité de gestion commune.Ces deux études illustrent que la résilience du système socio-écologique est la résultante de multiples facteurs agissant à différents niveaux ou échelles, dont les effets sont parfois opposés.Cette thèse permet enfin de discuter des conditions de la résilience et de la viabilité à long terme du système socio-écologique humain-éléphant et d’explorer différents scénarios futurs en s’interrogeant également sur le possible processus de domestication de l’espèce.

  • Titre traduit

    Asian elephant (Elephas maximus) conservation through the study of interactions between human, captive and wild elephant populations : an integrated approach


  • Résumé

    For thousands of years, the Asian elephant has played an important role in the culture, economy and construction of Asian nations. Almost a quarter of the population of this emblematic and threatened species consists of so-called captive elephants. However, both national legislation and conservation programmes tend to treat captive and wild populations separately. In Laos and Myanmar, the tradition of elephant handling by villagers and the interactions between wild and village elephants still persist.The objective of this thesis is to qualify and quantify these interactions to better understand their dynamics and roles in the survival of the species. I described the factors driving the socio-ecological system between humans, village and wild elephants and its resilience through an interdisciplinary and integrative approach.Based on an ethnoecological study, I analyzed the recent evolution of the human-elephant socio-ecological system in Laos and its consequences on human-elephant relations, husbandry practices and the perception of the species among elephant owners. The emergence since 2000 of the commodification of nature and the restriction of access to forests has led, on the one hand, to the segregation between wild and village elephants and, on the other hand, to the transition from a traditional to an intensive keeping system of village elephants. Community perception and tolerance towards wild elephants is linked to the principle of reciprocity. Owners having access to wild males to sire their females accept the presence of wild elephants contrary to mahouts engaged in logging activities.I then built a bio-economic model to quantify the effects of socio-economic strategies on the long-term viability of village elephant population in Laos. I demonstrated that fecundity is impacted primarily by the dynamics of the wild population through reproduction between village females and wild males. Second, the fecundity is impacted by the financial incentive of elephant owners tobreed their animals instead of working. Thus population viability is highly dependent on socio-economic conditions in the short term and the efficiency of wild elephant conservation in the long term.A population genetics study showed that the genetic diversity of wild and village elephant was high and differentiation was weak between Laos and Myanmar. The isolation of wild populations and the increasing segregation of village elephants will lead to genetic loss and inbreeding that can be managed by promoting gene flows at the regional level and between the two populations. The study suggests considering both populations from the two countries as a unique management unit. These two studies illustrate that resilience of the socio-ecological system is the result of multiple factors acting at different levels or scales, sometimes in opposite ways.Finally, this thesis allows to discuss the conditions of resilience and long-term viability of the human-elephant socio-ecological system and to explore potential scenarios including the on-going domestication process of the species.


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