La violence et le silence : politiques de réconciliation, relations interpersonnelles et pratiques sociales de coexistence au Katanga, RDC

par Sandrine Vinckel

Thèse de doctorat en Sciences politiques

Sous la direction de Richard Banégas.

Soutenue le 30-06-2016

à Paris 1 , dans le cadre de École doctorale de science politique (Paris) , en partenariat avec Centre d'études des mondes africains (Paris) (équipe de recherche) et de Institut des mondes africains (France) (laboratoire) .

Le président du jury était Johanna Siméant.

Le jury était composé de Richard Banégas, Sandrine Lefranc.

Les rapporteurs étaient Benjamin Rubbers, Élisabeth Claverie.


  • Résumé

    A partir de l'étude des interactions quotidiennes entre Katangais et Kasaïens, après les violences de masse perpétrées contre les Kasaïens « non originaires» au début des années 1990, la thèse montre que les Katangais et les Kasaïens mettent en œuvre, dans le cadre de leurs interactions en face-à-face (Goffman), des pratiques de coexistence fondées sur l'évitement, le silence et les non-dits. Le silence sur les violences passées et l'évitement des sujets politiques interprétables en fonction du conflit entre les deux communautés constituent en fait une norme interactionnelle de coexistence pacifique, à rebours de l'injonction au dialogue et à la compréhension mutuelle, qui est au cœur des pratiques des ONG de pacification « par le bas». La thèse montre également que dans certains contextes politiques ou socio-économiques macros constituant des situations de crise (Dobry ; Vidal), se produit un phénomène de polarisation des identités collectives : les Katangais et les Kasaïens ne sont alors plus perçus que par rapport à leur origine ethno-régionale. L'anticipation du déroulement des situations d'interaction devient plus difficile, du fait de I' « incertitude structurelle» qui caractérise ces situations de crise; et les pratiques routinisées de coexistence fondées sur l'autocensure et l'évitement tendent à diminuer. A partir de ces conclusions, la thèse interroge les injonctions morales à la réconciliation et au dialogue, qui sont à l'œuvre dans les théories et pratiques de pacification «par le bas», et la possibilité même d'une réconciliation «par le bas», diffusant de proche en proche une « culture de la paix » qui finirait par imprégner toute une société.

  • Titre traduit

    Violence and silence : reconciliation policies, interpersonal relations, and social practices of coexistence in Katanga, DRC


  • Résumé

    Based on the study of daily interactions between Katangese and Kasaians, in the aftermath of the mass violence committed against the non-native Kasaians in the early 1990s, the dissertation shows that in their face-to-face interactions (Goffman), Katangese and Kasaians used practices of coexistence based on avoidance, silence, and self-censorship. Silence on the past violence and on political topics that can be interpreted with regard to the conflict between the two communities has indeed became an interactional norm of peaceful coexistence, unlike the injunction of NGOs specialized in the 'bottom-up' pacification to set up a dialogue that is deemed to foster a mutual understanding. The dissertation also shows that specific political or socio-economic contexts lead to 'crisis situations' (Dobry; Vidal). These crisis situations result in the polarization of collective identities: Katangese and Kasaians are viewed only by their ethno-regional origins. The expectations about interaction situations are made more difficult, because of the “structural uncertainty” that characterizes 'crisis situations'; and the routine practices of coexistence based on self-censorship and avoidance tend to disappear. From these findings, the dissertation questions the moral injunctions in favor of reconciliation and dialogue, which are at the heart of the theories and practices of 'bottom-up' pacification, and even the eventuality of a “bottom-up” reconciliation spreading step by step a 'culture of peace', which would eventually permeate society as a whole.


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