Approche agro-écologique de la gestion du parasitisme en élevage : application en système cunicole biologique

par Héloïse Legendre

Thèse de doctorat en Pathologie, Toxicologie, Génétique et Nutrition

Sous la direction de Thierry Gidenne et de Hervé Hoste.

Le président du jury était Enrique Blas.

Le jury était composé de Thierry Gidenne, Hervé Hoste, Eliel Gonzalez-Garcia, Sophie Prache.

Les rapporteurs étaient Enrique Blas, Veronika Maurer.


  • Résumé

    L’étude des interactions entre système fourrager, santé et croissance des lapins contribuera à proposer de nouvelles pratiques pour des systèmes d’élevage cunicole alternatifs, tels que ceux en agriculture biologique (AB) incluant une gestion intégrée de la santé. Mais cette stratégie est limitée par le manque de références sur la cuniculture AB, i) sur l'alimentation au pâturage (ingestion de fourrages verts, qualités nutritionnelles pour les lapins, etc) ; et ii) sur les risques sanitaires notamment le parasitisme, identifié comme un frein important au développement de la cuniculture AB. L’emploi de plantes riches en tannins condensés (TCs) comme le sainfoin, permettrait de diminuer l’utilisation d’antiparasitaires comme cela a été montré chez les petits ruminants, tant pour la gestion des nématodes que celle des coccidies. Mais le potentiel d’activité des TCs chez le lapin, tout comme le niveau d’ingestion et les performances de croissance, restent à explorer, et pourra servir la cuniculture AB et conventionnelle. Ce travail de thèse a pour objectif i) d’étudier l’intérêt du sainfoin comme ressource pour l’alimentation du lapin, et pour ses propriétés antiparasitaires, ii) définir le niveau d’ingestion au pâturage des lapins et les conséquences sur la production et iii) d’évaluer, le risque parasitaire au pâturage pour des lapins en production. Nous avons montré qu’un aliment enrichi en sainfoin distribué à partir du sevrage, avec une teneur en tannins de 1,8% d’équivalent d’acide tannique, n’a pas réduit l’installation de L3s de Trichostrongylus colubriformis, ni la fertilité des vers adultes, mais a réduit le potentiel d’éclosion des oeufs (-27 points), contribuant à réduire l’infestation de l’environnement. Un aliment enrichi en sainfoin contenant 1,2% d’équivalent d’acide tannique, distribué aux mères et aux lapins en croissance a eu un effet coccidiostatique : l’excrétion oocystale fécale de lapins nourris avec un aliment enrichi en sainfoin a été réduite de 60% par rapport à ceux ayant reçus l’aliment témoin. Si la réduction de l’excrétion oocystale de l’espèce Eimeria magna n’a pas pu être démontrée, en revanche, la réduction d’oocystes toutes espèces confondues dans l’environnement pourrait contribuer à diminuer le risque de coccidiose en élevage. Comparé à la luzerne, le sainfoin, plus riche en lignines, a une forte concentration en énergie (11,2 MJ/kg) et en protéines digestibles (110 g/kg). Au pâturage, lorsque la quantité d’herbe offerte dépasse 85 g MS/kg0,75, il semble que l’ingestion d’herbe soit régulée d’une part lorsque la teneur en énergie digestible de l’herbe dépasse 9 MJ/kg (régulation chémostatique), ou d’autre part si la teneur en lignocellulose (ADF) dépasse 350 g d’ADF/kg (régulation physique : encombrement digestif). Mais la quantité d'herbe disponible dépasse rarement 85 g MS/kg0,75. C’est-à-dire que dans la majorité des cas, une surface pâturable de 0,4 m² (minimum réglementaire) n’a pas permis de combler la capacité d’ingestion et les besoins énergétiques de lapin en croissance. De plus, si l’offre d’herbe est limitante, le lapin ne peut pas exprimer une préférence alimentaire vers des plantes plus jeunes et riches en protéines. La limitation de l’ingestion de protéines a aussi pour conséquence de réduire les potentialités de croissance des lapins et d’allonger la période d’engraissement. Au cours de trois saisons successives de pâturage (université de Perpignan), la pression parasitaire (nématodes et coccidies) a augmenté, avec des infestations par Trichostrongylus sp. et de Graphidium strigosum. Si le délai d'attente entre deux pâturages n’a pas eu d’effet visible sur l’infestation par des nématodes, cela influerait le niveau d’infection par les coccidies. Nos travaux établissent l’intérêt de l’incorporation du sainfoin dans l’alimentation du lapin et ouvrent des perspectives pour établir des pratiques innovantes et bénéfiques à la production cunicole biologique et conventionnelle.

  • Titre traduit

    Integrated management of parasitism under organic rabbit farming


  • Résumé

    The study of the interactions between grazing systems, health and growth in organic rabbit farming (ORF) will contribute to propose new practices including integrated management of health. However, this strategy is limited by the lack of references on ORF and in particular on rabbit intake of green fodder when grazing, nutritional qualities of forages for rabbits, the supply of grass in relation with animal’s density (stocking rate), the related parasitic challenge, etc. The acquisition of such references is a key issue for the development of ORF. The use of plants rich in condensed tannins (CTs), such as sainfoin, could reduce the use of antiparasitic agents, as shown in small ruminants, both for the management of nematodes and for coccidia. However, the potential for CTs containing resources in rabbits, as well as the intake levels and the effects on growth performances, remain to be explored in both OF and conventional rabbit breeding. The aim of this thesis was (i) to investigate the interest of sainfoin as a resource for rabbit feeding and its antiparasitic properties, (ii) to define the intake level in grazing rabbit and the consequences on production and (iii) to evaluate the parasitic risk associated with pasture for rabbits’ production. We have shown that a sainfoin-enriched diet distributed from weaning, with a feed containing 1.8% of tannic acid equivalent, did not reduce neither the establishment of Trichostrongylus colubriformis L3s, nor the fertility of adult worms. In contrast, the development of nematode’s egg to infective larvae was compromised and may reduce the risk of environmental contamination. Besides, a sainfoin-enriched diet containing 1.2% tannic acid equivalent, distributed to does and growing rabbits, had a coccidiostatic effect. With an overall fecal oocyst excretion in rabbits fed with sainfoin reduced by 60% compared to control diet. Although, the pathogenic species Eimeria magna was not concerned by these decrease, such a general reduction in oocyst excretion in the environment could help to reduce on long term the risk of coccidiosis in the rearing units. Sainfoin could constitute a real alternative to dehydrated alfalfa, since it has high digestible energy (DE, 11.12 MJ DE/kg), and protein (110 g/kg), and provide a high supply of lignins. At grazing, when the herbage allowance exceeded 85 g DM/kg0,75, it appeared that the herbage intake was limited by an increase in the DE content when it exceeds 9 MJ / kg, or else by a lignocellulose content higher than 350 g of ADF/kg. However, herbage allowance, rarely exceeds 85 g DM/kg0,75. In other words, in the majority of cases access to a 0.4 m² grazing area did not allow sufficient supply to reach the intake capacity and energy requirements of the rabbits. In addition, rabbits with limited supply cannot express their dietary preference to young and high protein plants. Limiting the intake of proteins also reduced the growth potential of rabbits and extended the fattening period. During the first three grazing seasons (University of Perpignan), the parasitic pressure (nematodes and coccidia) increased, particularly with cases of Trichostrongylus sp. and Graphidium strigosum. While rotation rhythms had no visible effects on nematode infestation, it had an influence on coccidian infection. This work enabled us to establish the advantage of sainfoin enriched diet for the rabbit. It gives prospects to further research projects regarding the establishment of beneficial and innovative practices for organic and conventional rabbit breeding.


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