L'oeuvre d'exil au coeur du processus de subjectivation des descendants de la guerre d'Algérie : par-delà la mémoire traumatique familiale

par Safia Metidji

Thèse de doctorat en Psychologie. Psychopathologie et psychanalyse

Sous la direction de Rosa Caron.

Soutenue le 30-09-2016

à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de Ecole doctorale de recherches en Psychanalyse et Psychopathologie (Paris) , en partenariat avec Centre de recherches psychanalyse, médecine et société (Paris) (équipe de recherche) et de Université Paris Diderot - Paris 7 (établissement de préparation) .

Le président du jury était Alain Vanier.

Le jury était composé de Olivier Douville.

Les rapporteurs étaient Pascal Roman, Rajaa Stitou.


  • Résumé

    Le traumatisme psychique dans la guerre confronte le sujet au « réel de la mort » (Lebigot, 2005). Il agit comme une effraction psychique, par laquelle aucune représentation n’est accessible, condamnant l’affect à errer sans but, sinon à sa glaciation. Les traumatismes de guerre en constituent l’apogée. À ce niveau, on observe que, pour fuir la menace du traumatisme dans la guerre, de nombreuses populations trouvent par le chemin de l'exode l'espoir d'une vie meilleure au sein d’une terre d'accueil plus sécurisante. Mais, si l'exil apparaît comme une issue ultime de protection, l’épreuve qu’il constitue n'épargne pas au sujet la douleur de la « coupure d'avec les origines », apparentée à une « trahison » (Stitou, 1997, 2006). L'exil d'après-guerre serait ainsi le terrain propice au défaut de symbolisation et de transmission entre générations, créant une rupture de la filiation (Tourn, 1997). Cette recherche s’intéresse aux enfants d'exilés de guerre, nés en terre d’exil, qui éprouvent, par procuration, la douleur sans nom de leurs parents. Il s’agit d’étudier les effets psychopathologiques du vécu d’exil familial d’après-guerre et d’analyser les conséquences de l’« empêchement de penser » (Cherki, 2008) sur le défaut de subjectivation de ceux qui en sont les descendants. En effet, si l'enfant privé de passé ne peut parvenir à se penser lui-même (Aulagnier, 1989), comment regagner une capacité subjectivante ? Nous fonderons notre recherche sur le terrain de l'Histoire de la guerre d'Algérie (1954-1962) et de l’exode en France métropolitaine des années 60. Par le témoignage sensible de nos participants nés en terre d’exil pendant et après la guerre, issus des différentes communautés rapatriées français et migrants algériens, nous analyserons le(s) facteur(s) spécifique(s) et commun(s) qui participe(nt) à entraver la transmission de l’histoire familiale menant à l’exil et leurs répercussions sur le parcours de vie et sur la construction psychique singuliers à chacun. Nous verrons que si le vécu d’exil des parents, en tant qu’arrachement à sa terre natale et perte des objets d’amour, peut altérer les voies de la transmission des origines, il peut aussi offrir les fondements nécessaires au processus de subjectivation chez les descendants. Nous montrerons la façon dont les descendants parviennent à mener une oeuvre de symbolisation dans et par l'exil, pour échapper à l'emprise des traumas en héritage, dont ils sont les dépositaires, afin de devenir à leur tour les agents de la transmission.

  • Titre traduit

    The opus of exile in the subjectivation process of algerian war’s descendants : beyond the family traumatic memory


  • Résumé

    The psychic trauma of war confronts the subject with « the real of death » (Lebigot, 2005). It acts as a psychic breaking, for which no representation is available, condemning the affect to wander aimlessly, if not to its glaciation. War traumatism constitute its apogee. At this level, we observe that, to escape the threat of war trauma, many people find by the way of the exodus the hope of a better life in a more secure haven. But if exile appears as an ultimate outcome of protection, its trial doesn’t spare to subject the pain of the « break with origins », associated to a « betrayal » (Stitou 1997, 2006). The exile in post-war would be the propitious ground for lack of symbolization and of transmission between generations, creating a break in filiation (Tourn, 1997). This research is about children of war exiles, born in exile, who feel vicariously the pain without name of their parents. This study concerns the psychopathological effects of family lived in post-war exile in order to analyze the consequences of the « impediment to think » (Cherki, 2008) on the lack of subjectivation of those who are the descendants. Indeed, if the child deprived of the past can’t succeed in thinking himself (Aulagnier, 1989), how can he regain a capacity of subjectivation ? We base our research on History field of Algerian war (1954-1962) and of exodus in France during the sixties. By the sensitive testimony of our participants born in exile during and after war, born into French repatriates and Algerian migrants communities, we will analyze specific and shared factor(s) which involved in hindering the transmission of family history leading to exile, and their impact on the singular life path and psychic construction. We'll see that, if the experience of parents exile as wrench to his native land and as loss of love objects, can harm ways of origins transmission, it can also provide the foundation of subjectivation process for descendants. We will show how the descendants manage to carry out this symbolization opus in exile and by exile to escape the grip of trauma in legacy, which they are the custodians, in order to become the agents of transmission themselves.

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