Des métiers urbains au Cameroun : une analyse sociohistorique en termes de rapports sociaux

par Manuel Santiago

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Roland Pfefferkorn.

Le président du jury était Lionel Jacquot.

Le jury était composé de Lionel Jacquot, Suzie Guth.

Les rapporteurs étaient Blandine Destremau, Stephen Bouquin.


  • Résumé

    Cette thèse est construite en trois parties. La première est tout d’abord consacrée à une analyse réflexive de l’engagement ethnographique qui prend la rue comme terrain, et aux diverses formes de relation et de visibilité auquel conduit ce choix. Le cadre théorique et méthodologique affirme en particulier des positions méthodologiques et théoriques à l’égard de l’informalité. On y trouve également une acception élargie de la production, qui inclut les métiers urbains de service, ainsi que la nécessité d’étudier ensemble production et reproduction pour lire l’agencement des rapports sociaux. La seconde partie s’emploie à la reconstruction de la genèse de la division sociale du travail au Cameroun, dans un contexte colonial de « mise en valeur » et dans celui, postérieur à l’indépendance, des étapes de mutations économiques ayant affecté les logiques et formes de mise au travail des hommes et des femmes et produit une forme spécifique de séparation entre production et reproduction. En quatre périodes historiques, on y lit ainsi une généalogie des formes d’emplois urbains et des rapports sociaux qui les structurent, et tout particulièrement les rapports de sexe, de classe et de génération, inscrite dans le cadre du capitalisme global. Dans la troisième partie l’analyse du matériau empirique récolté pendant le travail de terrain et au-delà permet d’analyser les inégalités sociales à Yaoundé, de décrire des modes de vie et leurs difficultés matérielles et d’éclairer les stratégies pour faire face à la pauvreté. L’ethnographie révèle la division sociale du travail et des positions dans les métiers urbains, organisée autour de l’extorsion de surtravail sous forme de rente, sous diverses modalités, en une compétition forcenée, qui aboutit à reléguer les femmes et les enfants aux tâches de reproduction sociale, sans pour autant les écarter des tâches de production. Cette thèse de sociologie prend le parti d’inscrire l’analyse des métiers urbains dans une socio-histoire du capitalisme et de son implantation au Cameroun. Elle dépasse les catégories de travail formel / informel pour faire l’analyse matérialiste des formes de mise au travail articulée avec celle d’étudier ensemble, et non de façon dissociée, la production et la reproduction, à la lumière des rapports sociaux de sexe, de race, de classe et de génération. Cette thèse éclaire non seulement les rapports de domination et d’exploitation, mais aussi les formes de résistance et d’agencéité, au prisme de deux outils conceptuels qu’elle forge et enracine soigneusement : celui de régime libéral communautaire, et celui de rapport de rente d’exploitation.

  • Titre traduit

    Of urban trades in Cameroon : a socio-historical analysis in terms of social relations


  • Résumé

    The research relates to urban workers in Cameroon. As part of a theoretical inquiry, the manner in which we produce was given a fresh approach, in a new conception of work. To that end, the author has moved away from the tenets of the sociology of work to consider the city as a unit of production of useful services. That made it possible to widen the analysis in terms of work relations and grasp the dynamics of conflict, domination and exploitation, and also of change in the activities covered. The analysis is focussed on the forms employed in urban trades in Cameroon, by showing their characteristics. The decision to give that examination a historical perspective has made it possible to show that some trades have acquired a structuring role in the urban relations of production in Cameroon. That is true of the taxi services trade, which occupies a hegemonic place. Without being anachronistic or ethnocentric, it would appear that this area of work plays the part played by small artisans in English urban centres during the emergence of industrial capitalism in that country as described so well by E.P. Thompson. With their collective industry institutions, these workers have had a structuring role in the transformation of relations with work, and have provided leadership in social struggles. This ethnographic study in Yaoundé took place in a social atmosphere of apparent stability. Indeed, from the people’s protest movements of ‘dead cities’ in the early 1990s to the ‘hunger riots’ in 2008, Cameroon was experiencing a situation of permanent insurrection. When the author toured the country in 2010, the protests seem to have died down. That was certainly a forced break, in the face of violent repression by the government. The field work was therefore carried out during that apparent lull in 2010-2011, 2012 and 2015.The aim was to study the issue of the work and social reproduction of urban workers in Cameroon. What are its forms and determinants ? How has it changed in the course of the years since the start of development under colonial rule up to the contemporary period of structural adjustment ? How do the people get organised when they are excluded from the system of ordinary law ? The author believes that to address those questions, it is of relevance to use a sociohistorical approach that articulates work relations of class, race, gender and also generation.

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