Addiction, errance et grande précarité : exploration psychopathologique des mises en scène du corps

par Maxence Thomas

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Nathalie Dumet.

Soutenue le 10-11-2017

à Lyon , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'éducation, psychologie, information et communication (Lyon) , en partenariat avec Centre de recherches en psychopathologie et psychologie clinique (Bron, Rhône) (équipe de recherche) et de Université Lumière (Lyon) (établissement opérateur d'inscriptions) .

Le président du jury était Patrick Ange Raoult.

Le jury était composé de Bernard Duez.

Les rapporteurs étaient Maria de la Almudena Sanahuja, Gérard Pirlot.


  • Résumé

    Ce travail de recherche tend à explorer les différents niveaux de processus psychiques liés aux problématiques d’addiction et de grande précarité, du point de vue de la psychologie clinique et de la psychopathologie. Ce questionnement s’est construit à partir du cadre d’une pratique professionnelle de psychologue clinicien intervenant auprès d’un public précaire.Nous soutenons que loin d’être unilatéralement une conséquence de la vie dans la grande précarité, ni même la cause de la « clochardisation », la symptomatologie addictive dans un tel contexte témoigne du rapport du sujet précaire à son corps, à l’altérité et à l’environnement. Nous tentons donc d’explorer dans cette recherche la multitude de scènes corporelles rencontrées auprès de nos patients, et leur potentialité symbolisante, tandis que l’objet d’addiction se placerait comme un contenant dont le contenu à incorporer permettrait une réactualisation de scènes traumatiques de l’histoire du sujet.Ces écueils de la symbolisation, que le sujet tente d’incorporer pour les revivre et les loger sous forme de sensations sur et dans le corps, seraient issus d’épisodes de décramponnement à l’objet primaire, générant alors des vécus de honte primaire extrêmement douloureux et destructeurs, que nous qualifions de honte essentielle et d’effondrement honteux.Ces considérations nous ont amenés à proposer plusieurs fonctions de l’addiction chez le sujet précaire. Les rituels d’incorporation et l’incorporation - elle-même - se poseraient en alternative à l’émergence de l’auto-réflexivité et de représentations insupportables.Les scènes du corps révélées durant la prise de produit, à travers leurs différentes formes d’expressions, tenteraient de trouver une issue à une situation de deuil inachevé, tandis que l’appareil somatopsychique pourrait momentanément s’éprouver comme unifié et contenant. Ce reflux de l’informe vers la sensorialité et la motricité témoignerait d’un processus plus large tendant à investir le corporel sur le versant mortifère.Nous proposons d’analyser à l’aide des médiations thérapeutiques quatre situations cliniques, permettant de saisir les enjeux psychiques de l’addiction chez les sujets précaires.

  • Titre traduit

    Addiction, wandering and great precariousness : psychopathological exploration of body scenes


  • Résumé

    This research aims at exploring the different levels of psychic processes related to addiction problems and great precariousness from a clinical and psychopathological point of view. This questioning was built from the professional experience of a clinical psychologist working with precarious and addicted patients.This work contends that, far from being a unilateral consequence of living in great precariousness, and not even the cause of homelessness, addictive symptomatology in such a context illustrates the relationship of the precarious subject with his body, with the otherness and with his environment. This research tries to explore the great variety of corporal scenes encountered among our patients and their symbolizing potentiality while the addictive object would turn into a container whose contained would allow a reactualization of the subject’s traumatic scenes.These symbolization failures that the subject tries to incorporate in order to live them again and turn them into sensations on and inside his body, would stem from sensations felt when breaking away from primary object, thus generating extremely painful experiences of primary shames called essential shame and shameful collapse. These considerations have led us to offer several functions of addiction for precarious subjects. Rituals of incorporation and incorporation itself, could be an alternative against auto-reflexivity and unbearable representations.While taking drugs, the body scenes revealed through their different forms of expression would strive to solve an unfinished mourning situation, while the somatopsychic apparatus could momentarily feel unified and contained.This backward surge of the formless towards sensoriality and motricity would suggest a wider process tending to place the corporeal image on the deadly side With the help of therapeutic mediations, we propose to analyze four clinical situations that will enable us to understand the psychic stakes of addiction for precarious patients.

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