Les exilés en communication : Le cas des auteurs de la francophonie choisie d’Europe médiane(1939 - à nos jours).

par Axel Boursier

Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Joanna Nowicki.

Le président du jury était Marc Lits.

Le jury était composé de Joanna Nowicki, Dominique Wolton, Antoine Marès.

Les rapporteurs étaient Michèle Gellereau.


  • Résumé

    Le croisement entre communication et exil ne va pas de soi. L’exilé n’est-il pas en effet celui qui perd, par son arrachement communautaire, toute possibilité de communiquer : langue, repères sémantiques, amis et familles ? Cependant, il est également celui qui entre en relation avec une nouvelle culture et société. En s’intéressant au corpus des auteurs de la francophonie choisie d’Europe médiane de 1939 à nos jours, notre thèse a pour objectif de comprendre comment l’exilé peut entrer en relation au sein de la communauté de culture rejointe.Nous nous intéressons au discours littéraire et à la fonction-auteur, dans le sens foucaldien, afin d’étudier la façon dont, par la mise en récit de sa vie, l’exilé peut configurer un ethos apte à la relation. En faisant jouer l’opposition entre un visage pré-discursif des auteurs, marqué par le contrat de communication du témoignage, et leur volonté d’être reçus comme des artistes, nous proposons de s’intéresser à la façon dont ces voix d’Europe médiane viennent s’inscrire dans le dispositif littéraire français. Nous montrons alors que le discours de l’exilé est un discours souvent soumis au processus d’incommunication : sa voix est inaudible, soumise à un contrat de communication et en proie à des erreurs sémantiques.Nous proposons alors de considérer le récit l’exil sous l’intrigue du « héros de la liberté » comme étant une possibilité pour ces auteurs de gérer cette opposition entre régime de singularité et nécessité de disposer d’un ancrage au sein du champ littéraire nouveau.Dans un deuxième temps, nous questionnons cette possibilité qu’ont les auteurs de refuser le contrat de communication pré-discursif et nous introduisons le concept de « non-lieu » afin de penser un espace de communication qui ne serait plus relié avec le public de réception premier de ces œuvres. Face à cette menace, nous intéressons au processus de révérence-inclusion présent dans les œuvres. Par ce processus il s’agit de maitriser les marqueurs de l’espace discursif français afin de montrer au lecteur son inscription dans le champ. Les réemplois de ces marqueurs agissent comme des « discours constituants » et permettent alors de montrer l’appartenance de ce corpus à un même « cadre de l’expérience ».Enfin, nous interrogeons la possibilité de parler de cette littérature comme étant assimilée. Par l’opposition entre assimilation structurelle et culturelle, nous émettons l’hypothèse que cette littérature n’est pas réellement assimilée, et que la conscience de cette intégration complexe amène les auteurs à retravailler leur positionnement discursif. Aussi, la mise en mémoire du soviétisme permet à ces auteurs de présenter une « étrangeté réappropriée » où leur expérience du nazisme et du soviétisme n’est plus rejetée dans une « commémoration négative », mais devient un jalon à partir duquel lire la modernité française. Ces réflexions nous mènent à s’interroger sur l’expérience même de ces auteurs et aux métacommunications qu’ils présentent lorsqu’ils abordent la question de l’identité, de l’Europe et de la mondialisation culturelle.Cette thèse de doctorat réalisée en science de l’information et de la communication s’intéresse aux relations interculturelles européennes. Par le corpus littéraire large choisi, cette thèse entend montrer la complexité des exils européens et réfléchir aux enjeux contemporains de cette notion. Enfin en s’interrogeant à partir de l’incommunication, cette thèse expose l’idée que si la communication n’est jamais innée, elle peut se produire grâce aux efforts de traduction de soi, de ce fait nous pensons la communication non seulement comme un facteur de diffusion, mais également comme un sujet à penser.

  • Titre traduit

    Exile in communication : The case of authors from East Central Europe who choose to write in French (1939 – present)


  • Résumé

    The link we make between exile and communication is not a classic one. In fact, an exile is someone who leaves his country and changes his language and culture. He is also someone who tries to reach a new culture and society. By considering the literature of writers from East and Central Europe, who choose to write their books directly in French, our thesis seeks to understand the way how an exile can generate new relationships in this space.We focus on the literary discourses and the notion of the author, as Foucault spoke about them, in order to understand how an author uses the narration of his own life to configure a face-speech acceptable to his host community. By using the difference between this face in a pre-discursive manner marked by the contract between the testimony and the authors’ will to be perceived as artists, we try to focus on the way those voices show their inclusion in the French literary world. We show that the exiles’ discourses must deal with the possibility of lack of communication due to inaudibility cause by semantic mistakes.We think that the configuration of exile is a way to present oneself as a « hero of freedom. » Authors manage the opposition between singularity and the necessity to find a new community in order to communicate. Moreover, we also consider the possibility of refusing the first contract of communication and we include the concept of « non-lieu » created by Marc Augé, a concept which refers to a space with no link to the community. Confronts with this threat, we consider that an author may manage this risk by a process of reverence-inclusion. According to this process, writers give their own description of French social markers to indicate to the public that they belong to the French culture. Those descriptions allow them to give to the French audience the rule of interpretation for their own books. Finally, we examine the possibility of speaking about this literature as an assimilated one. We show that this literature is not fully integrated because of the complex social integration of those authors. This difficulty of integration forces them to redefine their position in French society. As a result of their Soviet education, authors try to show a disturbing strangeness not as a marker of an outsider, but as an indication of their social place in French society. This past is made a tool for understanding French modernity. This specificity directs us to consider those writers, particularly their views on communication, identity, Europe and cosmopolitanism.Our thesis focuses on the problem of communication and tries to increase our knowledge of intercultural relations in Europe. By focusing on a large literary corpus, our thesis endeavours to understand this complex phenomena of European exiles. Finally, our thesis integrates the problem of non-communication as a conceptual center of interrogations in order to show that if communication is not an innate capacity, it can be developed into something beyond a tool for spreading a message, namely a concept to think.

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