Les "questions hébraïques" dans la Correspondance de Jérôme de Stridon

par Cécile Biasi

Thèse de doctorat en Études grecques et latines

Sous la direction de Béatrice Bakhouche.

Soutenue le 10-12-2016

à Montpellier 3 , dans le cadre de École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations (Montpellier ; 2015-....) , en partenariat avec Centre de recherches interdisciplinaires en sciences humaines et sociales (Montpellier) (laboratoire) et de Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales de Montpellier / CRISES (laboratoire) .

Le président du jury était Carlos Lévy.

Le jury était composé de Béatrice Bakhouche, Katell Berthelot, Jean-Marie Auwers, Aline Canellis, Régis Courtray.


  • Résumé

    Avant même de se fixer définitivement à Bethléem, Jérôme effectue la visite systématique de la Palestine, désirant connaître de façon approfondie et directe les lieux saints où vécut le Christ. De même, son souci de parvenir à un savoir authentique sur les Écritures lui fait entreprendre l'apprentissage ardu de l'hébreu. Les premières lettres conservées de sa Correspondance datent de 380‑381, années où l'auteur débute précisément, à Chalcis, son initiation à la langue de l'Ancien Testament. Les missives écrites ensuite reflètent les difficultés rencontrées par le père de la Vulgate tout au long de sa révision des traductions courantes de la Bible à partir des orignaux grecs et hébreux. Les questions posées par des correspondants cultivés et curieux d'en apprendre plus sur le contenu de ces orignaux sont également à l'origine de commentaires philologiques de la part de Jérôme. Les lettres constituent partant un excellent support de réflexion pour analyser les interactions entre culture-source et culture-cible en interrogeant les nombreuses difficultés de vocabulaire et d'interprétation auxquelles sont confrontés Jérôme et les exégètes cités par lui, lorsqu'il s'agit de passer du texte hébreu à ses versions grecques et latines. La présente étude s'intéresse aux questions d'hébreu contenues dans la Correspondance. La place faite à l'hébreu, dans les lettres, et jusque dans la forme épistolaire, amène à s'interroger sur la représentation singulière de la langue et de la culture hébraïques s'en dégageant, ainsi que sur l'image de l'interpres liée à cette représentation. Les enjeux inhérents à la résolution de cette problématique sont importants, car ils renvoient à la fois à la manière dont la Bible hébraïque est appréhendée et traduite par Jérôme, aux catégories intellectuelles mises à contribution par l'épistolier pour répondre aux difficultés rencontrées, à la consolidation dogmatique de l'Église du IVe siècle, mais aussi à la question paradoxale de l'autorité du traducteur. L'examen minutieux des textes hébreux par Jérôme soulève une contradiction majeure entre la conception traditionnelle des rapports entre langues barbares et langues policées, et l'idéalisation d'une quête de l'Hebraica ueritas, mise sur le même plan que le voyage en Terre Sainte. Il s'agit dès lors de comprendre pourquoi et pour quoi un Occidental cultivé comme Jérôme s'est lancé dans la difficile traduction de la Bible à partir de l'hébreu. L'adoption d'un tel angle de réflexion mobilise des éléments historiques, historico-théologiques et linguistiques, puisqu'il faut tenir compte des relations entre juifs et chrétiens au IVe siècle. Afin de mettre en lumière puis de préciser ces enjeux, la présente analyse aborde, en premier, la définition à nouveaux frais du profil intellectuel de Jérôme, en se plaçant, pour cela, dans une perspective de transmission des savoirs liés à la Bible hébraïque. Ce premier bilan conduit à envisager, en second lieu, la manière dont l'auteur de la Correspondance manie l'hébreu, et à mettre, de façon inédite, ce maniement en relation avec la structure des lettres et les stratégies rhétoriques et littéraires qui y sont déployées. Troisièmement, nous avons cherché à comprendre quelle représentation de l'objet d'étude hébraïque se dégage du corpus étudié et comment Jérôme procède pour transformer cette représentation en source d'autorité, pour le dogme chrétien comme pour lui-même - paradoxalement, en tant que traducteur. La démonstration fait intervenir un concept central pour analyser la méthodologie hiéronymienne, celui d'ἱστορία. En croisant différentes approches en lien avec les questions d'hébreu, la présente analyse s'efforce de démontrer que la richesse de la Correspondance hiéronymienne est loin d'avoir été totalement épuisée par la recherche et que certains aspects, notamment l'interdépendance entre les perspectives philologique et idéologique, ont été encore assez peu approfondis.

  • Titre traduit

    The "Hebrew issues" in the correspondence of Jerome Stridon


  • Résumé

    Even before settling permanently in Bethlehem, Jerome performs routine visit to Palestine, in his desire to know in depth and direct the holy places where Christ lived. Similarly, its concern to achieve a genuine know the scriptures him to undertake the arduous learning Hebrew. The first letters of his correspondence conserved dating from 380-381, years in which the author begins precisely at Chalcis, his introduction to the language of the Old Testament. The letters then written to reflect the difficulties faced by the father of the Vulgate throughout its review of the common translations of the Bible from Greek and Hebrew moose. The questions posed by cultivated and curious corresponding learn about the content of these moose are also the cause of philological comments from the Stridonien. The letters are therefore an excellent reflection of support for analyzing interactions between source culture and target-culture by interviewing many vocabulary difficulties and interpretation faced Jerome and the commentators cited by him, when it comes to spend Hebrew text to his Greek and Latin versions. This study is interested in Hebrew questions contained in the correspondence. The emphasis in Hebrew, in letters, and even in epistolary form, raises questions about the singular representation of the Hebrew language and the culture that surrounds it, and the image of 'interpres related to this representation. The challenges inherent in the resolution of this issue is important, since they relate both to how the Hebrew Bible is understood and translated by Jerome, the intellectual categories put to use by the letter writer to meet the challenges , the dogmatic consolidation of the fourth-century Church but also to the paradoxical question of the authority of the translator. The scrutiny of Hebrew texts by Jerome raises a major contradiction between the traditional conception of the relationship between barbarians and civilized languages ​​languages, and the idealization of a quest for the Hebraica ueritas, put on the same plane as the trip to Earth Ste. It is therefore understand why and for what a Westerner grown as Jerome embarked on the difficult translation of the Bible from Hebrew. The adoption of such a reflection angle is mobilizing historical, historical-theological and linguistic, since we must consider the relationship between Jews and Christians in the fourth century. To highlight and clarify these issues, this analysis discusses, first, the definition anew intellectual Jerome profile by standing for this, with a view to transmitting knowledge related to the Hebrew Bible . This initial assessment leads to consider, second, how the author of mania Correspondence Hebrew, and putting in a new way, this handling in relation to the structure of letters and literary and rhetorical strategies that are are deployed. Third, we sought to understand what object representation of Hebrew study emerges from the corpus studied and how Jérôme proceeded to transform this representation source of authority for the Christian dogma as for himself - ironically, as a translator. The demonstration involves a central concept to analyze Jerome's methodology, that of ἱστορία. By combining different approaches related to the Hebrew issues, this analysis seeks to demonstrate that the wealth of Jerome's correspondence is far from having been fully covered by research and that some aspects, especially the interdependence philological and ideological perspectives were still fairly extensive.


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