Produire de bonnes semences, perpétuer le lignage : relations de parenté et reproduction de la diversité des sorghos chez les Masa-Bugudum du Cameroun

par Jean Wencelius

Thèse de doctorat en Anthropologie

Sous la direction de Michael Houseman et de Eric Garine.

Le président du jury était Sophie Blanchy.

Le jury était composé de Michael Houseman, Eric Garine, Sophie Blanchy, Hubert Cochet, Laura M. Rival, Doyle Mc Key.

Les rapporteurs étaient Hubert Cochet, Laura M. Rival.


  • Résumé

    Ce travail de thèse porte sur l’étude des relations, telles qu’elles sont conçues par les Masa, entre la reproduction des sorghos et celle des humains. Pendant vingt-deux mois des enquêtes ethnographiques ont été menées dans l’Extrême-Nord du Cameroun afin de décrire les processus techniques, cognitifs, sociaux et rituels nécessaires au maintien et à la reproduction des variétés de sorgho d’une année à l’autre et à leur transmission entre générations de cultivateurs. Le sorgho est essentiel à la vie matérielle et sociale des Masa. Plante phare de l’agrosystème, aliment de base, ingrédient rituel, il est aussi un marqueur de l’identité des individus qui font de sa transmission, de père en fils, un symbole de la continuité du patrilignage. Pourtant, lors du décès d’un individu, ses semences deviennent stériles ; elles ne recouvrent leur fertilité que par le biais d’un circuit rituel mobilisant les relations de parenté et d’alliance qui, jadis, avaient permis au défunt de se reproduire. L’analyse de ce rituel, ainsi que des règles d’héritage et des funérailles, met en évidence que la capacité des sorghos à se reproduire procède de celle de leur propriétaire. La capacité génésique des individus, condition nécessaire à la perpétuation du patrilignage, ne peut, cependant, se transmettre en ligne agnatique sans recours aux flux horizontaux de l’alliance. Grâce à une analyse systématique des pratiques agricoles, des connaissances ethnobotaniques de la diversité des sorghos ainsi que des réseaux d’échange de semences, il est apparu que les relations d’alliance sont également centrales à la reproduction interannuelle des sorghos, y compris ceux présentés comme les ‘semences de nos pères. L’ambition de ce travail est de montrer, notamment grâce à l’adoption d’une méthodologie mixte alliant approches qualitatives et quantitatives, que l’étude des conceptions relatives à la reproduction des plantes cultivées apporte un éclairage pertinent à la compréhension de la reproduction des sociétés humaines.

  • Titre traduit

    Producing fertile seeds, perpetuating the lineage : reproducing sorghum diversity through kinship among the Masa-Bugudum of Cameroon


  • Résumé

    The relations, as conceived of by the Masa, between the reproduction of sorghum and that of humans is the main of focus of this thesis. From 2009 to 2010, twenty-two months of ethnographic fieldwork was carried out in several villages of Far-North Cameroon, mainly in Nuldayna, in order to document the technical, cognitive, social and ritual processes by which farmers maintain and reproduce, both on a yearly basis and from generation to generation, a wide array of sorghum landraces. Sorghum is a keystone of the Masa material and social life. It is by far the main crop, the main staple, a widely used ritual ingredient and, through its transmission across generations, a symbol of social identity and of the patrilineage’s continuity. However, after a man’s death, his sorghum seeds become sterile. Their fertility may only be regained by triggering a ritual circuit involving the kinship relationships that had enabled the deceased to marry. The analysis of this ritual, as well as those related to funerals and inheritance, shows that the sorghum’s reproductive capabilities are dependent on those of its owner. While individuals’ procreative powers are held to be a necessary condition for perpetuating the patrilineage both materially and socially, these powers cannot be transmitted in the male line without involving the horizontal relations of affinity. Moreover, the systematic analyses of agricultural practices, of ethnobotanical knowledge regarding sorghum diversity and of seed exchange networks, reveals that affinity is also essential for the inter-annual reproduction and maintenance of sorghum, including those seeds that are proudly presented as ‘the seeds of our fathers.’ More generally, this work attempts to demonstrate that, using mixed qualitative and quantitative methods, the study of crops and of the indigenous conceptions related to their reproduction can provide important insights into the study of human societies.

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