Rôle de l'organisation de l'espace de travail sur les activités effectives et empêchées des enseignants : rôle de la configuration de la salle de sciences dans l'apprentissage de la compétence d'argumentation

par Isabelle Lermigeaux

Thèse de doctorat en Sciences de l'Education

Sous la direction de Michel Grangeat.

Le président du jury était Philippe Dessus.

Le jury était composé de Karine Becu-Robinault, Laurent Jeannin.

Les rapporteurs étaient Lucie Mottier Lopez, Patricia Marzin.


  • Résumé

    L'organisation de l'espace de travail est un aspect du contexte instrumental d'enseignement (Grangeat & Hudson, 2015). A ce titre, l'appropriation de l'espace de la classe en tant qu'instrument (Rabardel, 1995) est susceptible de faciliter l'activité du professionnel ou au contraire réduire son pouvoir d'agir (Clot, 2008), en empêchant ou limitant certaines actions et interactions. L'espace de la classe est un espace relationnel (Löw, 2001) porteur d'un message plus ou moins fort de frontalité, qui détermine une structure de communication plus ou moins orientée entre les élèves et l'enseignant (Fisher et Fousse, 2002). Le placement des élèves a une incidence sur leurs performances (Perkins &Wieman, 2005 ; Brooks, 2011, 2012) et il semble aussi que les interactions entre élèves diffèrent selon la facilité d'accès de l'enseignant à leur espace de travail (Issaadi et Jaillet, 2017). L'espace de la classe est aussi l'espace de l'activité (Leplat, 2000), dans lequel l'enseignant se place et se déplace, en jouant sur les codes de la proxémie et en utilisant des lieux spécifiques (Hall, 1968, Forest, 2006). Les déplacements apparaissent comme des gestes professionnels, exprimant les connaissances professionnelles et la perception des affordances spatiales (Gibson, 1979 ; Warren &Wang, 1987) de l'enseignant.Cette recherche a analysé les placements et déplacements de l'enseignant sous l'angle de l'analyse de l'activité, en questionnant l'accessibilité (Vickerman, 1974) de quatre espaces de classe (Îlots, Bus, Hybride et Peigne). L'objectif était d'examiner dans quelle mesure les contraintes liées à l'espace de travail modifiaient les interactions entre l'enseignant et les groupes d'élèves. La méthodologie s'est appuyée sur la cartographie comportementale suivant Legendre et Depeau (2003), pour croiser les données spatiales et temporelles liées aux déplacements et les données relatives aux processus d'apprentissages, reposant sur l'analyse des échanges verbaux intragroupes d'argumentation, de régulation de la réalisation de la tâche et motivationnels et sur l'analyse des échanges enseignant-groupes, dans le contexte de l'enseignement des sciences fondé sur l'investigation. Ce contexte présente des contraintes spécifiques liées à l'espace dans la mesure où le mobilier est fixé au sol, et réclame une organisation adaptée au travail en petits groupes. Deux construits, l'accessibilité potentielle et la proximité réelle ont été mobilisés dans cette recherche.Les résultats montrent qu'une valeur d'accessibilité potentielle caractérise chaque configuration, et que la proximité effective de l'enseignant vis-à-vis des groupes d'élèves apparaît corrélée à l'accessibilité potentielle du groupe d'élèves. Ils montrent aussi que bien que les interactions verbales enseignant-groupes ne diffèrent pas selon la configuration, la qualité de la régulation intragroupe et la qualité du processus d'argumentation sont affectées par la configuration, et que leur qualité est moins bonne quand l'accès est plus difficile, ce qui questionne le rôle de la perception d'accessibilité. Les construits d'accessibilité potentielle, de proximité réelle et l'utilisation d'une méthodologie d'analyse géospatiale des interactions de classe sont proposés en tant que moyen d'évaluation des nouveaux espaces d'apprentissage qui émergent avec la généralisation des outils numériques en classe.

  • Titre traduit

    Role in the organization of the workspace on actual activities and prevented activities of the teachers : role of science room configuration in learning


  • Résumé

    The organization of the workspace is an aspect of the instrumental context of teaching (Grangeat & Hudson, 2015). The appropriation of the space of the class as an instrument (Rabardel, 1995) may facilitate the activity of the professional or on the contrary reduce the teacher’s power to act (Clot, 2008), by preventing or by limiting actions and interactions. The space of the classroom is a relational space (Löw, 2001) that carries a more or less strong frontal message, determining a structure of communication more or less directed towards the teacher (Fisher and Fousse, 2002).The layout of the students has an incidence on their performances (Perkins & Wieman, 2005; Brooks, 2011, 2012) and it also seems that the interactions between pupils differ according to the accessibility of the teacher in their workspace (Issaadi & Jaillet, 2017). The space of the classroom is also the space of activity (Leplat, 2000), where the teacher is moving, playing on the codes of proxemy and using specific places (Hall, 1968, Forest, 2006). The teacher's movements appear as professional gestures, expressing professional knowledge and perception of the spatial affordances by the teacher (Gibson, 1979; Warren &Wang, 1987).This search analyzed the teacher's movements under the angle of the analysis of activity, by examining the accessibility (Vickerman, 1974) of four classroom spaces (Islands, Bus, Hybrid and Comb). The objective was to examine to what extent the constraints bound to the workspace modified the interactions between the teacher and the groups of students. The methodology used behavioral mapping following Legendre and Depeau (2003), in order to link the spatial and temporal data bound to the teacher's movements and the data concerning the processes of learning.The verbal exchanges between the students in a group – the argumentation, realization of the task and motivational exchanges- and the exchanges between the teacher and the group, were analyzed, in the context of the Inquiry Based Sciences Teaching (IBST). This context presents specific constraints bound to the space since the furniture is fixed to the ground, and needs an organization adapted to the work in small groups. Two constructs, the potential accessibility and the effective proximity were mobilized in this search.The results show that a specific value of potential accessibility characterizes every configuration, and that the effective proximity of the teacher towards the groups of students seems correlated with the potential accessibility of the groups. They also show that, although the verbal interactions between the teachers and the groups do not differ according to the configuration, the quality of the regulatory process in a group and the quality of the process of argumentation are affected by the configuration, and that their quality is less good when the access is more difficult, what underlines the role of the perception of accessibility.We suggest to use the constructs of potential accessibility, of effective proximity, and the methodology of geospatial analysis of the interactions of class for assessing the new learning spaces that emerge with the generalization of the digital tools in class.


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