L'égalité des races en science et en philosophie : 1750-1885

par Antoine Lévêque

Thèse de doctorat en Philosophie, épistémologie. Épistémologie, histoire des sciences et des techniques

Sous la direction de Justin Smith.


  • Résumé

    Ce travail porte sur la période allant de 1750 à 1885 et documente la connexion épistémique entre la prépondérance des théories racistes et les sciences de l’homme, nouvelle forme de connaissance qui émerge et s’institutionnalise au cours de ces années. Nous opérons en identifiant les occurrences du concept d’ « égalitarisme racial » dans les discours savants européens de cette époque et cherchons les différences structurelles entre des discours ayant considéré la race au titre de facteur inopérant dans la partition naturelle des aptitudes intellectuelles entre les individus et ceux, majoritaires, l’ayant considéré au contraire comme facteur opérant à cet égard. L’objectif est de tester la validité une hypothèse selon laquelle ce serait la nouvelle perspective heuristique ouverte par l’histoire naturelle de l’homme dans les années 1750, perspective ensuite renforcée par l’institutionnalisation de l’ethnologie puis de l’anthropologie au 19ème siècle, qui aurait permis aux européens de trouver le moyen légal de se dispenser d’appliquer aux peuples colonisés la norme comportementale égalitaire traditionnellement prescrite par l’enseignement des humanités, norme rendue constitutionnelle lors de la Révolution française. Notre première partie est composée de deux chapitres, traite des années 1750-1802 et montre que cette perspective procède de la formulation de jugements théoriques portant sur les variétés et les races de l’espèce homo-sapiens rendue possible par l’adoption du postulat méthodologique des sciences physiques. Notre deuxième partie comporte trois chapitres et porte sur la période allant de 1802 à 1848. Elle renseigne le fait que ces jugements théoriques ont été formulés de manière systématique quand l’ethnologie est devenue une discipline institutionnelle. Notre troisième partie est composée de deux chapitres, porte sur les années 1848-1885 et se focalise plus spécifiquement sur le discours d’Anténor Firmin, lors de l’apogée institutionnelle de la Société d’Anthropologie de Paris. Nous développons l’idée que l’emprunt de la méthode physiologique propre à l’histoire naturelle a permis d’évaluer la qualité de l’intellect au titre de fonction organique puis suggérons que c’est par ce biais que les phénomènes traditionnellement expliqués par l’histoire civile ont désormais été expliqués par l’histoire naturelle. Enfin, nous identifions ce processus comme instrumental dans la légitimation des pratiques ségrégatives en place dans les colonies en démontrant qu’il a autorisé la théorisation de différences naturelles et essentielles entre les individus d’ascendance européenne et les autres. Notre focalisation sur les quelques auteurs ayant formulé des théories scientifiques relevant de l’égalitarisme racial pointe au fait que leurs systèmes comportent tous une profonde sympathie avec le modèle épistémologique l’ancien système des humanités qui rejette la réduction de l’histoire civile à l’histoire naturelle. Nous montrons que ces auteurs ont en commun commune de conserver une critériologie explicitement politique et morale dans l’évaluation de l’intellect et indiquons que la disparition du concept normatif d’humanité sur le registre savant ainsi que sa substitution par le concept théorique d’espèce humaine correspond chronologiquement à l’époque où la hiérarchie des races est devenue un fait scientifique. Pour nous, l’émergence du système objectivant des sciences de l’homme a engendré un problème épistémologique et politique majeur lié à l’abandon d’un savoir où la notion de nature humaine n’était pas un objet scientifique, où l’expression « race des mortels » avait encore une résonnance épistémologique, et où l’essence commune des individus appartenant à notre espèce résidait dans la possession naturelle et universelle d’aptitudes intellectuelles et de facultés langagières dont le principe était encore souvent expliqué en faisant allusion à des causes immatérielles

  • Titre traduit

    Racial equality in science and philosophy : 1750-1885


  • Résumé

    My dissertation focuses on the authors who have not succumbed to the fallacy of considering race a relevant factor in the natural partition of intellectual abilities among our species. My hypothesis is that from 1750 to 1885, the structural reason for racial egalitarianism lays in the refusal of a new axiom then becoming overwhelmingly accepted in Europe: the idea that the scientific method devised in the 17th century to deal with physical things could be applied to political and moral philosophy. My work unearths the link between the progressive adoption of this methodological postulate and the gradual dominance of theories, suggesting that the inequality in intellectual abilities is natural among the races of our species in the European scientific circles. I focus on French, English and German discourses refusing the natural ordering of mental powers according to race and show that they shared a common epistemological perspective refusing the reduction of civil history to natural history. I first point out the fact that transforming human nature into a topic of scientific research in the new field of investigation emerging in the second half of the 18th century, titled the “Science of Man” allowed for the old concept of “intellect”, to be more and more routinely seized as the physiological function of the brain organ. I point out the fact that scientific racism derives from the systematic application of the degeneration concept, mainly used in the realm of botany and animal breeding up until the mid-18th century, to our genus. I show that the emerging field of research, then called “the natural history of Man” allowed for natural distinctions among the intellectual abilities of the races to become logically plausible. I then show that this epistemological process lead to the emergence of ethnology and anthropology as institutionalized disciplines in the 19th century and produced the main tool used by Europeans and their descendants to exclude colonial people from the egalitarian propaedeutic of the humanities. I expose the fact that the gradual exclusion of philosophical, political and moral discussions occurred while the evaluation the intellect’s the quality became exclusively conducted using the means offered by natural history. Finally, I underline the fact that the scientific authors representative of racial egalitarianism refused to let go of the normative charge traditionally attached to the concepts of humanity and civility in the traditional knowledge of the humanities. I point to the advent of a new type of learned discourse - adopting the postulate which became the hallmark of science in the 17th century: the notion that nature may be dealt with objectively, meaning that any reference to nature’s final purpose or telos is a sure sign that the discourse making this reference is not scientific – as the principal explanation for the progress of racism in the learned circles of Europe. Focusing on scientists opposing racism, I expose the fact that those authors refused to apply the scientific method to the study of individual and group behavior and that they continued to envision this study as an act having political and moral underpinnings. My work reveals that the theories of authors in favor of racial egalitarianism all refuse to take part in the then growing trend to understand our species with the sole methodologies of the natural sciences. My point is to demonstrate by the means of historiography that the scientific method may not be applied to “human nature” because in this expression, the adjective human is in fact indicating the presence of a teleology that is foreign to science and that belongs to the humanities


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