L’éthique au risque de son institutionnalisation : l’Événement est-il possible au sein des machines à guérir hospitalières ?

par Roland Chvetzoff

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Jean-Philippe Pierron.

Soutenue le 22-06-2016

à Lyon , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) , en partenariat avec Université Jean Moulin (Lyon) (établissement opérateur de soutenance) .

Le jury était composé de Éric Fiat, Jérôme Goffette, Jacques Gaucher, Gilles Freyer.

Les rapporteurs étaient Éric Fiat, Jérôme Goffette.


  • Résumé

    L’éthique en santé bénéficie aujourd’hui d’un cadre réglementaire et normatif incitatif, obligeant les établissements à déployer une réflexion éthique. Mais cette éthique qui a lieu dans nos institutions de santé se prête-t-elle sans risque à son institutionnalisation ?Car en effet les institutions de santé sont devenues aujourd’hui des « thérapeutiques » qui obligent à des légitimes objectivation et nécessitent une organisation en machines à guérir hospitalières. Des machines où la question du mal est relativisée, voire déniée au profit du bien : il n’y a plus de mal, tout au plus des maux qu’il convient de gérer et de traiter avec des outils technoscientifiques et de gestion. Or « la question éthique ne se pose que par le fait que le mal existe ». Les machines à guérir déploient un arsenal de dispositifs dont l’intentionnalité est de guérir, mais également d’empêcher que ne survienne tout événement indésirable (Éi). Il s’agit bien sûr de guérir de la maladie, mais également de guérir d’un risque : celui de l’événement. Mais l’événement est récupéré par la machine hospitalière pour être requalifié en Éi. L’événement est vécu comme un Éi que le « qualéthicien » fera passer au crible du « pourquoi ? » à la recherche d’une causalité vulgaire. Ici apparaît tout l’enjeu de l’institutionnalisation de l’éthique : amener les institutions à faire de l’Éi un « événement désirable » en faisant culminer les professionnels dans l’événement, au lieu de chercher à réduire ce dernier à une causalité certaine. Car « le mal est sans pourquoi », mais nous nous devons de le combattre. Penser l’institutionnalisation de l’éthique, c’est être attentif à la dialectique de la structure et de l’événement comme synthèse ajournée. Cette non-synthèse permet de penser et la machine et l’événement comme deux concepts indissociables. Au delà de l’Ei, l’événement éthique (ÉÉ) apparaît comme la possibilité de survenue du mal. Car une éthique dont l’objectif serait d’éradiquer le mal viserait également à éradiquer la liberté.

  • Titre traduit

    Ethics and the risk of institutionalisation : incidence is the event possible at the heart of the hospital curing machine?


  • Résumé

    Today, ethics with regard to health benefits from a regulatory and standardised framework incentive, obliges the establishments to deploy an ethical reflection. But do these ethics taking place in our health institutions come with no risk of institutionalisation?In effect, health institutions these days have become "therapeutics" that require legitimate objectification and necessitate organisation within the hospital curing machine. Machines where the question of evil is relativised, or even denied for the public good: there is no evil other than ailments that it needs to manage and treat with technoscience and management tools. Or "the ethical question arises just because of the fact this evil exists." The machines for curing deploy an arsenal of devices of which the intention is to heal, but equally to prevent the occurrence of adverse events. This means of course to cure the disease, but also to cure any risk: that of the event. But the event is recuperated by the hospital machine to be reclassified as adverse event. The event is experienced as an adverse event that an “ethics quality controller” will sift through to find the "why?" in the search for a common causal event. It is at this point that the challenge arises for institutionalising ethics: to lead institutions to make the adverse event a "desirable event" by culminating professionals in the event, instead of trying to reduce it to a certain causality. Because "evil has no why", but we do need to combat it.The consideration of the institutionalisation of ethics, is to be attentive to the dialectic of structure and of event as a delayed synthesis. This non-synthesis enables thinking, and the machine and the event to become two inseparable concepts. Beyond the adverse event, the ethical event (EE) appears as the possibility of the occurrence of evil. For ethics the objective of eradicating evil would equally aim at eradicating freedom.

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