La blessure créatrice : littérature et mysticisme chez Meddeb et Khatibi

par Abdelkader Amri

Thèse de doctorat en Lettres et arts spécialité littératures française et francophone

Sous la direction de Claude Coste.

Le président du jury était Sylvie Brodziak.

Le jury était composé de Sonia Zlitni-Fitouri, Ridha Boulaâbi.

Les rapporteurs étaient Sylvie Brodziak, Mohamed Lehdahda.


  • Résumé

    On a souvent défini le soufisme comme le voyage de l’esprit, dont le but est de chercher la vérité et de percer l’opacité de monde des mystères. Ainsi, dans son interprétation de l’existence, Ibn ‘Arabi estime que le monde est créé à partir d’un souffle divin : « Sois » (Kun), adressé aux êtres afin qu’ils sortent hors de la préexistence pour entamer une existence effective. Cette interprétation laisse admettre que le monde naquit de la langue et que toutes les créatures sont issues de cette parole. Ainsi, l’ordre divin est une parole (kalima) et toute parole est blessante, notamment parce que le mot « kalima » est dérivé du kalam (blessure). Selon Ibn ‘Arabi, le kalam est la trace laissée sur le blessé. Dans ce cadre, l’ordre divin « sois » (Kun), en rendant manifeste les images de la préexistence, devient une blessure créatrice.Meddeb et Khatibi suivent les mêmes voies qu’Ibn ‘Arabi. Ils ont investi la notion de blessure pour construire une vision du monde. Leur expérience consiste à affranchir l’homme des entraves qui réduisent sa liberté et sa mobilité sous toutes leurs formes. Mais cette expérience s’applique à transgresser la loi pour pouvoir accéder à la vérité. En effet, la vérité que cherchent nos auteurs est différente de la religion et de la raison qui entravent l’homme. Pour transcender le préconçu afin de créer un monde nouveau, Meddeb et Khativi sont partis de la blessure de la langue puisque la culture arabe est fondée sur la lettre et le miracle linguistique, sur la langue coranique comme idéal. Ils se sont intéressés à la langue, depuis la lettre jusqu’à la phrase et au texte. Dans leur cheminement, ils ont opté pour le mélange des langues, une attitude qui vise à déposséder la langue arabe de sa pureté et de sa vérité divine pour la rendre à l’homme. Afin toujours de rendre la langue à l’histoire, ils sont passé de la langue coranique à la quête d’un autre idéal dans les traces que propose la poésie antéislamique, l’image du corps, les rituels et les métaphores. Ce métissage linguistique, culturel et religieux aboutit ainsi à une autre vision du monde. En effet, cette autre vision correspond à la reconstitution d’une forme de totalité humaine qui coïncide avec la littérature et la diversité des langues contre une totalité divine incarnée dans le Coran et le mysticisme religieux. Dans cet ordre d’idées, prôner la totalité, l’amour et la reconnaissance de l’autre devient une réponse au conservatisme islamiste et donne une nouvelle image de l’islam, différente de celle brouillée de violence. Ainsi, Meddeb et Khatibi repensent quelques convictions considérées comme fondamentales dans la religion islamique, mais qui le figent dans la violence et l’enfermement. Ainsi, le mysticisme s’écarte de Dieu pour devenir un moyen de penser un humanisme dans un monde en crise.

  • Titre traduit

    Créative injury : literature and mysticism at Meddeb and Khatibi


  • Résumé

    Sufism has often been defined as a journey of the mind, the purpose of which is to seek the truth and pierce the opacity of the world of mysteries. Thus, in his interpretation of existence, Ibn 'Arabi believes that the world is created from a divine breath: "Be" (Kun), addressed to beings so that they go out of pre-existence to begin a true existence. This interpretation suggests that the world was born of language and that all creatures are born of this word. Thus, the divine order is a word (kalima) and every word is offensive, especially because the word "kalima" is derived from kalam (wound). According to Ibn 'Arabi, kalam is the scar left on the wounded. In this context, the divine order "be" (Kun), by making manifest the images of pre-existence, becomes a creative wound.Meddeb and Khatibi follow the same path as Ibn 'Arabi. They have supported the notion of injury to build a vision of the world. Their experience is to free man from all the shackles that reduce his freedom and mobility. But this experience is applied to transgressing the law to be able to access the truth. Indeed, the truth that our authors seek is different from the religion and reason that hinder man. To transcend the preconceived idea of creating a new world, Meddeb and Khatibi built their arguments on the wound of language since the Arab culture is based on the letter and the linguistic miracle, on the Koranic language as an ideal. They were interested in the language, from the letter to the sentence and the text.In their journey, they opted for the mixing of languages, an attitude that aims to deprive the Arabic language of its purity and its divine truth in order to give it to mankind.In order to always make language history, they have moved from the Koranic language to the quest for another ideal in the traces of pre-Islamic poetry, the image of the body, rituals and metaphors.This linguistic, cultural and religious cross-fertilization leads to another vision of the world. Indeed, this other vision corresponds to the reconstitution of a form of human totality that coincides with literature and the diversity of languages against a divine totality incarnated in the Koran and religious mysticism. In this vein, advocating totality, love and recognition of the other becomes a response to Islamist conservatism and gives a new image of Islam, different from that blurred with violence. Thus Meddeb and Khatibi are redefining some beliefs that are considered fundamental in the Islamic religion, but that consign it to violence and confinement. Thus, mysticism deviates from God to become a means to humanism in a world in crisis.

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