Les techniques de fabrication de la grande statuaire en bronze 1540-1660 en France

par Manon Castelle

Thèse de doctorat en Histoire, histoire de l'art et archéologie

Sous la direction de Chantal Grell et de David Bourgarit.

Soutenue le 31-03-2016

à l'Université Paris-Saclay (ComUE) , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Sceaux, Hauts-de-Seine ; 2015-....) , en partenariat avec Dynamiques patrimoniales et culturelles (Guyancourt, Yvelines) (laboratoire) , Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (établissement de préparation de la thèse) et de Dynamiques patrimoniales et culturelles / DYPAC (laboratoire) .

Le président du jury était Emmanuel Bury.

Le jury était composé de David Bourgarit.

Les rapporteurs étaient Francesca G. Bewer, Paolo Piccardo.


  • Résumé

    A partir de la fin de l’Antiquité, les grands bronzessont peu à peu délaissés puis abandonnés. Il faudra attendre laseconde moitié du XVIème siècle pour voir réapparaître dans lepaysage artistique français, sous François Ier, de grandsensembles statuaires en bronze. Au coeur de ce phénomène, latechnique tient un rôle majeur et suscite plusieursinterrogations. D’abord, se pose pour cette période la questionde l’existence ou non d’une identité technique des bronzesfrançais. L’exécution d’une statue en bronze implique denombreuses étapes qui conduisent du modèle à saretranscription dans le métal. Peut-on reconnaître dans cesétapes et dans les manières de les aborder une certaine unitétechnique qui marquerait la seconde moitié du XVIème siècle,voire le début du XVIIème en France ? Inversement, remarqueton dès cette période de réintroduction différentes écolesregroupant certains sculpteurs, fondeurs, ateliers, voire liées àcertains chantiers particuliers ? Par ailleurs, la réapparition dessavoir-faire associés à la statuaire en bronze pose la questiondes origines. D’où viennent ces techniques soi-disant oubliées :d’autres centres européens, de pratiques de fonderie concernantd’autres types de production ?Dans ce travail de thèse, nous nous sommes attachés à apporterdes éléments de réponse à ces différentes interrogations. Pource faire, des études technologiques ont été menées sur troisgrands ensembles marquant cette période de renouveau dansl’art du bronze : les copies en bronze de marbres antiques parPrimatice, les Vertus du monument funéraire d’Henri II et deCatherine de Médicis, les Allégories du monument de coeurd’Anne de Montmorency.Pour compléter ce corpus, des éléments isolés ont été étudiés :la Diane chasseresse de Barthélémy Prieur, l’Apollon duBelvédère, le Gladiateur Borghèse et la Vénus Médicisattribués à Hubert le Sueur. L’objectif a été de tenter de révélerprocédés, matériaux et savoir-faire engagés, complétant ainsiles données fournies par les documents d’archives quiaccompagnent ces commandes prestigieuses. La stratégied’étude employée a bénéficié de l’expérience des travauxentrepris ces trente dernières années. Des développementsméthodologiques ont néanmoins été nécessaires pour compléterles possibilités offertes par l’étude technologique de la statuaireen bronze. Ces développements ont en particulier concerné lesnoyaux de fonderie, ces matériaux employés pour réaliser desstatues creuses. Les résultats obtenus montrent que lespremières décennies de réappropriation de la grande statuaireen bronze sont marquées par l’emploi d’un même procédé àl’épargné qui trouve racine dans les procédés employés auMoyen-âge pour la fonte de cloches ou de canons par exemple.Mais dés le XVIIème siècle, le monopole de ce procédé sembleêtre mis à mal, preuve sans doute d’une émancipation desfondeurs et d’une innovation constante. Parallèlement à cesphénomènes dont les conséquences marquent la fonte statuaireen général, les sculpteurs, les fondeurs, développent dans leursateliers des savoir-faire personnels et innovent au cas par cas,selon la nature des commandes qu’ils reçoivent.

  • Titre traduit

    Fabrication processes of large bronze statues in France 1540-1660


  • Résumé

    At the end of Antiquity, the manufacture of largebronzes is progressively abandoned. It reappears during the16th century in France, under the reign of Francis I, after morethan a millennium of quasi absence. At the heart of thisphenomenon, casting techniques play a major role and raisesseveral questions. First, the technical identity of large bronzescasted during this period must be investigated. Indeed, castinga statue involves numerous steps, from the model to the finalform in bronze: are those technical steps identifiable throughthe bronze statues characteristics? Are those featurescharacteristic of the craftsmanship of 16th century? Second,can we identify particular ways of bronze crafting associatedwith different schools, composed by sculptors and, or, foundrymen? The origins of technical skills are also to be questioned,especially the provenance of forgotten techniques: Europeanneighborhood or influence of metallurgical techniquesassociated to other kind of objects?In order to answer those questions, technical studies have beencarried out. A representative body of statues has beeninvestigated: the bronze copies of antique marble statues byPrimaticcio at the Fontainebleau palace, the Virtues and theroyal praying statues from the funerary monument of Henry IIand Catherine de’ Medici and the three Personifications thatdecorate the hearth monument of Constable Anne deMontmorency. Several isolated statues have also been studiedin order to complete the body of statues: Diana the huntress byBarthélémy Prieur, Borghese Gladiator and Apollo Belvedereattributed to Hubert le Sueur.This work aims at revealing the processes, materials andknowhow involved for each steps of bronze statuesmanufacture, in order to complete the data extracted fromarchive documents associated to those prestigious royalcommissions. The employed methodology is based on theexperience on this field of research acquired since threedecades by researchers all over the world. New developmentshave also been made to improve technological studies, such asan innovative approach for the characterization of castingcores. . Data obtained from the investigated body of statuesreveal that during the first decades of the 16th century, aspecific casting technique has been used: a spare process. Thisprocess has been strongly influenced by techniques steamingfrom the late Middle-age and the early modern period. Indeed,it exhibits technical similarities with bell and canon casting.However, the uniqueness of this process is challenged by theemergence, during the 17th century, of a second technique,namely the slush process. Emancipation of foundry-men fromthe main stream technique, and will of innovation mightexplain this change of process. Simultaneously to thosetechnical evolutions, sculptors and foundry-men developspecific skills and knowhow that influence the characteristicsof their bronze statues. Moreover, case to case adaptation alsoappears to influence the bronze statues characteristicsaccording to the kind of commission charged by the craftsmen


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