Le vin liquoreux, un produit de terroir en marge dans la hiérarchie vitivinicole française : étude comparée des petits vignobles de vins liquoreux de Bergerac, Jurançon, Jura et Corrèze : géographie d’une distinction

par Grégoire Berche

Thèse de doctorat en Géographie humaine, économique et régionale

Sous la direction de Monique Poulot.

Le président du jury était Claire Delfosse.

Le jury était composé de Monique Poulot, Claire Delfosse, Laurent Rieutort, Eric Rouvellac, François Legouy, Sophie Lignon-Darmaillac.

Les rapporteurs étaient Laurent Rieutort, Eric Rouvellac.


  • Résumé

    En reconnaissant dès 1936 l’Appellation d’Origine Contrôlée de vin liquoreux « Monbazillac », l’Etat, par le biais de l’INAO, définit officiellement le vin liquoreux comme un produit de terroir, élaboré par un savoir-faire humain sur un espace aux aptitudes agronomiques et aux conditions climatiques particulières. Pourtant, malgré la mode des « produits de terroir », en France, le vin liquoreux semble très loin d’avoir acquis l’image d’un produit de terroir et se situe en bas de la hiérarchie vitivinicole. Sa production est fragmentée dans l’espace productif viticole français, alors que ce vin est majoritairement produit dans les aires d’influence des vignobles de Bordeaux et Bourgogne. Le vin liquoreux est ainsi élaboré au sein de petits vignobles de vins liquoreux, qui s’inscrivent dans de petits voire très petits vignobles, à l’image des vignobles de Bergerac, Jurançon, Jura et Corrèze. Les vins liquoreux français semblent donc constituer des « impensés » de la géographie du vin, puisque non reconnus en tant que produit de terroir, et puisque élaborés au sein de vignobles de l’entre-deux, de périphéries dominées, voire de marges viticoles. Or, le terroir vitivinicole est une représentation de la société qui le fait vivre. Au sein des différents systèmes spatiaux que constituent les terroirs viticoles étudiés, les acteurs du vin élaborent de nouveaux modèles territoriaux, dans des territoires recomposés par la réforme de la filière viticole impulsée entre 2006 et 2008 et d’espaces ruraux marqués par les conséquences de la mondialisation. Des stratégies de distinction émergent alors à toutes les échelles au sein de ces espaces pour mieux se positionner dans la hiérarchie, dont le haut est incontestablement occupé par Château d’Yquem, célèbre cru de Sauternes, dont la réputation n’a jamais été aussi forte. Ainsi, au fond, les petits vignobles de vin liquoreux étudiés ne permettent-ils pas de répondre à une question presque existentielle lorsqu’on veut vivre aujourd’hui d’une production vitivinicole en France ou même ailleurs : comment vendre du vin aujourd’hui ?

  • Titre traduit

    Sweet wines, a local product to the margin in the wine sector hierarchy : comparative study small wineyards of Bergerac, Jurançon, Jura and Corrèze : geography of distinction


  • Résumé

    By acknowledging from 1936 the controlled designation of origin of the sweet wine "Monbazillac", the State, by means of the INAO, officially defines sweet wine as a local product, developed by a human know-how in an area of agronomic skills and in particular weather conditions. Nevertheless, in spite of the "produits du terroir" trend, in France, sweet wine seems very far away from having acquired the image of a local product and is situated at the bottom of the wine sector hierarchy. Its production is split up within the French wine-making productive space while this wine is mainly produced in the areas of influence within Bordeaux and Burgundy vineyards. Sweet wine is thus developed within small sweet wine vineyards, which are part of small sometimes even very small vineyards, just like the vineyards of Bergerac, Jurançon, Jura and Corrèze. Therefore, French sweet wine seems to forman "unthought" of wine geography, because it is not recognized as alocal product, and because it is developed within vineyards that are between larger ones, which are more dominant, on the outskirts of the wine-making zone. However, the wine terroir is a representation of the society that keeps it alive. Within the various spatial systems which constitute the wine-making terroirs being examined, wine professionals develop new territorial models, in territories recomposed by the reform of the wine-making sector promoted between 2006 and 2008 and rural spaces marked by the consequences of globalization. Strategies of distinction emerge then on all scales within these spaces to be better positioned within the hierarchy, the top of which is unmistakably occupied by the Château d’Yquem, a famous Sauternes vineyard, the reputation of which has never been so strong. So, in fact, do not the small sweet wine vineyards under study enable ananswer to an almost existential question when we want to live off wine production today in France, or even somewhere else: how can we sell wine today?

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