La femme mal accueillie et sa pulsion de mort : le rapport du contexte socio-culturel et religieux avec la psychopatologie de la femme au Maroc

par Kenza Naji

Thèse de doctorat en Psychologie. Psychopathologie et psychanalyse

Le président du jury était Laurie Laufer.

Le jury était composé de Patrick Guyomard, Abdeslam Dachmi, Houriya Abdelouahed, Laurie Laufer, Rajaa Stitou, Sidi Askofaré.

Les rapporteurs étaient Rajaa Stitou, Sidi Askofaré.


  • Résumé

    « La femme mal accueillie et sa pulsion de mort » est un titre qui interroge au préalable un lieu tant externe qu’interne puis la corrélation des deux espaces. Questionner en quoi l’intérieur psychique individuel se retrouve pris dans une négociation de survie avec un contexte et un environnement extérieurs seul miroir de l’inconscient collectif. En se référant, par cette formulation du titre, aux travaux de S. Ferenczi, la problématique principale sera celle de penser les réverbérations entre l’environnement et l’infantile, entre l’inconscient singulier et celui du social. La mise à l’épreuve des interrogations du genre et de l’universalisme de l’inconscient sera la boussole heuristique par laquelle s’orientera l’écoute analytique des voix des femmes en souffrance, d’où ressortent les résonances contemporaines de l’héritage culturel du Maroc ; un pays qui se démarque par une diversité tout aussi historique, culturelle, que linguistique. Le survol de la terre marocaine permet un retour rétrospectif sur les périodes, califale et coloniale, puis dans le même sillage aiguille la pensée psychanalytique sur ce qui s’exprimerait, jusqu’à ce jour, dans la parole individuelle à travers le lien transférentiel. Cette parole sera donnée aux femmes sur le sol marocain. Leurs voix seront portées par ce travail de recherche afin d’y déceler, dans la chaîne signifiante, les soubassements inconscients de leurs romans familiaux intriqués dans le langage culturel. Des histoires singulières, des femmes de différents milieux sociaux et d’âges distincts, décryptent le rébus socioculturel et religieux par lequel se transportent leurs histoires personnelles et la souffrance psychique qui en découle. L’intersectionnalité qui émerge de l’observation sur le terrain clinique – analphabétisme, seuil de pauvreté accru, favoritisme social ou encore multiplicité des langues autochtones – converge vers un carrefour central où les tentatives de survie prennent une seule voie, une seule langue, à savoir celle du fantasme. Si la psychanalyse s’étend universellement par l’expression de l’inconscient, ce dernier négocie intelligemment dans un mode ubiquitaire d’un lieu à un autre, d’une culture à une autre, spécifiquement quand celle-ci s’enracine dans un passé arabo-musulman archaïque, qui par son interprétation instrumentalisée, réveille au quotidien l’irreprésentable menace du féminin et du sexuel et ravive ce qui relève du traumatisme. De ces faits, l’évolution psychoaffective, de plusieurs femmes rencontrées, se distingue dans une inquiétante étrangeté et réinterroge le lien maternel, la relation au père, aussi bien que des échanges fantasmatiques mettraient en péril une maturité psychique dénoncée en séance par le refus du féminin, la pulsion de mort, le masochisme ou encore des régressions sexuelles infantiles comme l’« envie du pénis ». Autant de résistances défensives qui aiguiseront l’écoute psychanalytique dont la pratique elle-même, au Maroc, sera retravaillée, réexplorée dépendamment d’une articulation entre le psychisme et le social.

  • Titre traduit

    The unwelcomed woman and her death instincts : the link between the socio-cultural and religious context with the psychopatology of the woman in Morocco


  • Résumé

    « The unwelcomed woman and her death instincts» is a title that questions beforehand a place that is both external and internal, then the correlation of the two spaces. Questioning how the individual psychic interior finds itself caught up in a negotiation for survival, with an external context and environment, only mirror of the collective unconscious. Referring, by this formulation of the title, to the work of S. Ferenczi, the main problematic will be that of thinking the reverberations between the environment and the infantile, between the singular unconscious and that of the social. Putting to the test such questions of the gender and the universalism of the unconscious will be the heuristic compass that will guide the analytical listening of the suffering women’s voices, from which emerge the contemporary resonances of the Moroccan cultural heritage; a country that stands out for its historical, cultural and linguistic diversity. The overflight of the Moroccan land allows a retrospective return on the periods, both califal and colonial, as much as it guides the psychoanalytic thought on what would be expressed, to this day, in the individual speech through the transferential link. Moroccan women will be granted this ability to speak. Their voices will be carried out by this research in order to detect, in the signifying chain, the unconscious bases of their family novels intricated in the cultural language. Singular stories, women of different social backgrounds and distinct ages, decipher the socio-cultural and religious rebus transporting their personal stories, and the psychic suffering ensuing. The intersectionality that emerges from the clinical observations - illiteracy, the increased poverty line, social favoritism or the multiplicity of indigenous languages - converges to a central crossroads where survival attempts take a single path, a single language, that of fantasy. If psychoanalysis extends universally by the expression of the unconscious, the latter negotiates intelligently in a ubiquitous mode, from one place to another, from one culture to another, specifically when this culture is rooted in an archaic Arab-Muslim past, which through its instrumentalized interpretation, awakens every day the irrepresentable threat of the feminine and the sexual, and revives what is traumatic. Of these facts, the psycho-affective evolution of several women encountered is distinguished in a disturbing strangeness and re-questions the maternal connection, the relationship with the father, as many fantasy exchanges that would put in danger a mental maturity denounced in session by the refusal of the feminine, by the death drive, the masochism or the infantile sexual regressions like the "envy of the penis". So many defensive resistances that will sharpen the psychoanalytic listening whose practice itself, in Morocco, will be reworked, re-explored depending on an articulation between the psyche and the social.

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