Comment dialoguer avec des hommes auteurs de violence contre des femmes ? : Ethnographie d’un groupe réflexif

par Jan Billand

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Pascale Molinier et de Vera Silvia Facciolla Paiva.

Le président du jury était José Ricardo Carvalho Mesquita Ayres de.

Le jury était composé de Vera Silvia Facciolla Paiva, Valérie Ganem, Adriano Beiras.


  • Résumé

    Cette étude a pour objectif de comprendre les modalités et conditions du succès pratique d’une intervention auprès d’hommes auteurs de violence contre des femmes, dans la perspective de la promotion de l’équité de genre. MÉTHODE. Le processus de travail étudié est développé, au Brésil, par trois professionnels, hommes, qui organisent um groupe réflexif pour hommes interpellés pour infraction à la loi Maria da Penha. La recherche, qualitative, a été menée selon la méthode ethnographique, combinant observation participante, entretiens semi-directifs avec les trois organisateurs, et analyse de documents. Les résultats ont été analysés par contraste avec un cadre théorique articulant, entre autres, le ccadre de la vulnérabilité et des droits humains en santé, le concept de masculinité hégémonique, la perspective féministe du care, et l’abordage psychodynamique du travail. RÉSULTATS. Les résultats et leur discussion sont organisés en quatre axes. Premièrement, nous décrivons la manière dont le contexte social impacte le processus de travail, confrontant les professionnels à diverses demandes et obstacles. Deuxièmement, nous identifions et analysons trois formes de succès pratique rencontrées par les professionnels dans le cadre de leur travail en dialogue avec les hommes abordés. Troisièmement, nous analysons la dimension intersubjective du travail, afin de comprendre les difficultés inhérentes à la relation interpersonnelle entre les facilitateurs et les participants du groupe, et les stratégies mises en place pour y faire face. Enfin, nous présentons à partir des résultats de cette étude des suggestions pour penser la contribution spécifique de la santé dans la prévention de la violence envers les femmes et la promotion de l’équité de genre. CONCLUSION. Deux tendances contradictoires marquent la relation des professionnels étudiés à leur travail. D’un côté, leur sensibilisation préalable aux points de vue des femmes les conduit à se positionner comme alliés des mouvements féministes. Mobilisant leur propre socialisation masculine au service de la prévention de la violence contre les femmes, ils cherchent à dialoguer avec des hommes auteurs de violence. D’un autre côté, ce travail au cœur des « jeux de langage » typiques de la socialisation masculine exige une indifférence sélective aux points de vue des femmes, en particulier quand ils contredisent les projets de félicité masculins : ce clivage é nécessaire pour maintenir l’empathie avec les hommes, essentielle au succès du dialogue. Paradoxalement, cela produit une perte d’empathie des professionnels envers les femmes, qui contredit le sens politique – proféministe – de leur travail. Ainsi, par rapport au dialogue avec les hommes auteurs de violence contre des femmes, le proféminisme se présente simultanément comme un prérequis et comme un obstacle ou fardeau. Bien qu’ils ne se débarrassent jamais du paradoxe, les professionnels étudiés parviennent à le résoudre dans la pratique, atteignant ainsi des formes spécifiques de succès. Les stratégies qu’ils développent à cette fin peuvent inspirer de nouvelles pratiques auprès des auteurs de violence contre des femmes dans les services de santé.

  • Titre traduit

    How to dialogue with male perpetrators of violence against women? : Ethnography of a reflexive group


  • Résumé

    This study aims to investigate the modalities and conditions of practical success in an intervention with male perpetrators of violence against women, within the perspective of gender equity promotion. METHODS. We study the work of three male professionals, who organize a reflexive group for sued male perpetrators. Following a qualitative approach, the ethnographic method was employed, combining participant observation, in-depth interviewing with the three facilitators, and document analysis. Results were analysed by contrast with a theoretical reference frame which articulated the frame of vulnerability and human rights in health, the concept of hegemonic masculinity, the feminist perspective on care, and psychodynamic approach of work. RESULTS. The results and its discussion were organized according to four axes of analysis: first, we analyze the social context and its impacts on the work process (opportunities and challenges); second, we describe and discuss forms of practical success identified within the professionals’ work; third, we focus on the subjective dimension of this work, analyzing problems encountered by the researcher and the group facilitators in interpersonal relationships with the group participants, and coping strategies developed by the facilitators; and finally, we expand the discussion of the results to understand possible contributions of health policies to the prevention of violence against women and the promotion of gender equity. CONCLUSION. Two contradictory tendencies pervade the relationship of these professionals to their work. On one side, their raised awareness of women’s viewpoints leads to their engagement as allies to feminist movements. They seek to dialogue with male perpetrators, putting their own masculine socialization at the service of the prevention of violence against women; yet on the other side, this work within masculine socialization’s typical “language games” demands a selective indifference to women’s viewpoints, especially when they don’t match male felicity projects: this cleavage is requested to maintain the empathy towards men requested to achieve successful dialogue. Paradoxically, this results in a loss of the professionals’ empathy towards women, which contradicts the (profeminist) political meaning of their work. Thus, regarding dialogue with male perpetrators of violence against women, profeminism stands simultaneously as a pre-requisite and a cumber. Although they never get rid of this paradox, the studied workers find solutions to it through their practice, hence achieving specific forms of success. The strategies developed for this purpose can inspire new care practices aimed at male perpetrators of violence against women within health services.


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