Quand les résistants deviennent des parties prenantes : une approche des réactions de défense de l'identité comme processus d'apprentissage

par Pierre-Yves Boyer

Thèse de doctorat en Sciences de gestion

Sous la direction de Patrick Valéau.

Le président du jury était Alain Roger.

Le jury était composé de Philippe Jean-Pierre.

Les rapporteurs étaient Pierre Louart, Patrick Gilbert.


  • Résumé

    Notre thèse vise à montrer que les résistants au changement peuvent être considérés comme des parties prenantes à part entière du processus d’apprentissage organisationnel, notamment lorsqu’on considère les apports pour l’entreprise de leurs réactions de défense de l’identité. Pour atteindre cet objectif, nous suivons une démarche qualitative du type théorisation ancrée-nuancée (Paillé, 1996). Notre recherche associe donc un cadre conceptuel préliminaire à une étude empirique inductive pour élaborer un modèle schématisant les phénomènes associés aux apports des comportements de résistance. Notre revue de littérature permet d’abord d’envisager le changement à travers son impact sur l’identité organisationnelle (Corley et Gioia, 2004). Ensuite, nous prenons en compte les capacités des résistances à transformer significativement l’entreprise dans le temps (Courpasson et al., 2012). Enfin, nous développons une approche cognitive du changement qui nous amène à considérer les résistants pour leur participation à la diversité des points de vue à l’intérieur de l’entreprise. Issues d’un journal de bord, de 42 entretiens semi-directifs et d’une analyse documentaire, nos données permettent de comprendre comment le changement s’enracine progressivement dans l’organisation et comment les résistants participent à ce processus. Ainsi, notre analyse inductive aboutit à un modèle à deux niveaux. Le premier décrit le changement organisationnel radical à travers un cheminement par trois phases d’initiation, d’accentuation et d’enracinement. Nous nous intéressons notamment aux influences de l’identité organisationnelle, de ses dissonances avec des logiques identitaires alternatives et de l’implication des salariés dans l’ajustement du changement pour montrer comment ce cheminement aboutit à l’émergence d’apprentissages individuels et organisationnels associés à une gouvernance cognitive. Le deuxième niveau de modélisation se focalise sur les rôles des résistants dans ce cheminement. Il montre que les résistants sont des parties prenantes des étapes clés du changement et qu’ils permettent à l’entreprise d’évoluer progressivement vers l’idéal-type d’organisation apprenante. Nous proposons également une typologie de résistants (Oubliés, Suiveurs, Salariés émergents, Nouveaux rebelles) qui permet d’aborder la diversité des implications positives des comportements de résistance.

  • Titre traduit

    When resistances to change melt with stakeholder theory : an approach of the identity defense mechanisms as a learning process


  • Résumé

    Our thesis aims to demonstrate that resistant individuals can be integrated as real stakeholders of the organizational learning process. This integration is possible when the consequences of their identity defense mechanisms for the organization are taken into account. To achieve this goal, our qualitative study follows a semi-grounded theory approach. This approach combines a preliminary theoretical framework and inductive empirical data to elaborate a model showing some positive contributions of resistance. Our research first addresses change through its impact on organizational identity (Corley & Gioia, 2004). Then, it considers how resisting activities can achieve significant organizational change (Courpasson et al., 2012). Finally, it develops a cognitive approach of change that brings us to consider resisting behaviors for their participation in the diversity of points of view inside the organization. Based on logbook extractions, 42 semi-directive interviews and a documentary analysis, our data provide a better understanding of how change takes root in the organization and how resistant individuals participate in this process. Thus, this inductive study results in a two-level model. The first level shows radical organizational change as a three-steps process: initiation, accentuation and rooting. In particular, we focus on organizational identity, its dissonances with alternative identity-related logics and the employees’ implication in the adjustment of change. This process results in the emergence of individual and organizational learning associated to a cognitive governance. The second level details the roles of the resistant individuals in this process. It shows that they can be real stakeholders of the key stages of change. In so doing, they allow the company to evolve towards the ideal of learning organization. We also propose a typology of resistant individuals (Forgotten, Followers, Emergent, New rebels), which allows us to develop some positive implications of resistance.


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