L’œuvre processus. Pratiques dialogiques entre biologique et technique, vers une écologie de l’œuvre

par Lia Giraud

Thèse de doctorat en SACRe, arts visuels

Sous la direction de Samuel Bianchini.

Soutenue le 12-12-2017

à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale École transdisciplinaire Lettres/Sciences (Paris) , en partenariat avec Équipe d'accueil SACRe - Sciences, arts, création, recherche (Paris) (laboratoire) , École nationale supérieure des arts décoratifs (Paris) (établissement opérateur d'inscription) et de L’Université Paris-Sciences-et-Lettres (laboratoire) .

Le président du jury était Ivan Toulouse.

Le jury était composé de Samuel Bianchini, Claude Yéprémian, Perig Pitrou, Geneviève Almouzni.

Les rapporteurs étaient Jean-Paul Fourmentraux, Michelle Debat.


  • Résumé

    Comment la mise en œuvre de processus biologiques et techniques, dialoguant au sein d’un dispositif artistique, contribue t-elle « en pratique » à l’élaboration d’un « milieu associé » nécessaire dans notre contexte technoscientifique actuel ?Notre identité, qui se définit dans une double expérience biologique et culturelle du monde (E. Morin), semble aujourd’hui mise en tension par l’existence d’un « milieu dis-socié » (B. Stiegler) fragilisant l’élaboration individuelle et collective. Dans son approche du vivant et de la technique, le contexte technoscientifique actuel favorise ce sentiment de discontinuité : malgré une proximité physique grandissante, les opérations qui rassemblent ces deux entités semblent en effet occulter l’expérience sensible et significative qu’elles suscitent. S’appuyant sur une pratique personnelle, mise en regard d’un état de l’art, cette thèse d’artiste envisage de soigner cette relation, en la mettant « à l’œuvre » au cœur du dispositif artistique : le « médium » artistique sera envisagé comme un « milieu associé » (G. Simondon) capable de lier forme et structure, éléments naturels et techniques, expériences physique et psychique.Par sa qualité à concilier action, matérialité, perceptibilité et signification, l’approche artistique du processus s’offre comme hypothèse de recherche choisie : Les œuvres-processus instaurent ainsi un dialogue opératoire et significatif entre des processus vitaux et techniques, constituant un corpus d’œuvres et de projets interdisciplinaires dans lesquelles scientifiques, ingénieurs et artistes collaborent. Parmi eux, une expérience d’apprentissage épigénétique intitulée Éducation à la danse pour 8 plantes Télégraphe, une recherche autour des stromatholites qui explore le caractère mythologique de la biominéralisation et l’esthétique du geste technique ; ou encore le Temporium, une sculpture-laboratoire créant des images vivantes et qui cristallise plusieurs aspects de ce travail de recherche : le passage de la recherche à l’œuvre, les contraintes d’un matériau vivant, le double défi technique et esthétique du projet et l’autonomie de l’œuvre en exposition. La description et l’analyse de cette recherche « par la pratique » serviront de terreau pour répondre à notre problématique, sous une forme plus théorique, abordant autant les enjeux esthétiques de l’œuvre-processus que les potentiels du contexte de recherche en art qui accompagne sa création.Par son esthétique du devenir, sa qualité de milieu physico-symbolique, l’œuvre-processus déploie une activité relationnelle qui contribue non-seulement à une expérience esthétique associante, mais ouvre aussi le lieu d’exposition à un nouveau rôle sociétal. Si elle apparaît initialement comme une contrainte, la technicité de l’œuvre-processus pourra être source d’individuation pour son praticien. Cette dimension instrumentale ouvre également des pistes de valorisation hors du champ artistique, aidée par le caractère interdisciplinaire des projets. Sur un plan plus immatériel, cet écosystème de recherche pluriel contribue aussi à l’expression d’une « singularité collective » et à l’élaboration d’une « fabrique du commun ». Néanmoins ponctuée d’échecs, cette recherche pointe ses fragilités en révélant certaines limites de l’artiste-chercheur face aux contraintes du milieu artistique actuel.Ce constat nous mènera à prendre en compte l’ « écologie » de ce projet, l’œuvre-processus apparaissant comme un support privilégié pour la création d’un système, visant à travailler ensemble les dimensions mentales, environnementales et sociales qui caractérisent l’expérience humaine.

  • Titre traduit

    The process-work. Dialogical practices between the biological and technical, towards an artwork ecology


  • Résumé

    How does the implementation of biological and technical processes, dialoguing in the context of an art 'dispositif', contribute in practice to the elaboration of an 'associated milieu' necessary to our current technoscientific context? Our identity, defined by both a biological and a cultural experience of the world (E. Morin) is today called into question with the existence of a 'dissociated milieu' (B. Stiegler) disrupting the individual and the collective construct. In it’s approach to the living and technology, the current technoscientific context favours a feeling of discontinuity. Despite a growing physical proximity, the process that brings together these two entities appears to be masking the sense and significant experiences they also provoke. Grounded within my artistic practice and put into the perspective of the state of the Arts, this artist doctoral thesis has as goal to heal this relationship, putting it “at work” at the heart of the artistic context: the artistic 'medium' will therefore be considered as an 'associated milieu' (G. Simondon) able to connect shape and form, natural and technical elements, mental and physical experiences.Thanks to its capacity to draw action, materiality, perceptibility and signification together, the artistic approach of the 'processus' is a research hypothesis of choice: the 'œuvres-processus' establish an operative and meaningful dialogue between life and technical processes, thus composing a corpus of interdisciplinary projects and works, in which scientists, engineers and artists collaborate. Among them, a learning experience based on epigenetics called 'Teaching Dance to 8 Telegraph Plants'; a research on the topic of stromatolites that explores the mythological aspect of biomineralization and the aesthetics of the technical gesture; or furthermore the 'Temporium', a sculpture-laboratory which creates living images and also brings together several aspects of this research: the transition from the research to the artwork, the constraints of a living material, the technical and aesthetic challenges of the project, and the autonomy of the exhibited work. The description and analysis of this practice-based research will serve as groundwork to tackle the issue raised here —in a more theoretical manner— meanwhile equally addressing the aesthetic stakes of the 'process-work' and the potentials of the research context in art that comes with its creation.Through its aesthetic of the becoming, its quality as a physical and symbolical medium, the 'process-work' unfolds a relational activity that contributes not only to an associating aesthetic experience, but also opens the exhibition space to a new societal role. Initially appearing as a constraint, the technicality of the work-process may become a source of individuation for its practitioner. This instrumental aspect opens additionally onto new opportunities outside the artistic field, eased by the interdisciplinary nature of the projects. On a more intangible level, this pluralistic research ecosystem also contributes to the expression of a 'collective singularity' and to the elaboration of a 'fabric of the common'. Nevertheless punctuated by unavoidable failures, this research uncovers as well its own weaknesses, by revealing certain limits the artist-researcher has when faced with the constraints the current artistic context presents.This analysis reveals the necessity to take into account the 'ecological’ aspect of this project, the 'process-work' appearing as a support of choice for the creation of a system, aiming to work together the mental, environmental and social dimensions that characterize the human experience.


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