Les mobiles du développement : santé maternelle par téléphone portable au Ghana et en Inde

par Marine Al Dahdah

Thèse de doctorat en Sociologie - démographie

Sous la direction de Annabel Desgrées du Loû et de Cécile Méadel.

Le président du jury était Maurice Cassier.

Le jury était composé de Annabel Desgrées du Loû, Cécile Méadel, Maurice Cassier, Josiane Jouët, Isabelle Guérin, Vinh-Kim Nguyen.

Les rapporteurs étaient Josiane Jouët, Isabelle Guérin.


  • Résumé

    En 2015, avec 7 milliards d'usagers, le téléphone portable devient la technologie de communication la plus utilisée dans le monde. Du rappel de rendez-vous par SMS au glucomètre mobile, les systèmes de santé y recourent de manière croissante. Les programmes qui utilisent le téléphone portable pour améliorer la santé constituent un nouveau secteur de la télésanté appelé mHealth ou mSanté. Peu de recherches ont été réalisées sur leur déploiement en particulier dans les pays du Sud. A travers l'étude d'un programme global de santé maternelle au Ghana et Inde, la thèse apporte un premier regard sur ces dispositifs. S'appuyant sur une enquête multi-située et des méthodes de sociologie de la santé, des usages et d'analyse de discours, elle précise les assemblages sociotechniques propres à ces objets dans le champ biomédical mondialisé et se penche sur l'action effective des technologies mobiles sur la prise en charge et la santé des femmes ciblées. Cette triple approche permet de mettre en lumière les enjeux de pouvoir sous-jacents au développement de cette technologie dans les Suds. La thèse explore d'abord le modèle de « développement numérique » promu par les dispositifs de mSanté : un modèle qui établit une relation particulière aux savoirs et à la science, qui intègre l'expansion des technologies numériques d'une part et de leurs marchés d'autre part comme source de progrès et de croissance pour les Suds. Ce modèle techniciste et mercantile du développement reconduit des logiques impérialistes et déplace des inégalités Nord-Sud. Ensuite, la thèse analyse la place de l'information et des données de santé dans ces projets. Présentées comme le moyen principal de combattre la mortalité prématurée et de maintenir en bonne santé les populations, la responsabilisation du patient dans une logique consumériste et béhavioriste et la mise en données de la santé à des fins de surveillance caractérisent le dispositif étudié. L'enquête montre que le soin ne peut être entièrement capturé par des techniques d'encodage et de transmission et qu'en cherchant à rationaliser les services de santé à travers la sous-traitance du soin à des patients « informés » et à des personnels bon marché et précarisés, le dispositif technique dégrade les relations interpersonnelles indispensables au soin. Enfin, la thèse examine les rapports de pouvoir multiples dans lesquels s'inscrit la mSanté. Les acteurs de la mSanté déploient des programmes ciblant les femmes et entendent compenser des inégalités de genre grâce au téléphone portable, considéré comme un outil d'empowerment. Le dispositif étudié participe de cette tendance mais ne tient pas compte de la structure complexe des rapports de genre et propose de manière superficielle une inversion des rôles sans travailler sur les facteurs et les sphères de détermination. L'enquête multi-située montre comment loin d'annuler des relations inégalitaires, le dispositif technique transforme des inégalités de manière différente selon son contexte d'insertion. L'idée que les technologies numériques permettent une amélioration de la prise en charge, une diminution des disparités de santé et une optimisation des systèmes de santé a pris corps ces dernières années dans un ensemble de dispositifs techniques variés. Ainsi, la mSanté dans les pays en développement participe d'un mouvement plus général de globalisation et de technologisation de la biomédecine. L'analyse dépasse donc le cas de la téléphonie mobile pour montrer comment les technologies numériques participent à l'émergence de nouveaux pouvoirs, à la globalisation et à la mise en données de la santé, à la transformation du soin et des pratiques de santé.

  • Titre traduit

    Mobile (for) development : mobile phones for maternal health in Ghana and India


  • Résumé

    With 7 billion mobile users in 2015, mobile phones became the most widespread communication technology worldwide. From appointment reminders by SMS to mobile glucometers, healthcare systems are increasingly using mobile technologies. However, the use of mobile technologies for health called « mhealth » or « mobile health » has not been well documented so far, especially in the Global South. Through the study of a global mHealth program on maternal health implemented in Ghana and India, this research offers a first glance at those devices. Based on an interdisciplinary approach combining sociology of health, users studies and discourse analysis, and a multisite ethnography conducted in Ghana and India, this dissertation describes those particular socio-technical assemblages deployed in a global biomedical context and details the specific impact of those mobile technologies on care provision and health practices for women targeted by those programs. This triple approach reveals power relations underlying the expansion of those new technical artefacts in the Global South. First of all, this work examines the model of « digital development » promoted by mHealth programs: a model that establishes a special relation to knowledge and science, that defines mobile connectivity and mobile market extension as key sources of progress and economic growth in the developing world. This technological and market-based model of development perpetuates imperialist dynamics and reshapes North-South inequalities. Moreover, the thesis studies the role of information and health data in those projets. Seen as central weapons to fight mortality and to preserve health for everyone, patient empowerment and data-driven health are strong characteristics of the studied device that increase the commodification and datafication of health. The research shows that care practices cannot be entirely captured by encoding and transmission techniques, by delegating care to the « digitally engaged patient » and to poorly trained-insecure-low-paid healthworkers, the project deteriorates interpersonal relationships that are essential for care practices. Finally, the thesis examines the multiple power issues at stake in mHealth projects. Those maternal programs are specifically targeting women and intend to compensate gender inequalities thanks to the alleged empowering effect of mobile phones. The studied program contributes to this trend and offers a shallow inversion of the traditional assignment of gender roles thus hardly taking into account the complexitiy of gender determination. This multisite research shows how the technical device far from erasing inequalities transforms them in different ways depending on its context of insertion. The idea that digital technologies contributes to improving care, reducing health disparities and optimizing health systems has taken shape in recent years in a diverse set of technical devices. mHealth or mobile Health is a particular vector of this global movement, which goes beyond the use of mobile phones, and shows how digital technologies contribute to the emergence of new powers, to the reorganization of care, to the globalization, the datafication and the commodification of health.

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