Le patrimoine martyr et la restauration post bellica : théories et pratiques de la restauration des monuments historiques en Europe pendant et après la Seconde Guerre mondiale

par Nicolas Detry

Thèse de doctorat en Architecture

Sous la direction de Vincent Veschambre.

Soutenue le 19-11-2016

à Lyon , dans le cadre de École doctorale Histoire, géographie, aménagement, urbanisme, archéologie, sciences politiques, sociologie, anthropologie (Lyon) , en partenariat avec Environnement, ville, société (Lyon, Rhône) (équipe de recherche) , Université Lumière (Lyon) (établissement opérateur d'inscription) et de Environnement, ville, société (laboratoire) .


  • Résumé

    La destruction des villes et des monuments historiques a connu une ampleur sans précédent durant la guerre 1939-1945. La reconstruction après 1945 s’inscrit dans un moment de profonde mutation pour l’histoire du monde. La restauration post bellica des monuments historiques s’inscrit dans le vaste chantier de la Reconstruction territoriale et politique de l’Europe ; il s’agit l’intervention architecturale sur la ruine produite par la guerre. Il existe "mille façons", de protéger, de détruire, puis de restaurer les œuvres d’art et d’architecture lors des conflits armés. Le sujet de cette thèse réside dans ces trois actions : protéger, détruire et restaurer. Elles sont un travail de l’homme. Deux actions, protéger et restaurer participent à des enjeux positifs pour les sociétés indépendamment du lieu ou du temps. L’action, "détruire", porte des signes négatifs, hier comme aujourd’hui, l’action de détruire dépend ou procède de conséquences géopolitiques très complexes. Le sujet de cette thèse concerne notamment deux aspects de la restauration des œuvres d’art et des œuvres d’architecture de 1945 à aujourd’hui. Le premier aspect peut être nommé "les théories", le second aspect "les pratiques". Les deux sont indissociables, dans un processus réflexif où la pratique vient valider ou invalider la théorie, tandis que la théorie se base sur la pratique dans son élaboration. De l’intention d’étudier ces deux aspects, découle la problématique à laquelle je me suis particulièrement attaché ; celle-ci consiste à comprendre en quoi les destructions de la Seconde Guerre mondiale ont contribué à renouveler les théories et les pratiques en matière de restauration des monuments historiques ? J’ai identifié ce renouvellement pour ensuite le définir et le documenter, dans différents contextes spatio-temporels, à travers les 5 chapitres de ce travail. La restauration des monuments historiques après 1945 en Europe, est à la fois le sujet, le terrain et le corpus de cette thèse. Pour rester réaliste j’ai choisi de travailler cette question principalement dans trois pays d’Europe : l’Allemagne, la France et l’Italie. Il s’agit de 3 pays qui ont une longue tradition dans ce domaine. La restauration des monuments historiques après 1945, s’appuie sur l’acceptation ou le refus du drame de la perte. En Europe elle se développe selon quatre périodes que j’ai identifiées comme suit: de 1939 à 1945 la période bellica ; de 1946-1972 la période chaude de la Reconstruction; de 1973 à 1989 la période intermédiaire ; de 1990 à 2015 la nouvelle période chaude ou "le patrimoine à l’état gazeux". Le long chantier de la restauration des monuments historiques après 1945 est un laboratoire européen ou un "collège invisible". Dans ce laboratoire et à partir de la pratique de la restauration, travail alors colossal, urgent et nécessaire, sont élaborées des techniques et des théories toujours valides aujourd’hui. J’ai ici organisé l’analyse de la restauration post bellica autour de la question des lacunes, d’abord analysée d’un point de vue théorique. Ensuite, j’ai imaginé, de façon nouvelle, une typologie des lacunes en architecture afin d’expliquer d’un point de vue pratique et constructif ce qui vient après : la réparation ou "la réintégration des lacunes". J’ai identifié différentes familles de lacunes qui affectent les édifices anciens pris dans la guerre. Il m’a alors semblé possible de parler de lacunes à différentes échelles et indépendamment du type d’artefact touché. J’ai voulu guider le lecteur, dans le labyrinthe de la restauration post bellica, avec la lacune comme fil d’Ariane. Le trou ou la chute d’un fragment d’enduit dans une peinture murale, l’impact de mitraillette dans une façade en pierre, la chute des voûtes et des charpentes d’une église, les cassures dans les travées rythmiques d’une façade, l’écroulement complet de la nef ou de l’abside d’une église, la destruction de tissus urbains autour d'un monument...

  • Titre traduit

    The restoration of "martyred heritage" in Europe during and after 1945


  • Résumé

    Restoration of historical monuments after 1945 is based on the acceptance or the rejection of the drama of loss. I identified for major periods of restoration in Europe after WWII : 1939-1945; 1946-1972 ; 1973-1989 ; 1990-2015. In France, as opposed to Germany or Italy, historiography in architecture still does not deal much with the history of restoration post-bellica, ie with historical monuments destroyed during WWII and progressively restored afterwards. The historiographical task at hand is to study within different contexts (Germany, France, Italy, ex-Yugoslavia, etc) the practices of restoration once peace is back, ie the architectural intervention on the ruins produced by war. Although ferments of restoration (for both works of art and architecture) can be identified, in the current sense of the term, as early as the 1930’s, the discipline is going to mature under the impetus of the immense workshop of post-bellica restoration. Methods, techniques and theories, still valid today, are then produced and applied. My suggestion is that such a workshop can be considered as an European lab within which a kind of "invisible college" is at work, centered around a few major international experts. Architects, historians of art, superintendents, archeologists, natural and social scientists share their experiences and points of view. Research laboratories, universities, museums, churches, international organizations are involved from all over Europe. But Italy is at the heart of the « invisible college ». I have organized the analysis of the post bellica restoration around the question of "lacunes" (deficiency, gaps; shortcomings), first from a theoretical point of view. Then I imagined a new way, a typology of architectural shortcomings in order to explain a practical point of view and constructive comes after the repair or "reintegration of lacune (gap)". I identified different families of "lacune" (gaps) affecting older buildings caught in the war. It’s then possible to speak about "lacune" at different scales and regardless of the type of hit artefact. I wanted to guide the reader through the maze of post bellica restoration, with the "lacune" used as a red string. The hole or the fall of a fragment of plaster in a mural painting, the impact of machine gun in a stone facade, falling arches and a church structures, fractures in the rhythmic span of a facade the complete collapse of the nave and the apse of a church, the destruction of the urban fabric around a monument and the demolition of an old stone bridge are all shortcomings that make us react. That's faces these shortcomings, different each time, what post bellica restoration thought martyr heritage, subject of this thesis.


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  • Détails : 1 vol. (423 p.)
  • Annexes : Bibliographie p.392-422

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