Discours, idéologies linguistiques et enseignement du français à l'Université de Moncton

par Samuel Vernet

Thèse de doctorat en Sciences du langage Spécialité Linguistique Sociolinguistique et Acquisition du langage

Sous la direction de Claudine Moïse.

Le président du jury était Marinette Matthey.

Le jury était composé de Annette Boudreau, Matthieu Leblanc.

Les rapporteurs étaient Gilles Forlot, Simo Määttä.


  • Résumé

    L’objectif de cette thèse est d’étudier les discours et les idéologies linguistiques présentes dans l’enseignement du français à l’Université de Moncton, en Acadie du Nouveau-Brunswick (Canada), région francophone minoritaire. A travers les concepts clés que sont les « idéologies », le « discours », les « normes linguistiques », l’objectif est de comprendre quels sont les discours et les idéologies qui circulent dans l’enseignement du français. Quels discours sont légitimes, dominants ? Comment et pourquoi certains deviennent hégémoniques ? Quels enjeux de pouvoir, quels intérêts, des acteurs sociaux (professeurs, étudiants, personnels) révèlent-ils ? Et de quelles idéologies sont-ils les actualisations ? Comment et pourquoi ces idéologies sont investies par ces acteurs, qui en a le bénéfice ? De manière générale, il s’agit d’interroger le rôle de l’enseignement du français dans la construction idéologique : c’est-à-dire quelles idéologies l’enseignement contribue-t-il à construire / diffuser / reproduire ? Il s’agit aussi d’interroger le rapport à la langue des personnes, en regard des changements certes linguistiques, mais aussi économiques, sociaux, politiques.Ces questions ont été investiguées au moyen d’une enquête ethnographique d’un an dans les locaux de l’Université de Moncton. Différentes méthodes de recueil de données ont été mises en place : observation participante (notamment des cours de français obligatoires, qui ont été suivis durant un semestre), entretiens avec les étudiants et les professeurs, collecte de documents et de rapports internes (pour saisir les aspects institutionnels). L’ensemble des données forment un corpus de discours analysé au moyen de l’analyse critique de discours et de l’analyse argumentative de discours. Il s’agit donc d’une démarche interprétative, la mieux à même selon moi, de proposer une vision fine de dynamiques sociolinguistiques complexes.Les analyses révèlent une volonté d’enseigner un français dit standard, forme idéalisée, supposée stable et plus ou moins universelle, ce qui lui confèrerait une importance et une utilité plus grande dans l’espace public. Or, dans le même temps, la conscience aigüe des enjeux identitaires derrière les questions linguistiques impose aux professeurs de traiter la question des vernaculaires, et notamment du chiac. Quelle place leur faire ? Comment les gérer en classe ? En d’autres termes, la présence à la fois d’une idéologie du standard très implantée et de discours liés à la diversité linguistique et à la protection des identités, crée une série de tensions et de négociations qui sont analysées dans cette thèse.Suivant l’orientation que je donne à l’étude des idéologies, ces tensions sont analysées en termes de rapports de pouvoir institutionnalisés et de processus de domination, et vues comme potentiellement créatrices de discriminations et d’inégalités. Ces dynamiques sont observées dans leur rapport avec une situation de minorisation, c’est-à-dire en ce que la minorité (au sens démographique du terme) peut être le résultat de rapports de forces, mais aussi dans sa capacité à en générer d’autres ou à en dissimuler.

  • Titre traduit

    Discourse, linguistic ideologies and French teaching at the University of Moncton


  • Résumé

    The purpose of this thesis is to study the discourses and the linguistic ideologies present in the teaching of French at the Université de Moncton, in New Brunswick’s Acadia (Canada), a francophone minority region. Through the key concepts that are “ideologies”, “discourses” and “linguistic norms”, the aim is to understand what discourses and ideologies are circulating in French teaching. What discourses are legitimate, dominating? How and why do some of them become hegemonic? What stakes, interests, do the social actors reveal (professors, students, and staff)? Of what ideologies are these discourses the actualization? How and why are these ideologies invested by these actors, who benefits from them? In general, it is a matter of questioning the role of French teaching in the construction of ideologies: that is to say what ideologies teaching participates to build / spread / reproduce? Furthermore, the relation of people to language should be questioned, in regards to the changes that are indeed linguistic, but also economic, social, political.These questions have been investigated by a year-long ethnographic inquiry in the premises of the Université de Moncton. Different methods of data gathering were set up: participant observation (especially of the obligatory French courses during a whole semester), interviews with students and professors, collecting documents and internal reports (to grasp the institutional aspects). All these data form a corpus of discourses, analysed using critical discourse analysis and argumentative discourse analysis. It is, then, an interpretative approach, which is in my opinion, the best to offer an accurate view of complex sociolinguistic dynamics.These analyses reveal a willingness to teach a French called “standard”, an idealized form, supposed to be stable and more or less universal, which could grant it an importance and a greater utility in public space. But at the same time, the acute awareness of identity issues behind linguistic subjects requires teachers to address the “vernaculars” issue, especially the Chiac. What place could they have? How to handle them in class? In other words, the presence of both a very implemented standard ideology and discourses about linguistic diversity and the protection of identities, creates a series of tensions and negotiations that are analysed in this thesis.Following the orientation I give to the study of ideologies, these tensions will be analysed in terms of institutionalized power relations and domination processes, and seen as potentially generative of discriminations and inequalities. These dynamics are observed in their link to a situation of minorization. That is to say, the way minority (in its demographic meaning) can be the result of power relations, but also has a capacity to generate or dissimulate other power relations.


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