Le sentiment religieux dans La Comédie Humaine d'Honoré de Balzac. Foi, ironie et ironisation

par Vincent Bierce

Thèse de doctorat en Littérature Française

Sous la direction de Éric Bordas.

Soutenue le 12-10-2017

à Lyon , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique et arts (Lyon) , en partenariat avec École normale supérieure de Lyon (établissement opérateur d'inscription) et de Institut d'Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités (laboratoire) .

Le président du jury était Pierre Glaudes.

Le jury était composé de Éric Bordas, Pierre Glaudes, Pierre Schoentjes, Pierre Laforgue, Christèle Couleau-Maixent.

Les rapporteurs étaient Pierre Schoentjes, Pierre Laforgue.


  • Résumé

    Le présent travail s’attache à montrer comment, dans l’œuvre balzacienne, la représentation de la foi, pensée comme un sentiment religieux, est fondée sur un principe actif de retournement que nous appelons ironisation. Distincte de l’ironie et fondamentalement non humoresque, l’ironisation construit une problématique de la valeur qui, dans la société du premier XIXe siècle confrontée au désordre et à l’instabilité du sens, semble être la seule forme apte à traduire les fluctuations du réel et à donner à lire la non-coïncidence entre l’ordre du sujet et l’ordre du monde. Dynamique narrative, esthétique et poétique, l’ironisation consiste en une force de déplacement et de déstabilisation, en un nouveau mode critique qui installe la réversibilité des interprétations au cœur des récits, réfute toute hiérarchisation des axiologies contraires et engage une vision du monde où la vérité ne se fonde plus sur une transcendance, celle de Dieu, du sens ou du vrai. Assumant la solitude radicale dans laquelle elle laisse le lecteur, l’ironisation brouille les repères, renverse constamment les significations et refuse toute tentative d’unification systématique : elle constitue ainsi une véritable prise de contact avec le réel et interroge la croyance en déterminant une troisième voie qui échappe à la dialectique stérile nihilisme/spiritualisme.Si Balzac invente toute une théologie originale et personnelle qu’il développe et exemplifie notamment dans Le Livre mystique, et s’il ménage dans ses romans des scènes récurrentes qui voient les personnages confrontés à l’apparition du sacré, il cherche néanmoins à représenter le sentiment religieux dans l’Histoire et à intégrer sa pensée du spirituel au sein d’un dispositif général fondé sur un projet matérialiste et une poétique de type « réaliste ». Cette double postulation se traduit par l’ironisation qui, en procédant à une mise en tension des opposés, le religieux et le matérialisme, le doute et la spiritualité, donne naissance à une unité radicalement polyphonique qui invite à repenser la représentation de la foi dans le monde contemporain à la lumière de catégories nouvelles. Rendant indécidable un sens univoque et faisant cohabiter des réalités incompatibles, le geste d’ironisation détermine alors un nouveau rapport au temps et interroge le phénomène religieux ainsi que le devenir de l’individu moderne et de l’Histoire.

  • Titre traduit

    The religious feeling in the Balzac’s Comédie humaine. Faith, Irony and Ironisation


  • Résumé

    The present work endeavours to demonstrate in Balzac’s Comédie humaine just how the representation of faith, considered as a religious feeling, is based upon an active principle of reversal that we will call « ironisation ». Distinct from irony and inherently non-comical, « ironisation » is bound to the issue of value and seems to be, in the early 19th-century society faced with disorder and the instability of meaning, the only form able to convey the unsteadiness of the real and to manifest the rift between the order of the subject and the order of the world. As a narrative, an aesthetic and a poetic dynamic, « ironisation » consists in a displacing and unsettling force, in a new critical mode which puts the reversibility of interpretations at the heart of stories, denies every axiological hierarchy and entails a worldview where truth isn’t tied to transcendence anymore, be it the transcendence of God, of meaning or of truth. Accepting the radical aloneness to which it condemns the reader, « ironisation » troubles our standards, constantly overturns significations and refuses all attempts at systematic unity: as such, it is a true confrontation with reality and it undermines beliefs while forming a third way escaping from the fruitless dialectic between nihilism and spiritualism.If Balzac invents his very personal and original theology, which he expands and exemplifies especially in Le Livre mystique, and if he makes room in his novels for recurring scenes where characters are faced with the appearance of the sacred, he nevertheless tries to represent the religious felling within the bounds of history and to situate his ideas about the spiritual inside of a general framework based upon a materialist project and « realist » poetics. These two premises lead to « ironisation » which, by creating tension between pairs of opposites, the religious and the materialistic, doubt and spirituality, gives birth to a resolutely polyphonic unity, inviting us to rethink the representation of faith in the contemporary world in light of new categories. Since it makes meaning undecidable and forces conflicting realities to cohabit, the gesture of « ironisation » shapes a new relation to time and questions the religious phenomenon as well as the becoming of the modern individual and history.


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