Identité de genre et auto-objectivation : une comparaison entre bodybuilders-es et non-pratiquants

par Marie Gomez (Cholley)

Thèse de doctorat en PSYCHOLOGIE spécialité Psychologie sociale

Sous la direction de Pascal Moliner et de Éric Péréra.

Les rapporteurs étaient Anne Marcellini, Lionel Dany.


  • Résumé

    Mes travaux de recherche portent sur la pratique du bodybuilding, plus précisément sur les liens entre l'auto-objectivation du corps et l'identité de genre chez les bodybuilders-es. La théorie de l’auto-objectivation (Fredrickson & Roberts, 1997) propose d’expliquer la prévalence des troubles de l’image corporelle et des conséquences qui y sont associées chez les femmes par l'internalisation, chez ces dernières, du regard objectivant d’autrui sur leur corps, se traitant ainsi comme un objet à regarder et à évaluer, et passant d’un point de vue à la première personne (centré sur des attributs non observables, sur la fonctionnalité du corps) à un point de vue extérieur, centré sur des attributs physiques, observables (Fredrickson, Roberts, Noll, Quinn, & Twenge, 1998). McKinley et Hyde (1996) ont proposé trois composantes à l’auto-objectivation : surveillance du corps, internalisation des standards culturels (ou honte corporelle), et croyance dans la contrôlabilité de l’apparence. Récemment, des recherches ont utilisé le cadre conceptuel de l’auto-objectivation pour expliquer la quête de muscularité chez les hommes (Daniel, Bridges & Martens, 2010 ; Grieve & Helmick, 2008 ; Strelan & Hargreaves, 2005). Or, la pratique du body-building est précisément centrée sur la valorisation de l’apparence corporelle plutôt que de sa fonction (Klein, 1993). Globalement, si la théorie de l’objectivation semble fournir un cadre conceptuel pertinent, la divergence des résultats obtenus sur des échantillons masculins peut être expliquée par les outils utilisés, posant la question de la validité de ces derniers sur des sujets masculins (Cafri & Thompson, 2004). En conséquence, Daniel, Bridges et Martens ont récemment développé et validé une échelle d’évaluation de l’auto-objectivation spécifique aux hommes (Male Assessment of Self-Objectification, 2014). Nous avons souhaité traduire et valider la version française de cette échelle, actuellement en cours de passation sur des sujets bodybuilders et non pratiquants. Le SOQ (Self Objectification Questionnaire) est administré aux sujets féminins, pratiquantes et non pratiquantes ; enfin l’OBC (Objectified Body Consciousness) est proposé aux sujets des deux sexes, pratiquants et non pratiquants. Ces deux échelles ont également fait l’objet d’une traduction. Le bodybuilding interroge également l’identité sexuée, notamment en termes de transgression des rôles genrés traditionnels. La pratique féminine, puisqu’elle donne à voir un corps mésomorphe (McGrath & Chananie-Hill, 2009 ; Roussel & Griffet, 2004) mais plus insidieusement la pratique masculine, de par les incohérences qu’elle suscite au regard du genre (attention permanente au corps, contrôle de l’alimentation, soins et mise en spectacle du corps lors des compétitions), amenant même certains auteurs à interroger le sens d’une telle pratique au regard de la théorie queer (Schippert, 2008 ; Richardson, 2004). Nous utilisons l’Interpersonnal BSRI (Brems & Johnson, 1990), une version réexaminée du Bem Sex-Roles Inventory (Bem, 1974), dont les items proposent deux types de traits qui s’intègrent à la typologie des rôles instrumentaux versus expressifs identifiée par Parsons and Bales (1955) et renvoient aux dimensions stéréotypiques des groupes masculins et féminins (Bem, 1984). Généralement, l’IBSRI est utilisé en auto-attribution ; nous y avons ajouté une consigne d’hétéro-attribution (cible endogroupe et exogroupe). En plus d’une méthodologie quantitative, nous avons souhaité intégrer une approche qualitative par la réalisation d’entretiens auprès de bodybuilders des deux sexes. Nous formulons l’hypothèse que les bodybuilders auront des scores d’auto-objectivation plus élevés que les non pratiquants, notamment masculins. Nous supposons également chez les pratiquants des scores proches de l’androgynie à l’IBSRI, notamment chez les sujets féminins.

  • Titre traduit

    Gender's identity and self-objectification : a comparison between bodybuilders and non-bodybuilders


  • Résumé

    Bodybuilding is one of the contemporary forms of body transformation and shaping - literally of body construction - which lies within the most spectacular. The acute work out for muscles immediately evokes masculinity, on a hyperbolic mode, but not without contradictions: because those hypertrophied bodies don’t have any other goal but esthetical, breaking up with the common logic of sports that implies as a matter of fact the accomplishment of a performance. Within this sport-show, the ideal body suggested by bodybuilding – combining the triadic criteria of volume, definition and symmetry – is reached by a meticulous and fragmented work out of each muscular group, and a real daily disciplinary arrangement, close to asceticism. Our work intends to question the ambiguities and contradictions raised by the practice of bodybuilding in the light of corporal and gender identity. First, we will study how male and female bodybuilders picture a gender definition of themselves and the perception they have of masculine and feminine groups, compared to individuals that do not have this practice. Afterwards, on the basis of the primacy question of appearance within the conception of the self, our interest grew for the self-objectification constructions: the tendency to favor physical and esthetical attributes at the expense of functional attributes, the appearance monitoring and the physical shame. The results of the quantitative and qualitative axis highlight the corporal identity specific to bodybuilders’ group, particularly marked by the objectification, as well as a gender identity also specific, going with a foster masculine description, but not less feminine. Within the bodybuilders’ group, a few measuring differences gender-related seem to disappear; the qualitative data suggesting also a homogenization of the mindsets (in particular, the asexual character of the muscle) between male and female bodybuilders. These components are, to conclude, discussed in the light of the social identity theory and most particularly self-categorization theory

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