Les informations télévisées comme révélateur de la construction des mythes médiatiques dans la société contemporaine du Vietnam : exemple du Journal télévisé de 19 heures de la Télévision vietnamienne

par Thi Thanh Phuong Nguyen Pochan

Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Jacques Guyot.

Soutenue le 19-04-2017

à Paris 8 , dans le cadre de École doctorale Sciences sociales. ED 401 (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) , en partenariat avec Centre d'études sur les médias, les technologies et l'internationalisation (équipe de recherche) .

Le président du jury était Fabien Granjon.

Le jury était composé de Jacques Guyot.

Les rapporteurs étaient François Jost, Jean-Pierre Esquenazi.


  • Résumé

    La politique vietnamienne de promotion de l’héritage culturel, mise en œuvre depuis le « Renouveau » (1986) conformément aux objectifs de valorisation et de sauvegarde des sites du Patrimoine mondial classés par l’UNESCO, a occasionné ces dernières décennies une floraison inouïe de fêtes rituelles, festivals folkloriques et cérémonies cultuelles témoignant d’un phénomène qui, sans être nouveau, demeure significatif dans le Vietnam contemporain : le retour aux sources et aux valeurs traditionnelles. Cette « retraditionalisation idéologique » (C. Geertz) vise à exalter le nationalisme culturel à l’aune du modèle de l’État-nation moderne dans l’optique de renouveler et renforcer la légitimité du Parti communiste vietnamien (PCV). Le projet nationaliste s’impose dès les premiers jours de la libération nationale et de la construction du nouvel État : la République démocratique du Vietnam (en 1945). Il puise sa force motrice dans les « mytho-moteurs » (J. Armstrong) de la tradition pérenne de la nation et révèle ainsi une continuité, et non une rupture, de la politique du PCV avec l’Histoire de longue durée. Or, loin d’être une continuité naturelle, ce retour aux sources relève bel et bien d’une stratégie symbolique du régime actuel, consistant à revaloriser l’héritage du passé ainsi qu’à retravailler et inventer la tradition (E. Hobsbawm). La présente étude s’efforce d’éprouver l’hypothèse selon laquelle, les informations du JT de 19 heures de la Télévision nationale sont le révélateur de la construction de mythes essentialistes qui, au-delà des images mentales et typifiées, constituent une force conductrice, une forme sensible et un processus d’appartenance communautaire. Le recours à une anthropologie des médias comme cadre explicatif et conceptuel est incontournable dans la mesure où les médias ˗ un faiseur de mythe de l’ère moderne ˗ sont inséparables de la culture et de l’histoire nationale. À l’instar de L. Quéré, nous considérons l’espace médiatique comme un « tiers symbolisant » ou un espace référentiel plutôt qu’un espace de représentations. Cette approche permet d’examiner, dans une perspective phénoménologique et pragmatique, l’apparition, la publicisation et la transformation des mythes en problèmes publics et actions collectives. Nous avons construit trois modèles heuristiques afin d’examiner les aspects performatifs et générateurs de sens de la production télévisuelle des mythes : l’espace public de communion (analyse discursive) ; le mode mythificalisant (analyse sémio-pragmatique du dispositif télévisé) et le récit identificatoire (analyse narratologique de la temporalisation du récit mythique). La narrativité de la propagande communiste qui reste prégnante dans le journal, opère quant à elle un glissement progressif du discours propagandiste vers l’univers du mythe national : elle se situe au niveau du métalangage barthésien, sans être pour autant dénuée de pragmatisme. Loin de l’approche instrumentale de la manipulation, nous adhérons à l’approche culturaliste de l’ethno-nationalisme, en avançant que le recours aux idées ethno-nationalistes relèverait de facto d’une croyance effective du manipulateur en tant que membre de la communauté ethnique : le ressort culturel mobilisé pour manipuler autrui s’incorpore à son propre système de croyance. Cependant, puisque son « programme de vérité » correspond à des « régimes de croyance » (P. Veyne) différents, le mythe possède autant de force de structuration que de déstructuration et, par conséquent, rend fragile et incertain l’avenir de toute idéologie nationaliste.


  • Résumé

    Since the ʺRenovationʺ era (1986), Vietnam has been promoting its cultural heritage in full compliance with UNESCO’s objective of cultural renewal and protection through its World Heritage programme. Over the past decades, this policy has brought about an unheard-of blossoming of ritual celebrations, folk festivals and cult ceremonies. Such a nationwide phenomenon of revisiting its origins and traditional values, though not new, is quite significant in contemporary Vietnam, where this type of ʺideological re-traditionalizationʺ (C. Geertz) aims at exalting cultural nationalism in the light of the modern Nation-State with a view to renewing and strengthening the legitimacy of its Communist Party (VCP). This nationalist undertaking, which has proved vital from the early days of the National Liberation and the establishment of the new State ‒ the Democratic Republic of Vietnam (1945) ‒ draws its driving force from the ʺmythomoteursʺ (J. Armstrong) of the perennial national tradition, thus revealing a continuity, not a breach, of the VCP policy within the long-term history. However, far from being inherent, this continuity is indeed a symbolic strategy developed by the regime in order to renew the country’s heritage, redraft and contrive its folklore (E. Hobsbawm). In this study, we attempt to test the hypothesis whereby the Vietnamese Television’s 7 pm TV newscast is a pointer of an essentialist myth-building which, beyond the formation of mental and typified images, organizes a driving force, a sensitive form and a community-belonging process. Utilizing media anthropology as an explanatory and conceptual framework is crucial insofar as the media –makers of myth in the modern era – cannot be separated from the national history and culture. Following L. Quéré, we consider the media sphere as a ʺsymbolising third-partyʺ or a referential sphere rather than one of representations. By virtue of this approach, we can examine from a phenomenological and pragmatic perspective the appearance, publicization and transformation of myths into public problems and collective actions. We have developed three heuristic models in order to examine the performative and meaning-generating aspects of televisual myth-making: the public sphere of communion (discursive analysis); the myth-making mode (semio-pragmatic analysis of the televisual apparatus); and the identificatory story (narratological analysis of the temporalization of the mythical narrative). The tale of the Communist propaganda, still prevalent in the TV newscast, is assuming a gradual shift, from the discourse of propaganda towards the realm of national myths: its level is that of the Barthesian meta-language, yet not without pragmatism. Rather than to the instrumental approach of manipulation, we adhere to the culturalistic approach of ethno-nationalism, and argue that resorting to ethno-nationalist ideas may fall de facto within the true belief of the manipulator as a member of the ethnic community: the cultural resource summoned to manipulate others is integrated into his own belief system. However, since its ʺprogramme of truthʺ matches different ʺsystems of beliefʺ (P. Veyne), myth holds a destructuring as much as a structuring force, conveying any kind of nationalist ideology frailty and unpredictability.

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