Dépiction non naturelle et dépiction naturelle : images, représentation, contexte

par Frédéric Wecker

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Roger Pouivet.

Le président du jury était Marie-Dominique Popelard.

Le jury était composé de Roger Pouivet, Jacques Morizot, Jiri Benovsky, Laure Blanc-Benon.

Les rapporteurs étaient Marie-Dominique Popelard, Jacques Morizot.


  • Résumé

    L’une des finalités de ce travail est de proposer une approche renouvelée à la fois de la question fondamentale en philosophie de l’image (comment les images représentent-elles ?) et du compte rendu à donner à l’utilisation des images dans des actes communicatifs, en défendant une conception « pragmatique » de la représentation iconique dans les cas où des images manufacturées sont impliquées. Une autre de ses finalités est de contribuer à la caractérisation d’un débat en philosophie de l’image parallèle jusqu’à un certain point au débat opposant minimalistes et contextualistes en philosophie du langage, tel qu’il a été caractérisé par François Récanati (Recanati 2004, 2007, 2010). Ce travail n’est pas une tentative isolée, mais se propose de contribuer à la continuation d’une ligne de recherche en philosophie analytique de l’image qui a été tracée, il y a quarante ans, par David Novitz et Søren Kjørup (Kjørup 1974, 1978, Novitz 1975, 1977), puis prolongée par Marcia Eaton et Carolyn Korsmeyer (Eaton 1980, Korsmeyer 1985), et qui trouve aujourd’hui des prolongements contemporains dans le courant gricéen en philosophique de l’image (Abell 2005, 2009, 2013, Blumson 2009, 2014). Selon la conception de la dépiction d’inspiration gricéenne, partagée par beaucoup de ces auteurs, la représentation iconique est analysable comme une forme de signification non naturelle i.e. une forme de communication conditionnée par la reconnaissance des intentions du communicateur. Par rapport à ces tentatives antérieures, la doctrine ici défendue marque cependant une différence importante, puisqu’elle considère que la représentation photographique est analysable comme une forme de signification naturelle. Nous soutenons ainsi un dualisme iconologique qui fonde la différence entre images photographiques et images non-photographiques sur la différence entre signification naturelle et signification non naturelle. Pour ce qui est du versant « naturel » de cette division, ce travail profite pleinement du renouveau récent des théories de l’information naturelle (Millikan 2000, 2004, 2007, 2013, Shea 2007, Stegemann 2015, Scarantino 2015) – en tirant parti de celles qui admettent le réquisit de véridicité et restent ainsi en continuité avec la notion gricéenne de signification naturelle. En dépit de notre position sur les photographies, notre approche de la relation iconique reste dominée par le pôle pragmatique de l’interface iconique/pragmatique, puisque nous défendons la thèse selon laquelle nous abordons ordinairement les images comme des véhicules d’actes communicatifs. L’idée qu’une présomption communicative règle ainsi notre commerce ordinaire avec les images (photographiques comme manufacturées) nous permet en effet de réaffirmer la prévalence de la notion pragmatique de ce qui est représenté, même dans les cas (les photographies) où une autre notion est disponible. Dans des circonstances ordinaires, tout ce qu’une photographie représente par elle-même nous intéresse souvent moins que ce que son photographe veut représenter. Parmi les contributions de ce travail à une théorie de la communication iconique, il y a la défense de l’idée que des processus pragmatiques libres sont au coeur de la communication iconique. Nous soutenons que les problèmes de sélectivité spécifiques posés par la communication iconique – le problème de sélectionner les propositions communiquées par l’utilisation d’une image dans un acte communicatif ou les détails pertinents pour l’interprétation – sont résolus par un processus pragmatique libre (de haut en bas) – l’appauvrissement pragmatique – et non par la sélectivité iconique. En raison de la nature de son monisme iconologique, qui aligne le statut des images manufacturées sur celui des photographies, et de sa propension à éliminer les intentions communicatives du tableau de la relation iconique, la théorie iconique informationnelle de Dominic Lopes (Lopes 1996), est un point de focalisation dialectique fort de ce travail

  • Titre traduit

    Unnatural depiction and natural depiction : images, representation, context


  • Résumé

    This work is both an essay in the philosophy of pictures which defends a renewed approach to an old question (How do pictures represent?) and a study of the use of pictures in communicative acts, by defending a pragmatic view of pictorial representation in the case of handmade pictures. Another aim of this work is to help shape a contextualist debate in the philosophy of pictures comparable to the minimalism/contextualism debate in philosophy of language as it has been defined by François Recanati (Recanati 2004, 2007, 2010). This work is not alone on the pragmatic side of the philosophy of pictures. It is a continuation of earlier preliminary works in the analytic tradition on pictures (Kjørup 1974, 1978, Novitz 1975, 1977, Eaton 1980, Korsmeyer 1985) and it is related with the current Gricean trend in philosophy of pictures (Abell 2005, 2009, 2013, Blumson 2009, 2014). On the pragmatic view shared by many of these philosophers what is pictorially represented depends upon the artist’s publicly recognizable intentions i.e. is a form of non-natural meaning. However, this work does not defend that all pictorial representation is a communicative act. Indeed, the third aim of this work is to defend an original pictorial dualism according to which the difference between handmade pictures (drawings, paintings and etchings) and photographs is based on the difference between non-natural meaning and natural meaning. Photographic representation is a variety of natural meaning. In order to describe a framework within which some photographs are natural singular signs, this work takes advantage of the recent revival of natural information theories (Millikan 2000, 2004, 2007, 2013, Shea 2007, Stegemann 2015, Scarantino 2015), and especially of the ones which meet the veridicality requirement on natural information and (in this respect) stay in line with the original Gricean notion of natural meaning. Despite our view on photographs, the pragmatic notion of what the “pictorial utterer” represents is held as the key notion and a strong emphasis is put on the pragmatic side of the pictorial/pragmatics interface. The idea here is that a communicative presumption is in place whenever a picture (handmade or photographic) is publicly displayed, similar to the communicative presumption defined by Bach and Harnish 1979 in the case of linguistic communication. This presumption is the mutual belief shared by pictorial utterers and viewers, that someone is trying to communicate something to somebody whenever a picture is publicly displayed. In ordinary circumstances, viewers are not interested in all the things naturally represented by a photograph, but only in what the photographer intends to represent. Central to our study of the use of pictures in communicative acts is the idea that free pragmatic processes operate in the very constitution of what is pictorially communicated. We argue in particular that the selective problem – or the problem of narrowing down the propositions communicated by the use of picture in a communicative act or the relevant details for the pragmatic interpretation – is solved by a free (top down) pragmatic process – pragmatic impoverishment – and not by pictorial selectivity. The informational theory of pictorial representation of Dominic Lopes (Lopes 1996), is a dialectical focus of this work, due do its specific monism which equates handmade pictures with photographic pictures, its theory of pictorial selectivity and its tendency to squeeze out communicative intentions of the communicative picture

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université de Lorraine. Direction de la documentation et de l'édition. BU Ingénieurs.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.