Du bidonville à l’hôpital : anthropologie de la santé de la reproduction au Rajasthan (Inde)

par Clémence Jullien

Thèse de doctorat en Ethnologie

Sous la direction de Gilles Tarabout et de Laëtitia Atlani-Duault.

Le président du jury était Christophe Z. Guilmoto.

Le jury était composé de Gilles Tarabout, Laëtitia Atlani-Duault, Christophe Z. Guilmoto, Roger Jeffery, Caterina Guenzi.

Les rapporteurs étaient Christophe Z. Guilmoto, Roger Jeffery.


  • Résumé

    Depuis les années 2000, le secteur de la santé de la reproduction, longtemps délaissé par le gouvernement indien, semble constituer un sujet d’inquiétude, notamment dans le nord du pays. Les taux de mortalité encore élevés discréditent l’image de superpuissance que l’État indien aime afficher, le déséquilibre du sex-ratio continue de se creuser en dépit des mesures législatives en vigueur et, malgré une importante baisse du taux de fécondité, le pays doit faire face à une population de plus d’un milliard deux cent millions d’habitants. À partir d’un terrain ethnographique d’un an et demi dans un hôpital public et dans des bidonvilles de Jaipur où une ONG œuvrait pour l’institutionnalisation de la santé maternelle, cette étude analyse les réactions des femmes et de leur famille face aux techniques persuasives et au pouvoir discrétionnaire que le personnel hospitalier et les membres de l’ONG utilisent à leur égard. Elle montre également en quoi les programmes de santé, censés garantir l’accès aux soins, tendent paradoxalement à rendre les bénéficiaires les plus vulnérables davantage conscients des inégalités socio-économiques dans leur vie quotidienne et renforcent les stéréotypes existants. À travers l’expérience des femmes, la santé de la reproduction apparaît comme un domaine sensible où des tensions sociales (castes, classes) et religieuses s’expriment et se cristallisent. La prise en charge de la santé de la reproduction ne se réduit pas à la santé materno-infantile mais englobe les questions de discrimination à l’égard des petites filles, du faible pouvoir décisionnel des femmes et du recours limité à la contraception, enjeux cruciaux qui attisent les différences au sein de la société indienne, sous couvert de progrès et au nom de l’intérêt de la nation.

  • Titre traduit

    From the Slum to Hospital : anthropology of Reproductive Health in Rajasthan (India)


  • Résumé

    Since the 2000s, the Indian government’s long-neglected reproductive health sector has been a subject of growing concern, especially in the northern part of the country. Mortality rates remain high, calling India’s superpower image into question; the sex ratio imbalance keeps growing despite legislative measures to correct it; and, despite a significant dip in the fertility rate, the country now has a population of over one-billion-two-hundred-million inhabitants. Drawing on one-and-a-half years of ethnographic fieldwork in a public hospital and several slums in Jaipur, this study analyses the reactions of women and their families to the techniques of persuasion and decision-making power used by hospital staff and NGO workers who institutionalise maternal health. The study also shows how health programmes meant to secure universal access to care paradoxically reinforce existing stereotypes and tend to make vulnerable patients even more aware of socioeconomic inequalities in their daily lives. Through the lens of women’s experiences, reproductive health appears to be a sensitive node where religious and social tensions of caste and class get expressed and crystallised. Thus, reproductive health is not confined to maternal and child healthcare; it includes core issues of discrimination toward young girls, the limited decision-making power of women, and ambivalence about contraception among women. While often presented in the guise of progress and the national interest, the institutionalisation of reproductive health actually maintains social disparities within Indian society

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