Origine et transformation d'un système agraire au Sénégal - La zone des Niayes -

par Yohann Fare

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Marc Dufumier.

Le président du jury était Hubert Cochet.

Le jury était composé de Hubert Cochet, Benoît Lallau, Luc Descroix, Christine Aubry, Rémi Hémeryck.

Les rapporteurs étaient Benoît Lallau, Luc Descroix.


  • Résumé

    Le système agraire de la région des Niayes, située sur le littoral nord du Sénégal, entre Dakar et Saint-Louis a été étudié. Des enquêtes historiques et une centaine d’enquêtes d’exploitations agricoles ont été réalisées. Quatre-vingt enquêtes ont pu être utilisées pour établir les résultats économiques. Les grandes phases dans l’évolution du système agraire de la région étudiée ont été distinguées. 1. A la période précoloniale, une économie de cueillette (vin et huile de palme) et une agriculture itinérante à base de mils et d’arachide au Sud ; des systèmes d’élevage transhumants au Nord. 2. Durant la période coloniale, le maraîchage devient une source de revenus monétaire pour les paysans des Niayes qui, compte tenu des conditions du milieu, ne pouvaient pas profiter du boom arachidier du Dieri voisin ; ce développement fut aussi une réponse aux besoins croissants des villes en fruits et légumes. 3. Durant les grandes sécheresses (1970s-1980s), l’extension des terroirs maraîchers et intensification des systèmes de culture en raison d’un l’afflux de migrants et grâce à la création d’une forme de contrat à part de fruit, le mbeye seddo qui permet de répartir la valeur ajoutée entre un patron et un saisonnier, le sourgha. 4. Depuis 20 ans, développement de systèmes de culture motorisés, avec un creusement des écarts de revenus entre les exploitations manuelles et motorisées d’une part et entre les exploitations patronales et familiales d’autre part. Au sein du système agraire contemporain, nous avons distingué trois grandes catégories d’exploitations (familiales, patronales et capitalistes) ; au sein de ces groupes des exploitations pratiquent des systèmes de culture manuels, semi-motorisés ou motorisés. Le seuil de reproduction (c’est-à-dire le niveau minimal de ressources nécessaires) a été estimé pour une famille moyenne à 149.000 F CFA par actif et par an (227 euros).Une première catégorie d’exploitations est un système vivrier sur friches courtes à palmeraies. Avec les systèmes de cultures manuels, il est possible pour un actif de mettre en valeur 800 à 1200 m2 de cuvette maraichères (niaye) selon l’espèce cultivée, avec au mieux 2 campagnes par an. Le revenu varie de 500 à 1500 euros/actif/an. Avec les systèmes mixtes (exhaure motorisée et distribution manuelle de l’eau) on passe à 2500 m2/actif, avec aussi 2 campagnes par an et un revenu de 500 à 2600 euros/actif/an. La motorisation complète (exhaure motorisé et distribution par aspersion, à la lance) permet de faire 2 à 4 campagnes par an sur 3000 à 3500 m2/actif. Les revenus vont de 2000 à 10 000 euros/actif/an.Les exploitations familiales manuelles ou patronales avec peu de sourgha sont les plus en difficultés avec un revenu situés à peine au-dessus du seuil de reproduction (en moyenne 260 à 300 euros/actif/an, parfois 100 euros) sur moins de 2000 m2/actif familial. Avec un recours important aux sourghas les exploitations manuelles gagnent entre 1000 et 1800 euros/actif/an sur 4000 m2 à 1 ha/actif familial. Les exploitations motorisées (mixtes et intégrales) peuvent cultiver entre 1000 m2 (mixte) et 1 ha/actif familial (intégral), avec des revenus allant de 1500 euros/actif/an (système familial à exhaure motorisée et distribution manuelle) à 3500 euros/actif/an (système capitaliste motorisé intensif à 4 campagnes/an).Si la motorisation est tentante pour améliorer les revenus, mais ne se révèlerait pas durable pour le milieu (surexploitation de la nappe phréatique, pollutions diverses, dépendance aux énergies fossiles). La « course à la motorisation » creuse les écarts de revenus avec les exploitations manuelles et avec les rapports sociaux actuels, la répartition de la valeur ajoutée mériterait d’être révisée.

  • Titre traduit

    Analysis of the agricultural system of the Niayes (Senegal)


  • Résumé

    A study on the agrarian system of the Niayes region, situated in the northern coastal area of Senegal, between Dakar and Saint Louis was accomplished, implementing historical surveys coupled with a hundred ones related to agricultural exploitations. About eighty surveys were used to help establish economic results. Main phases within the region’s agrarian system were distinguished.1. During the precolonial period, an economy of gathering (wine and palm oil) and a shifting agriculture with as basis millet and peanut in the South; transhumant stockbreeding system in the North;2. During colonization, market gardening became a source of income for Niayes farmers who, seen the area conditions, could not take advantage of the peanut boom of their Dieri neighbor. This development was also a response to cities’ increasing needs in fruits and vegetables.3. During the great drought (1970’s and 1980’s), the market gardening areas extension and the culture system’s intensification caused by migrants’ influx and thanks to the creation of a fruit-part-type contract, the mbeye seddo which allows sharing added value between the employer and the seasonal worker, the sourgha.4. For 20 years, the development of motorized culture systems, with an increasing differences of incomes between manual and motorized exploitations in one hand and the employers’ and family exploitations on the other hand.Within one contemporary agrarian system, we distinguished three main farming categories (family business, employers’ and capitalist ones). Within these groups, farms use manual, semi-motorized or motorized cultivating systems. The survival threshold (meaning the minimal level of necessary resources) was estimated for an average family at CFA 149’000 per working person and per year (227 euros).The first farm category is a food-producing system on short fallows with palm groves. With manual cultivating systems, it is possible for a working person to develop 800 to 1’200 m2 of vegetable basin (Niaye) depending on species to cultivate, with at best 2 campaigns per year. The income varies from 500 to 1’500 euros/working person/year. With combined systems (motorized drainage and manual water distribution), it increases to 2’500m2/year with also 2 campaigns per year and an income of 500 to 2’600 euros/working person/year. Complete motorization (motorized drainage and spraying water distribution, using hose) allows 2 to 4 campaigns per year on 3’000 to 3’500 m2/working person. Incomes vary between 2’000 to 10’000 euros/working person/year.Manual family farms or employers’ exploitations which hire few sourgha most face difficulties with an income barely situated beyond survival threshold (average of 260 to 300 euros/working person/year, sometimes 100 euros) on less than 2’000 m2/family working person. While appealing to sourghas a great deal, manual exploitations earn between 1’000 and 1’800 euros/working person/year on 4’000 m2 to 1 ha/family working person. Motorized exploitations (combined and integral) can use between 1’000m2 (combined) and 1ha/family working person (integral), with incomes varying from 1’500 euros/working person/year (family system with motorized drainage and manual water distribution) to 3’500 euros/working person/year (intensive and motorized capitalist system with 4 campaigns/year).If motorization seems tempting to improve incomes, though not deemed sustainable for the area (ground water overexploitation, various pollutions, and dependence to fossil energy), “race for motorization” brings about important income differences within manual exploitations and current social relationships, and added value sharing deserves review.


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